Les trois épouses de Nelson Blake, de Cate Quinn

On vient de retrouver Nelson Blake mort près de la rivière où il aimait pêcher, la police exclut rapidement la thèse du suicide vu l’état du corps. Comme il vivait dans un ranch délabré au milieu de nulle part dans le désert de l’Utah, la coupable doit forcément être son épouse, mais laquelle ? Blake pratiquait le mariage plural, interdit par l’Eglise Mormone depuis 1904, mais encore pratiqué par une poignée de fondamentalistes. Les policiers portent d’abord leurs soupçons sur Rachel, la plus âgée, mariée depuis six ans et sur qui repose toute l’organisation du ménage. Mais ils se rendent comptent finalement que toutes trois auraient eu une bonne raison de se débarrasser de ce mari, insouciant et plutôt irresponsable, flirtant sans cesse avec la légalité. Ils comprennent aussi que les trois femmes ne s’entendent pas aussi bien qu’elles le prétendent. Les trois devront s’allier et se battre contre l’extérieur, la police, le Temple et aussi la famille de Blake qui les rejette pour cause de mariage plural, tout comme leurs propres familles. Toutes ont eu une enfance difficile, mais Rachel a gagné le gros lot, élevée dans une secte dont son père était le prophète. Une secte marquée par la misère, la faim et les abus sexuels ou des disparitions inquiétantes. Rachel a pu s’échapper, mais n’est-elle pas toujours prisonnière dans sa tête ? Emily a dix-neuf ans, elle a cru rencontrer le prince charmant, mais a été traumatisée par sa nuit de noces, elle se défend en mentant et en fouillant partout, quant à Tina, c’est une ancienne droguée, prostituée de Las Vegas qui a rencontré Blake dans un centre de désintoxication, son mari l’utilise pour vivre ses fantasmes sexuels et ses perversions, que les deux autres n’acceptent pas. Elles finiront par démasquer ensemble l’assassin, qui avait un bien étrange mobile.

il s’agit d’un roman choral, Rachel, Emily et Tina prennent la parole à tour de rôle dans des chapitres courts, ce qui donne un rythme de lecture très agréable et fluide. Elles nous éclairent l’une après l’autre sur leur situation, que l’on embrasse peu à peu. Elles ont des profils très différents mais sont marquées par une extrême solitude, elles n’ont vraiment personne vers qui se tourner et devront s’allier pour s’en sortir. Leur psychologie est très travaillée et convaincante. Elles sont toutes attachantes à leur façon, ainsi que le policier qui tend la main à Tina. On les voit se poser des questions, évoluer et finalement s’allier. Les paysages du l’Utah sont très présent, avec leur puissance minérale.

L’Eglise mormone joue un rôle central dans l’intrigue, même si l’auteur choisit de nous présenter plutôt des fondamentalistes, qu’ils s’agissent de la secte du Prophète ou même de Blake. Toutefois, ce dernier est plutôt hypocrite et il est sans doute adepte du mariage plural pour le confort d’avoir trois femmes à la maison, avec des rôles bien distincts. Sa famille et sa mère en particulier appartient à un autre courant fondamentaliste pas triste non plus. Dans l’ensemble cette communauté est présentée sous un mauvais jour, alors qu’il y a des membres modérés, avec des croyances pas plus extrémistes que d’autres communautés évangéliques comme il en pullule là-bas. Taper sur les minorités religieuses, et particulièrement sur les chrétiens, est un exercice littéraire visiblement à la mode . C’est dommage qu’aucun personnage ne donne une meilleure image de cette communauté.

L’intrigue est très bien ficelée, les rebondissements ne manquent pas et le roman se termine sur un magistral coup de théâtre, de quoi régaler les amateurs de polars. Le scénario et le thème sortent de l’ordinaire, ce qui nous vaut un roman passionnant qui fait le portrait de femmes qui se croient faibles, mais se révèleront très forte pour surmonter leurs traumatismes et offrir de l’espoir à d’autres survivantes. un livre à ne pas manquer .

#LesTroisÉpousesdeBlakeNelson #NetGalleyFrance !

Paris-Briançon, de Philippe Besson

Il y a longtemps que je voulais découvrir cet auteur et c’est chose faite grâce à la version audio éditée par Lizzie, que je remercie pour sa confiance. Nicolas Lormeau sait nous faire pénétrer dans les émotions des personnages, sa voix douce et posée est très agréable. Ce livre est souvent classé en polar, sans doute parce qu’il commence un peu comme Le crime de l’Orient Express, d’Agatha Christie, mais ça ne me paraît pas approprié.

