Leena, de Jan Länder

Tout d’abord un grand merci à Delphine, des éditions Slatkine qui m’a envoyé ce nouveau polar romand en service de presse. Cette maison édite plusieurs auteurs connus dans ce domaine, dont Nicolas Feuz et Marc Voltenauer, à n’en pas douter, un nouvel écrivain plein de talent vient de s’ajouter à cette liste prestigieuse et non exhaustive.

Leena est une inspectrice de la police criminelle genevoise, elle est valaisanne par son père et finlandaise par sa mère, polyglotte, sportive et très dégourdie. En rentrant de vacances, une femme de ménage retrouve son patron, propriétaire d’un magasin de cigares, mort dans son lit et très décomposé. Leena et ses collègues sont de garde et hérite du cas un vendredi soir, l’homme a été exécuté par un professionnel, vu l’absence de trace et le modus operandi. La brigade financière s’aperçoit que la victime a des activités louches en lien avec des entreprises agroalimentaires et détient des comptes dans un paradis fiscal, il est aussi client d’une banque connue pour des activités de blanchiment. Une journaliste suggère à Leena que l’homme était impliqué dans les activités de la mafia calabraise. L’enquête devient vite internationale.

Ce polar est plein de rebondissements et vraiment intéressant. L’auteur est aussi un officier de la police fédérale spécialisé dans le grand banditisme et on sent son expertise tout au long du livre, qui reflète vraiment le vécu. Il dévoile un pan méconnu de la Suisse, notre petit pays si tranquille est une plaque tournante des mafias européennes, en particulier calabraise et albano-kosovare, sans oublier le trafic de drogue alimenté par des migrants d’Afrique, souvent de l’ouest. Il s’agit le plus souvent de délinquance financière, nos rues ne ressemblent en rien à celles du Chicago de la grande époque, et c’est bien heureux pour les simples citoyens que nous sommes. Ces thèmes sont souvent abordés par les auteurs de polars professionnels de la justice et de la police (Feuz, Benoit), ils donnent une image de la face cachée de notre pays dont peu de gens sont conscients, même si le sujet de la mafia calabraise est souvent abordé dans la presse.

Leena est un personnage très dynamique, une meneuse d’hommes. C’est toujours intéressant de mettre en avant des femmes qui exercent un métier plutôt masculin et ça donne aussi une image très positive de notre société. Le livre se termine sur un rebondissement qui annonce une suite, que je suis déjà impatiente de découvrir. Toute l’équipe de la police genevoise est sympathique et attachante, on est à des années-lumières des flics alcooliques, antipathiques et bourrés de problèmes que l’on rencontre trop souvent dans les livres, même si cette bande aime la bonne nourriture bien arrosée… moi qui croyait que les policiers ne buvaient jamais en service. Je ne sais pas si l’aspect très convivial de cette brigade est réaliste ou non, mais je préfèrerais travailler dans ce climat que dans celui qui règne dans notre institution. On ne s’ennuie jamais dans ce roman, il n’y a aucun temps mort.

Je mets toutefois un bémol sur le style de l’auteur, qui n’est pas très littéraire. Nous sommes beaucoup dans des dialogues en langue parlée, les personnages utilisent les phrases de tous les jours, mais surtout avec de très nombreuses abréviations et du jargon policier qui est expliqué dans un lexique à la fin. Le but est sans doute de donner l’impression au lecteur qu’il fait partie de l’équipe et qu’il est aussi plongé dans cette enquête avec Leena. C’est réussi, mais trop c’est trop, je n’aime pas devoir suivre les dialogues grâce à un lexique. Je connais certaines de ses abréviations, lisant de nombreux auteurs romands, mais pas toutes et je ne me suis pas toujours donnée la peine d’aller voir de quelle procédure ou service on parlait. Le jargon professionnel est vite lassant et ce n’est pas indispensable pour que le lecteur se sente plongé dans l’action, du moins pas besoin qu’il y en ait autant. Un style plus littéraire ou journalistique aurait été un plus à mon goût, mais on sent vraiment que l’auteur sait de quoi il parle et qu’il n’a pas fait des recherches pour rendre ses personnages crédibles, il parle de lui-même et de ses collègues dans cette enquête passionnante et pleine de rebondissements sur les bas-fonds de notre beau pays, qui n’est pas seulement « propre en ordre » comme on dit.

6 réflexions sur “Leena, de Jan Länder

  1. C’est vrai on imagine bien que la Suisse est au prise à la délinquance en col blanc mais j’avoue n’avoir jamais vraiment pensé à la mafia, calabraise ou autres ! Je te rejoins les notes en fin de volume sont fastidieuses. Elles obligent le lecteur à arrêter son rythme de lecture donc à se déconnecter de la magie du texte! En tout cas, merci pour ce retour très intéressant !

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  2. Bonjour, un grand merci d’avoir pris le temps de lire mon premier roman et d’avoir partagé votre analyse. Etant sur le point de finir le deuxième tome, je vais essayer de prendre en compte vos remarques.
    Bon début de semaine.

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