Stardust : Le mystère de l’étoile, de Neil Gaiman

Je n’avais encore rien lu de cet auteur très connu et une fois de plus, j’ai pu combler cette lacune grâce à Netgalley et Audiolib. J’ai adoré ce roman lu par Marvin Schlick qui sait nous emmener bien loin de notre quotidien par sa voix chaleureuse. En tout cas, il m’a donné envie de découvrir d’autres livres de Neil Gaiman.

Le village de Wall est à la frontière entre la Féerie et le monde réel, qui sont séparés par une brèche gardée en permanence par deux citoyens car il est interdit de la traverser, sauf lors de la foire des fées qui se déroule tous les neuf ans. Un jeune homme y fera une rencontre fabuleuse avec une vendeuse de fleurs de cristal retenue prisonnière par une méchante sorcière, neuf mois plus tard, un panier avec le petit Tristram est déposé devant la brèche. L’enfant est élevé au village sans rien connaître de ses origines. Dix-huit ans plus tard, il est devenu commis d’épicerie et tombé amoureux de la belle Victoria, la plus jolie fille du village qui ne le sait que trop bien, elle pense mériter mieux que Tristram. Il la raccompagne un soir et lui fait des promesses insensées : aller lui chercher des diamants en Afrique, un kangourou en Australie ou même l’étoile filante qui vient de tomber derrière la brèche. Désireuse de se débarrasser de cet importun, Victoria le prend au mot et promet de lui offrir ce qu’il désire s’il lui ramène cette étoile. Et voilà notre Roméo qui quitte la maison, passe la brèche grâce à son père et arrive au pays des Fées, bien décidé à retrouver son étoile pour obtenir la main de Victoria. Il y vivra de fabuleuses aventures et fera des rencontres plus qu’étonnantes.

Il s’agit d’un roman destiné aux adolescents et jeunes adultes, mais il enchantera tous ceux qui ont gardé leur coeur d’enfant. Enchanter est bien le terme qui convient pour désigner ce voyage fantastique en Féerie où Tristram rencontra des sorcières, une licorne, des fées, des pirates dans leur bateau volant et bien d’autres personnages bien ou malveillants dans une quête qui le fera murir et le révèlera à lui-même. On trouve tous les ingrédients des contes, avec une écriture très poétique et une ambiance d’autrefois, l’histoire se passant durant la jeunesse de la reine Victoria. Ce long conte avec des personnages attachants est un coup de coeur pour moi et je ne manquerai pas de découvrir d’autres livres de cet auteur.

#Stardustlemystèredelétoile #NetGalleyFrance !

Le poète, de Michael Connelly

Jack, journaliste à Denver, ne peut croire au suicide de son frère Sean. Pour ses collègues, la thèse ne fait aucun doute, il était déprimé à la suite d’une enquête sur un meurtre qui n’aboutissait pas et ne supportait plus la pression de son métier. Il a laissé un étrange mot d’adieu qui se révèle être un vers de Poe. Jack se lance dans une enquête sur les suicides de policiers afin de persuader les collègues de Sean de rouvrir l’enquête, il finit même pas attirer l’attention du FBI. En même temps un homme se fait arrêter en Californie après avoir photographié des enfants sur un manège, mais la police locale le relâche rapidement faute de preuves. Le début se met en place lentement, nous suivons les deux enquêtes, un serial killer sévit depuis plusieurs années et s’en prend à des policiers à travers tous le pays, le FBI se doit d’intervenir.

Ce roman est réputé être le meilleur de l’auteur et effectivement il nous tient en haleine du début à la fin. Après un début assez lent, les rebondissements s’enchaînent, les fausses pistes, les tensions au sein de l’équipe du FBI, quelques relations et rivalités amoureuses se multiplient pour notre plus grand plaisir. Le FBI veut débarquer Jack de l’enquête mais il s’accroche.