Une dizaine de personnes, qui pour la plupart ne se connaissent pas, se retrouvent autour de vingt heures gare d’Austerlitz pour prendre le train de nuit, l’un des derniers en France qui rejoint Briançon environ douze heures plus tard. L’auteur nous les présente à tour de rôle, à mesure qu’ils montent dans leur wagon et nous avertit que tous ne verront pas l’arrivée. Il y a Julia, une animatrice télé qui voyage avec ses deux enfants en bas âge, elle fuit la violence de son ex-mari, un représentant de commerce qui rentre chez lui après une semaine de formation, cinq étudiants, Catherine et Jean-Louis, un couple de retraités, Alexis, un médecin généraliste et enfin Victor un hockeyeur. Au fil des heures les passagers se rapprochent, se confient et révèlent même leurs secrets. La nuit pousse aux confidences, d’autant plus que l’on a affaire à des personnes qui ne font pas partie de nos vies et que l’on ne reverra pas. C’est un voyage hors du temps, le train traverse la France endormie et un huis clos s’installe.

Les passagers se parlent, plutôt que de rester connectés sur leurs écrans, ce qui est devenus bien rare, une partie de cartes s’organise. Les langues se délient et les blessures se révèlent. On aborde des thèmes assez courants dans notre société, mais souvent passés sous silence, la violence conjugale, la peur du chômage pour les personnes de plus de quarante ans, la maladie, la vieillesse et la difficulté de vivre sa sexualité. Alexis ne se cache pas de son homosexualité, même s’il ne la met pas particulièrement en avant. Il aidera Victor à voir clair en lui. Ces deux personnages sont ceux qui m’ont le plus touchés, mais si tous son très attachants. Dans la deuxième partie, l’auteur dénonce le voyeurisme et le fait de chercher à tout prix un bouc-émissaire.

Ce livre est très bien écrit, de manière fluide. Les chapitres courts maintiennent le suspense et nous permettent de découvrir chaque personnage avec légèreté et profondeur. Les protagonistes ne se ressemblent pas et sont très bien travaillés, crédibles. En peu de page, l’auteur brosse un portrait très convaincant de ces passagers et de ce qui est sera pour certains leur dernière nuit. La thématique du hasard, du fait d’être au mauvais moment au mauvais endroit est très présente. J’ai beaucoup aimé cette histoire simple, avec des gens ordinaires qui parle de sujets graves sans lourdeur et avec beaucoup d’humanité.

#ParisBriançon #NetGalleyFrance !

Impact, d’Olivier Norek

J’ai découvert cet auteur à l’occasion d’un challenge, ma lecture de la semaine portait sur un auteur dont le prénom commence par la lettre O. J’aime beaucoup ce jeu qui permet de sortir des livres de nos pals ou de découvrir de nouveaux auteurs. J’avoue avoir un avis mitigé sur ce roman, qui commence comme un polar et finit en dystopie.

Virgil Solal est mercenaire ou soldat, on ne sait pas très bien, en Afrique où il doit protéger les exploitations pétrolières, il rentre en France pour la naissance de sa petite fille, mais celle-ci ne vit que quelques secondes, ses poumons sont collés. Le pédiatre annonce aux parents effondrés que c’est la pollution qui l’a tuée, comme de nombreux autres bébés. Virgil crée Greenwar et prend en otage le patron de Total. Il annonce qu’il le tuera si l’entreprise ne verse pas une caution de vingt milliards, récupérable si Total soutient enfin la transition écologique. Diane, une psychocriminaliste, autrement dit une profileuse, et Nathan, capitaine au 36 sont chargés de négocier avec Virgil pour obtenir la libération de l’otage.

Cette partie polar commence vraiment bien et m’a beaucoup plu, mais j’ai moins aimé la suite, notamment le procès de Virgil, avec une très longue plaidoirie de son avocat qui ne tient pas vraiment la route, même si l’intention est louable. D’ailleurs le verdict confirme cet échec. Et le dernier chapitre forme une utopie naïve et peu convaincante. L’auteur aurait dû s’en tenir à la partie polar et la développer tout au long du roman à mon humble avis. Les policiers sont bien campés et réussis, tout comme Virgil.

Le thème de l’écoterrorisme est au centre du roman, entrecoupé de passages décrivant des conséquences catastrophiques du réchauffement climatique comme des orages avec de très gros grêlons, des incendies terribles dans le bush australien, la montée des eaux etc. Tous les faits cités se sont vraiment passés, les références sont données en fin de livre et l’auteur a fait un très grand travail de documentation. Il s’y trouve des références à des articles de presse ou des rapports scientifiques, je fais confiance à l’auteur, je n’ai pas étudié de près ces citations. Il se demande si une grande cause peut justifier des actes extrêmes. On voit que quatre vingt pour cent des Français, et même au-delà soutiennent Virgil et essaient de le protéger, notamment lors de son arrestation. Mais si tout le monde sait que la pollution menace la survie de l’humanité, et pas de la planète, qui continuera de tourner une fois que notre espèce se sera éteinte, la majorité n’est pas prête à faire des sacrifices concrets. Il y a deux ou trois ans, nous avons eu une votation en Suisse sur une initiative qui proposait d’augmenter l’essence de cinq centimes le litre et de verser cette nouvelle taxe pour des projets d’énergie renouvelable, et sans surprise, les deux tiers des électeurs l’ont rejetée, durant la campagne, on parlait d’une initiative extrémiste qui allait ruiner le pays. Tout le monde connaît le danger, mais il est évidemment plus urgent de s’occuper des centrales à charbon en Chine que de notre propre pollution. On annonce des problèmes d’approvisionnement énergétique pour cet hiver et le même débat est reparti.

Les faits cités sont vrais et inquiétants, semble-t’il mais je n’ai pas du tout aimé le côté manichéen et sans nuance du roman. On a les gentils, tout blancs, même s’ils commettent des meurtres et les méchants, tout noirs et coupables de tout les maux de notre société à qui on ne permet même pas de s’expliquer. sans compter que l’écoterrorisme, même s’il défend une cause juste, comme c’est souvent le cas des terroristes d’ailleurs en dehors des crimes de haine purs et durs, reste un comportement inadmissible dans une société civilisée, de même que tuer le patron d’une entreprise polluante ne sert à rien pour empêcher la destruction de la nature. C’est cet aspect à l’emporte pièce que je n’ai pas aimé, tout comme le dernier chapitre qui se passe dans vingt-cinq ans et se révèle une utopie naïve à la quelle on a peine à croire.

Un autre aspect intéressant est la manipulation de la justice, qui fonctionne visiblement à deux vitesses, le pouvoir exécutif n’hésitant pas à s’en mêler quand ça l’arrange au mépris de la séparation des pouvoirs, mais ce n’est pas un scoop.

Donc un roman inégal très bien pour la partie polar jusqu’à l’arrestation de Virgil et beaucoup moins convaincant pour la suite, un avis mitigé comme je le disais au début. Il faudra que j’essaie la fameuse trilogie de Norek, pour voir si j’ai un avis plus favorable. Merci à Callie pour cette suggestion qui m’a permis de découvrir un nouvel auteur en validant ma case de la semaine.

Pluie, de Michael McDowell

Clap de fin pour cette magnifique saga, j’ai presque envie de dire « déjà », je n’ai pas vu passer ses 1500 pages. J’ai reçu les deux premiers tomes lors d’une MC spéciale, puis j’ai attendu que les quatre derniers soient sortis pour les lire à la suite.

Malgré son immense richesse, le clan Caskey est sur le déclin. Lilah, la fille de Frances élevée par sa tante Miriam est mariée mais refuse d’avoir un bébé comme le lui demande sa tante car elle connaît trop bien la règle de la famille qui veut que les enfants ne soient pas élevés par leurs parents. Mais surtout Elinor, Oscar et les autres membres de cette génération vieillissent, Elinor perd de son emprise au profit de sa fille Miriam, qui si elle est une remarquable femme d’affaires, n’a aucun pouvoir surnaturel. L’heure des comptes a sonné, les fantômes reviennent pour se venger d’Elinor, sa génération en paiera le prix fort. La boucle est bouclée, si le tome 1 commençait par une inspection d’Oscar sur une barque verte dans la ville inondée, nous retrouverons le même bateau en conclusion du tome 6, mais je n’en dirai pas plus pour laisser le plaisir de la découverte aux chanceux qui vont lire cette série.

Il est vrai qu’on n’a pas toutes les réponses à propos d’Elinor, mais bien assez pour comprendre sa nature et les raisons de ses choix. C’est aussi agréable de ne pas tout savoir et de faire fonctionner notre imagination. De même on ne sait pas ce que l’avenir réserve aux plus jeunes, Lilah et Tommy Lee, ou à Billy dont on peut s’étonner du peu de curiosité face aux évènements hors du commun auxquels il a assisté. Cela confirme la passivité des hommes du clan, entièrement aux mains des femmes depuis le début. Cette mise en avant de femmes fortes et entreprenantes qui assument leur choix, y compris leur homosexualité ne correspond en rien à la société du sud des USA au début ou au milieu du vingtième siècle, on peut y voir un message de l’auteur.