Au final j’ai préféré L’épouvantail où Jack est plus mûr. Mais c’est sans doute parce que je les ai lus à la suite, il y a plus de dix ans entre les deux et l’écriture de l’auteur a évolué. L’intrigue est très bien ficelée, efficace et le scénario intéressant. Elle présente toutefois deux importants points faibles : la psychologie des personnages et le dénouement. Les personnages ont peu de profondeur, y compris les plus importants, ce qui les pousse à agir n’est pas détaillé ou trop peu. Jack est assez ambigu, il avait une relation en pointillé avec son jumeau, marquée par la culpabilité après un drame survenu dans leur enfance, mais là aussi cette relation aurait pu être mieux expliquée. Même s’il veut aussi prouver l’assassinat de Sean pour que sa belle-soeur soit indemnisée en conséquence, il ne perd jamais de vue le scoop et sa carrière de journaliste, ce que lui reprochera Gordon. Le dénouement arrive trop rapidement, sans que rien n’annonce qui est vraiment le Poète, un peu comme un cheveu sur la soupe et ce n’est pas très convaincant. On ne sait absolument rien de ses motivations et raisons de tuer, comme il arrive à s’échapper, il évite de s’expliquer. Rachel dit que ce genre de tueur « vient de la Lune », qu’il n’y a rien à comprendre, mais c’est un peu léger.

Le milieu de la presse est bien analysé, ses acteurs sont prêts à tout pour dénicher LE scoop et les trahisons y sont la norme, Jack en fera l’expérience, mais il reconnaît qu’il aurait fait pareil. Rappelons que l’auteur est un ancien chroniqueur judiciaire, comme son personnage, il sait donc de quoi il parle. C’est aussi très amusant de voir l’évolution technique depuis trente ans. Le FBI présente un appareil photo numérique (sûrement bien peu efficace à côté de nos téléphones) comme une nouveauté incroyable et haut de gamme. D’ailleurs à propos de téléphone, les agents du FBI doivent chercher des cabines pour appeler le bureau lors d’une planque, on peine à se souvenir de ce monde-là avec nos smartphones greffés à la main.

J’ai beaucoup apprécié ce roman, mais ce n’est pas le coup de coeur que j’en attendais après la lecture de L’épouvantail, sûrement parce que ce livre est considéré comme le roman parfait de l’auteur et que j’en attendais trop. Il ne me reste plus qu’à découvrir le dernier volet des aventures de Jack.

L’épouvantail, de Michael Connelly

Je n’ai pas encore lu Le poète, mais je vais vite remédier à cette carence, en tout cas j’ai eu un gros coup de coeur pour ce roman et ses personnages principaux, Jack le journaliste et Rachel l’agent du FBI. J’ai aussi beaucoup aimé la lecture qu’en fait André Nerman, avec sa voix grave qui convient bien au côté sombre de cette intrigue. On ne s’ennuie pas durant les plus de douze heures que dure cet audio-book, on se sent parfaitement immergé dans l’ambiance.

Jack McEvoy se fait licencier du L.A Times, il est connu et bénéficie de ce fait de quinze jour de préavis pour former sa remplaçante, Angela, qui a surtout l’avantage de coûter beaucoup moins cher que lui. Il a signalé la semaine précédente l’arrestation d’un jeune de seize ans qui a tué et violé une jeune femme. Sa grand-mère lui téléphone pour affirmer l’innocence de son petit fils, qui n’est certes pas un saint, qui deale mais n’aurait jamais commis un crime si affreux, la police lui aurait extorqué des aveux dans des conditions douteuses. Jack flaire l’occasion de faire un coup d’éclat pour son dernier article, il va prouver l’innocence du jeune homme et révéler que d’autres meurtres semblables ont eu lieu dans les Etats voisins, annonçant la signature d’un tueur en série. Avec l’aide d’Angela, il enquête sur ces meurtres mais il est rapidement dépassé par un tueur particulièrement diabolique qui le prend en chasse à son tour, son identité est usurpée, ses comptes vidés et toute son électronique hors service. Puis Angela disparaît. Jack appelle Rachel à son secours et elle prend tous les risques pour lui venir en aide, ils continuent leur enquête en binôme.