Il sait nous embarquer dans l’histoire de cette famille avec beaucoup de talent. Notre attention est soutenue par de nombreux rebondissements, le fantastique y est distillé par petites touches, assez légères pour ne pas déranger les personnes qui n’apprécient pas ce style, mais assez pour nous permettre de cerner Elinor. On ne s’ennuie jamais tout au long des six volumes de la saga, qui convient à de nombreux types de lecteurs différents et même aux personnes qui lisent peu mais auront envie de connaître ce succès de librairie. J’espère que celui-ci nous permettra de découvrir d’autres oeuvres méconnues de l’auteur. Pour moi un coup de coeur. La beauté des livres ne gâche rien.

L’axiome d’Euclide, de Gérard Fortin

J’ai beaucoup aimé ce roman original lu de manière très agréable par Philippe Caulier, il sait nous emmener sur les traces de cette famille. La grande originalité du livre est que le centre de l’intrigue concerne plus un lieu que des personnages, même si l’auteur, dont on devine qu’il s’agit sans doute de sa famille est très présent.

En 1936, le petit Gérard, huit ans, part avec sa mère et son parrain passer quelques jours au château de Vannery, près d’Auxerre à l’invitation d’une cousine du parrain qui y vit depuis quelques années. Il y découvrira la pêche qui deviendra une passion plus tard, mais surtout il y vivra des évènements « surnaturels », il voit à plusieurs reprises une petite fille de son âge que les adultes ne voient pas. Un matin il échappe à la surveillance de sa mère et entre dans une pièce où il a aperçu la fillette la veille, mais il y rencontre à la place une dame très âgée qui lui donne des conseils, notamment de faire de sa vie un rêve. Lorsqu’il parle de l’enfant, tous les adultes lui disent qu’il a rêvé et qu’aucune petite n’habite le château.

En 1940, il est évacué avec sa mère dans un village de Bourgogne, en profite pour pêcher et se lie avec le vannier du coin et son épouse. Ils ont une maison au bord de l’eau et lui permettent de pratiquer sa passion depuis leur jardin. Les années passent et en 1954, après ses études, Gérard décide de prendre un mois de vacances pour revoir les lieux importants de son enfance, entre autre. Il retourne évidemment à Vannery et y vit une nouvelle expérience rationnellement inexplicable, du moins pour un scientifique comme lui. Le garde chasse lui apprend qu’Yvonne n’y vit plus depuis dix ans et que le château est inhabité alors qu’il vient d’y rencontrer une magnifique jeune femme, qui selon le policier n’existe pas non plus. Il lui révèle qu’on a trouvé un cadavre de bébé dans les douves, mais sans préciser la date. Depuis ce moment, Vannery devient l’obsession de Gérard.

Une manière originale de raconter sa famille, en remontant jusque vers 1880. Au fil des rencontres de Gérard, les pièces du puzzle s’ajustent peu à peu. Il y a un côté polar avec l’enquête qui l’entraîne sur la piste des secrets de famille, on ne saura que dans le dernier chapitre ce qu’il en est du cadavre du bébé. Les personnages du livre ne connaissent qu’une partie de la vérité et les non-dits n’arrangent rien, finalement seul le lecteur connaîtra la totalité de l’histoire. Les thèmes principaux sont l’amour, l’amitié et surtout les hasards de la vie, les rencontres improbables, est-ce vraiment un hasard ou y a t’il un plan préconçu pour nos vies, qu’on réaliserait sans le savoir ? Cette interrogation est vraiment centrale dans le livre. La nature et les paysages campagnards sont très présents

C’est un roman très agréable, un grand merci à Netgalley et Voolume pour cette découverte.

#LAxiomedEuclideI #NetGalleyFrance !

La fortune, de Michael McDowell

Cinquième épisode de la saga Blackwater.

La famille Caskey qui était déjà sortie bien enrichie de la guerre, ce dont ils ont pris conscience grâce à Billy, un excellent comptable qui a épousé Frances va le devenir encore beaucoup plus. Oscar se retire peu à peu des affaires tandis que Miriam s’affirme chaque jour davantage comme une femme d’affaires exceptionnelle. Elle en veut toujours à sa mère Elinor de l’avoir abandonnée et échangée contre la maison, mais les relations sont nettement apaisées, du moins en apparence. La famille semble unie derrière les deux femmes de tête que sont Miriam et sa mère. Elinor convainc sa fille d’acquérir un grand marécage, au sud de la propriété de Grace et de partager équitablement les revenus entre les quatre familles du clan, Miriam lui fait confiance et il s’avère que ce terrain contient beaucoup de pétrole. Frances est enceinte et se rapproche de plus en plus de sa mère, elle comprend peu à peu qu’elle a hérité de sa nature et s’éloigne de son mari. Les autres personnages prennent de l’âge, ou grandissent et tout est mis en place pour le dernier épisode qui nous révèlera le fin mot de l’histoire.

Cet épisode, comme les précédent est très addictif, la couverture toujours aussi belle. Le fantastique y est nettement plus développé. On comprend mieux la nature d’Elinor et de Frances. Elles sont très entourées, mais pourtant leur secret les rend solitaires, Elinor le gère beaucoup mieux, Frances va beaucoup évoluer et devoir faire des choix cruciaux comme sa mère autrefois. Les autres membres du clan ne soupçonnent rien, sauf Zaddie, qui sait mais garde le secret par amour pour sa maîtresse. L’évolution des autres personnages, surtout féminins est aussi bien passionnante, tandis que les Caskey profitent de leur insolente richesse, le drame final se met en place peu à peu.

Cette famille n’est en rien ordinaire et pas seulement à cause de la nature d’Elinor, mais surtout par la place des femmes qui gèrent totalement le clan alors que les hommes restent en retrait, ce qui n’était pas la manière de faire en Alabama dans les années 1950.

Cette série est vraiment un coup de coeur et je regrette de l’avoir presque terminée. Certaines critiques y voient juste un coup de pub bien réussi de l’éditeur qui serait coutumier du fait, mais c’est injuste car ces romans ont une vraie originalité et nous permettent de découvrir un auteur américain jusqu’ici très peu traduit et plein de talent.

La carte postale, d’Anne Berest

J’ai beaucoup aimé ce livre qui sait nous toucher en plein coeur. Je ne savais pas qu’il y a deux soeurs Berest écrivains, j’ai beaucoup apprécié Artifices et je croyais qu’il s’agissait de la même auteure, mais non il y a Claire et Anne, toutes deux très talentueuses.

Ce roman se déroule en plusieurs parties. Tout d’abord en 2003, Lélia, la mère d’Anne, reçoit une carte postale anonyme de l’opéra Garnier, achetée plus de dix ans auparavant, sur laquelle figurent les quatre prénoms de ses grands parents, Emma et Ephraïm, de son oncle Jacques et de sa tante Noémie, tous morts en déportation en 1942. Lors d’un déjeuner du dimanche, Lélia parle de cette carte avec ses filles et son mari, mais personne n’a la moindre idée de qui a bien pu l’envoyer. Elle disparait dans un tiroir, alors que Lélia commence discrètement à enquêter sur sa famille.

Dix ans plus tard, Anne est enceinte et s’intéresse à ses ascendants, en vue d’une transmission à son futur bébé. Sa mère lui raconte l’histoire de ses grands parents, nés en Russie à la fin du dix-neuvième siècle. En 1919, le père d’Ephraïm réunit tous ses enfants pour les inciter à émigrer pour fuir les persécutions. Il leur déconseille de se rendre en Europe, mais plutôt en Palestine avec lui ou aux USA, mais les jeunes préfèrent l’Europe, et ne peuvent croire leur père quand il leur dit qu’un jour tous les Européens voudront les voir disparaître. Emma est enceinte et ils attendent la naissance de Miriam pour fuir la Russie dans une charrette. Ils s’installent successivement en Lituanie, en Pologne et en Palestine, le plus souvent chassés par de nouvelles persécutions. Mais le rêve d’Ephraïm c’est Paris, il est ingénieur et a inventé une machine à pain qu’il veut faire breveter en France où la petite famille arrive en 1929. Il inscrit ses filles, Miriam et Noémie dans le meilleur collège où elles deviennent des élèves brillantes. Le rêve absolu du père est d’être naturalisé, il en fait la demande et ne voit pas l’étau se resserrer sur les juifs, il espère faciliter sa naturalisation en acceptant tout ce que l’administration lui demande, mais toute la famille sauf Miriam sera assassinée à Auschwitz en 1942 alors que Miriam et son mari Vicente deviennent résistants.

Six ans plus tard, la fille d’Anne est victime de la remarque banale d’un petit camarade qui lui a dit que dans sa famille on n’aime pas trop les juifs. Anne rencontre le directeur mais surtout décide de découvrir l’identité de la personne qui a envoyé la fameuse carte il y a près de vingt ans. Elle enquête avec sa mère après qu’un détective lui ait suggéré quelques pistes. Ce voyage les entraîne sur les traces des grands parents et aussi de Miriam qui a refait sa vie après la guerre et n’a jamais rien voulu dire à sa fille.

Ce livre est très bien écrit, sans pathos mais avec beaucoup d’émotion. Avant cette carte Lélia et ses filles ne savaient pas grand chose de leurs ascendants vu que Miriam refusait de parler. Lélia fait partie de cette génération confrontée aux silences et aux non-dits. Anne s’interroge sur ce que signifie être juive alors que ce n’est ni sa religion ni sa culture et qu’elle ne pratique aucun de ces rites. Après le diner de Pessa’h chez Béatrice, une amie de son petit ami où elle s’est sentie complètement hors du coup, elle se pose la question et en conclut que son identité consiste à avoir hérité de la peur et de l’angoisse de ses ancêtres, peur de la police, de la foule, de l’administration etc. Anne et sa mère retrouvent des objets volés à leur famille, mais l’important est de dire comment ça s’est passé, on ne sait pas si elles ont pu obtenir leur restitution.

La question de l’identité juive et de la mémoire est au centre de roman. On est évidemment plus sage quand on sait comment ça a fini, mais je suis quand même étonnée de l’aveuglement d’Ephraïm qui semble se jeter de lui-même dans la gueule du loup, obsédé par sa naturalisation, il demande à ses enfants de ne pas se rebeller au lieu de les pousser à fuir comme l’a fait son propre père vingt ans plus tôt. Lorsque sa cousine Anna, en 1940 lui propose de fuir avec elle en Amérique, il refuse, blessé qu’il ne s’agisse pas d’un voyage romantique avec son amour de jeunesse, mais d’une proposition raisonnable pour mettre sa famille à l’abri, il n’y a aucune raison de ne pas faire confiance aux autorités françaises pour lui. Cet aveuglement m’a toujours étonnée, pourtant les mesures de Vichy était clairement antisémite depuis le début du régime. Le peu de solidarité entre les juifs m’a aussi surprise, les Français assimilés depuis quelques générations accusent les juifs étrangers d’être la cause de leurs malheurs et se montrent peu solidaires. Anne dit être le rêve incarné de arrière grand-père, elle ressemble à une Française ordinaire et rien ne trahit son origine.

Un autre point m’a beaucoup touchée, Anne et Claire ont pour deuxième prénom Myriam et Noémie et elles se demandent en quoi elles sont Miriam la survivante et Noémie la victime, en quoi ces prénoms ont influencé leur destin. Elle échangent des lettres à ce sujet, qui sont restituées dans le livre. Je me demande comment des parents peuvent faire porter un héritage aussi lourd à leurs enfants, ayant moi-même pour premier prénom celui de ma cousine qui s’est noyée quelques mois avant ma naissance, je n’utilise d’ailleurs que le deuxième.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce magnifique roman, mais je vous laisse le plaisir de la découverte. Dans la version audio, il y a à la fin, un entretien où Anne explique en quoi ce roman est un roman vrai, tout est vrai, mais certains faits sont changés comme par exemple le nom du village où la famille Rabinovitch s’est réfugiée, pour éviter que des lecteurs trop curieux aillent fouiller ce passé, ou la durée de l’enquête qui dure trois mois dans le livre mais quatre ans dans la réalité, etc.

Ce livre est un gros coup de coeur pour lequel je remercie Netgalley, les éditions Grasset et Audiolib. Il a reçu plusieurs prix littéraires et ce n’est que justice, il les mérite amplement.

#Lacartepostale #NetGalleyFrance !

Vert Samba, de Charles Aubert

Une fois de plus, j’ai commencé une trilogie par la fin, il paraît qu’on peut la lire indépendamment mais normalement je préfère commencer par le début. Donc je lirai prochainement les deux premiers tomes.

Niels vit avec Lizzie au bord de l’étang de Thau, elle anime un site d’information avec son collègue Vincent, alors qu’il a plaqué sa situation à Paris depuis longtemps pour vivre de la confection de leurres pour pêcheurs, d’où le titre du roman. Son père Paddy est venu passer quelques semaines chez son fils, la cabane voisine est occupée par Vieux Bob, le père de Lizzie, qui tient un restaurant proche. Il emploie des résident handicapés de l’ESAT, une institution du quartier. Paddy de son côté apprend à pêcher à Tao, un jeune handicapé du centre. La vie pourrait s’écouler ainsi, heureuse, si Niels n’était pas si mal dans sa peau et surtout si l’un des ostréiculteurs de l’étang n’avait pas été retrouvé mort dans son exploitation, abattu au fusil à bout portant. Puis un autre ostréiculteur. Lizzie ne peut s’empêcher d’enquêter sur ces meurtres, même si leur ami Malkovitch, un policier intègre essaie de la tenir à distance.

Ce livre est qualifié de policier doux, c’est une sorte de cosy mystery, en dehors de la campagne anglaise. Il y a l’enquête avec des rebondissements, Niels s’y trouve entraîné contre son gré par la remuante Lizzie, mais le centre du roman n’est pas l’aspect polar. Cette période est racontée par Niels, qui voit sa vie sur le point de s’effondrer, du moins le pense t’il. Son père montre des signes de démence qui l’inquiètent au plus haut point, il sent la distance se creuser avec sa compagne et ne sait que faire, il se sent totalement impuissant. Il fuit ses problèmes en se réfugiant dans son monde intérieur peuplé de poésie japonaise et de cérémonies du thé. Je trouve que le mal être de Niels est le vrai sujet du livre et j’ai trouvé cela vraiment lourd, d’où ma notre très moyenne. Je n’ai pas beaucoup d’empathie pour ce personnage, sorte d’adolescent attardé qui se noie dans un verre d’eau, sans doute parce qu’il me rappelle trop de personnes que je côtoie dans la vraie vie et qui me donnent vraiment l’envie de les secouer un bon coup.

A part ce personnage lourdaud, les autres sujets abordés dans le livre sont très intéressants. La nature joue un grand rôle c’est un personnage à part entière et j’ai eu grand plaisir à redécouvrir cette région visitée il y a bien longtemps. La nature est douce, mais peut aussi se montrer implacable, avec la canicule, la malaïgue et les feux de forêts. La pêche est une image de la vie idéale, mais Niels apprend à Tao à relâcher les poissons. Ceci dit, je ne vois pas à quoi sert de blesser cruellement ces animaux avec des hameçons si on prétend les aimer, autant leur ficher la paix, encore une contradiction de Niels. Le thème de la différence est vraiment très bien traité par l’auteur, travaillant aussi dans le domaine du handicap, j’ai apprécié sa délicatesse. Tao et Nathalie sont les contrepoids de la société, avec une vision poétique et innocente de la vie. Personnellement je pense comme Camus que l’innocence est au placard depuis longtemps, mais j’ai apprécié ces deux personnages lumineux, qui s’aiment de manière simple et sans drame, contrairement à Niels et Lizzie. On y parle aussi de politique, de corruption, de secrets, la violence de la société s’oppose au microcosme (plus) apaisé de Niels et de son petit monde.

Le style est fluide et agréable, l’écriture poétique. Même si je n’ai pas beaucoup apprécié Niels dans cet opus, je vais découvrir le début de cette trilogie prochainement.

Un grand merci à Delphine des Editions Slatkine pour ce roman.

La saison de la sorcière, de Roland C. Wagner

J’ai beaucoup aimé ce livre lu par Simon Jeannin avec le ton juste. Je pense que j’aurais beaucoup moins apprécié ce roman en version papier, l’audio lui donne un attrait supplémentaire. Le narrateur incarne à la perfection ces personnages plutôt loufoques, la voix est apaisante, chaque personnage a son accent ou sa particularité.

Le roman commence fort, un ptérodactyle géant arrache la Tour Eiffel et s’en va en la serrant dans ses griffes. Quelques mois après, Fric sort de prison, la répression est féroce contre les utilisateurs de cannabis, ce qui lui a valu dix-huit mois derrière les barreaux. D’autres attentats ont eu lieu, la tour de Londres a fondu, le château de Schönbrunn a été transformé en sucre et fond un peu plus à chaque averse. L’armée américaine a profité de la situation pour envahir de nombreux pays dont la France, soit disant pour y mettre de l’ordre. Ils sont persuadés que ces attentats sont l’oeuvre de sorciers puissants et pourchassent les magiciens du monde entier pour constituer une armée chargée de lutter contre les terroristes. Il s’emparent d’une sorcière très puissante dans un pays exotique. Fric retrouve immédiatement ses amis de la banlieue, des marginaux comme lui. Suite à une altercation avec un Tasu (soldat US), l’un d’eux se réclame du Front de libération de la Banlieue parisienne, il ne leur reste plus qu’à aller se planquer chez des amis du codétenu de Fric, qui seront eux aussi des originaux.

J’ai beaucoup aimé l’aspect loufoque et amusant de l’intrigue. Les attentats en particulier sont vraiment sortis de l’imagination délirante de l’auteur, ils se caractérisent par la destruction de symboles nationaux mais ne causent ni blessé ni mort et se veulent des messages non-violents. Les personnages sont assez attachants, sauf le chef de l’armée américaine, qui est odieux comme il se doit. Sous l’aspect d’une joyeuse farce, cette dystopie écrite au lendemain du 11 septembre véhicule un message politique toujours actuel. Le monde se rebelle contre le système ultra-libéral, mais les USA y mettent bon ordre, n’hésitant pas à envahir un pays à l’invitation d’un dirigeant « ami ». La critique sociale est féroce, on y dénonce la dérive sécuritaire et l’acharnement sur les idéologies anti-système. Dans le livre ce sont les petits délinquants immigrés de banlieue, les communistes et les écologistes qui remplissent les prisons. Comme le dit un des héros, les lois sur le terrorisme sont assez vagues pour pouvoir être largement interprétées au gré du pouvoir, même si ici on parle d’un terrorisme qui s’attaque seulement à des symboles sans faire de victimes. Ce point m’a fait penser à la pièce de Camus, Les justes. Ce terrorisme soft s’oppose à la violence des USA, qui eux utilisent de vraies armes et n’hésitent pas à s’en servir.

Un des points remarquable et original de ce récit est d’associer la magie non pas au fantastique mais à la technologie informatique. Il y a de nombreuses scènes cocasses, dont le dernier attentat, mais jamais la magie n’est basée sur des invocations, grimoires ou autres support traditionnels. Toutefois à la fin, les auteurs du sort semblent dépassés par leur créature qui semble être devenue autonome. Dommage que ce soit un one shot et pas le début d’une série, j’aurais apprécié de suivre ces personnages délirants dans une nouvelle aventure.

Je recommande chaleureusement ce récit à la fois profond et très amusant. La société qu’il dépeint n’est peut-être pas aussi éloignée de la nôtre. Les superpuissances n’ont pas renoncé à dominer le monde, que ce soit par la violence en Ukraine, par l’économie avec la Chine, quant à l’occupation de l’Europe par les USA, c’est une réalité toujours actuelle depuis 1944, même si c’est soft et peu violent (quand même un peu, vu que le modèle économique ultra libéral vient d’eux et ravage la planète toute entière). On a rarement l’occasion de réfléchir en s’amusant, profitons-en.

Un grand merci à Netgalley et aux Editions Voolume pour cet excellent roman de science fiction vraiment très sympa et facile d’accès dans cette version audio.

#LaSaisondelasorcière #NetGalleyFrance !

La guerre, de Michael McDowell

Quatrième épisode de la série Blackwater, toujours aussi fascinante.

Cet opus commence juste avant la guerre, la scierie a réussi à survivre à la crise économique de 1929 grâce à la gestion d’Oscar et d’Elinor, ils ont su prendre soin de leurs ouvriers et leurs investissements commencent à porter leurs fruits. Elinor est devenue la cheffe de la famille, ses filles grandissent et se rapprochent. Miriam vit avec Sister car elle ne souhaite pas habiter avec ses parents. L’été avant son départ pour l’université, elle aime se bronzer sur une plage et propose à sa soeur de l’accompagner, Frances découvre ainsi les délices de la baignade. Elle commence à se poser des questions sur sa nature et découvre peu à peu qu’elle est vraiment la fille de sa mère, même si c’est encore très vague. Cet épisode est centré sur les enfants qui grandissent et font des choix professionnels ou privés, tournent bien ou mal. La scierie travaille pour l’armée et la période de vache maigre est terminée pour Oscar et Elinor.

Le fantastique est un peu plus présent, Frances semble avoir hérité des étranges pouvoirs de sa mère, mais ne sait pas encore les maitriser, il lui faudra du temps pour cela. L’écriture est très fluide et agréable. Il y a du suspense et on a envie d’en savoir plus sur cette mystérieuse famille. Les Caskey, surtout les femmes, sont en avance sur leur temps, elles gèrent les affaires familiales tandis que les hommes se laissent conduire. Sur le plan des moeurs ils sont ouverts et tolérants, même s’ils font attention au qu’en dira t’on, dans leur petite ville ils sont sans cesse scrutés, ainsi une partie de la famille déménage à la campagne, tandis qu’un nouveau venu rejoint le clan. Les personnages sont très travaillés et crédibles. Cette série est vraiment un coup de coeur pour moi, même si cet engouement n’a rien d’original.