Les rebondissements se succèdent et on ne s’ennuie guère, il n’y a aucune longueur dans ce pavé. Le tueur est un hacker qui sait supprimer ses traces, il choisit ses cibles en les traquant sur le net et Angela tombera dans le piège qu’il a mis en place. Le thème principal de l’intrigue est le monde des données et de leur sécurité. Certaines entreprises concentrent les informations de nombreuses sociétés et leur fiabilité est vitale pour leurs clients. Le thème a été développé a de multiples reprises, mais ce roman date de 2009 et ce sujet était assez nouveau à l’époque. On était moins conscient des risques informatiques à ce moment.

L’autre thématique est le déclin de la presse écrite, justement sous l’assaut des nouveaux médias. On assiste à une baisse général du niveau de l’information. Comme tout est disponible en ligne tout de suite, les lecteurs rechignent à payer pour des nouvelles de la veille. L’auteur, ancien journaliste, critique cette société de l’immédiateté où une nouvelle chasse l’autre et où les médias ne prennent plus la peine de former l’opinion. Et la situation est loin de s’être arrangée depuis !

En filigrane on peut lire la brutalité de l’économie américaine, un préavis de quinze jours semble un privilège après plus de quinze ans d’activité. On propose ensuite à Jack une prolongation de contrat de six mois avec un salaire inférieur et sans avantages sociaux, ce qu’il refusera. Le racisme et la précarité sont aussi dénoncés avec la situation du jeune dealer, noir, vivant dans une zone défavorisée et qui fait un coupable tout désigné pour le meurtre barbare d’une jeune femme blanche. Jack se voit comme un chevalier redresseur de tort.

J’ai beaucoup aimé ce roman et je le recommande chaleureusement. Merci à Audiolib et Netgalley pour leur confiance. J’enchaîne directement sur Le poète, qui serait encore mieux d’après les critiques.

#LEpouvantail #NetGalleyFrance

Billy Summers, de Stephen King

Billy est un ancien sniper des Marine reconverti en tueur à gages, il a exécuté dix-sept contrats sans se faire prendre et prévoit de prendre sa retraite. Mais avant cela, il va réaliser un gros contrat pour se mettre à l’abri, Nick, un de ses commanditaires habituels lui propose deux millions de dollars pour éliminer un homme sur les marches du palais de justice juste avant son inculpation. Un tel contrat ne se refuse pas, mais Billy a des principes, il ne tue que les méchants et Nick lui affirme que cet homme est vraiment très méchant, il a tué un adolescent pour se venger de son père qui avait une dette de jeu. Billy n’est pas très malin et il accepte l’explication. Toutefois la victime est détenue en Californie pour une autre affaire, il faut attendre son extradition et durant ce temps Billy devra se fondre dans le paysage d’une petite ville du Mississippi. Il se fait passer pour un écrivain en mal d’inspiration et ne tarde pas à se lier avec ses voisins, car il est très sociable, surtout que l’attente dure plusieurs mois. Toutefois Billy est loin d’être aussi stupide qu’il veut bien le faire croire, il craint que Nick ne veuille le doubler et l’éliminer après le meurtre, il se prépare donc une autre voie de repli. De plus, il se prend au jeu de l’écrivain et commence à rédiger son autobiographie.

Nous suivons Billy durant la préparation du contrat, qui dure presque six mois, l’exécution et sa fuite. Nick l’a bien floué comme il s’en doutait, mais notre tueur n’a pas l’intention de se laisser faire. Certains lecteurs ont trouvé qu’il y a trop de longueurs et trop peu d’action, mais cela ne m’a pas gênée, bien au contraire. J’ai beaucoup aimé la manière de Stephen King de peindre la vie d’une petite ville américaine, qu’il s’agisse du quartier où vit Billy sous une fausse identité ou de son lieu de travail, avec les employés des différentes entreprises de l’immeuble qui se retrouvent à midi devant les food trucks. Craignant pour sa vie, Billy a une autre couverture dans un quartier défavorisé où il se fait passer pour un informaticien. Ses interactions avec ses différents voisins sont très travaillées et réalistes, tous les personnages ont de la consistance, même ceux qui jouent un tout petit rôle comme Beverly et son mari. On se sent vraiment immergé dans la vie de ces Américains de la classe moyenne, dans cette rue où on se réunit pour des barbecues ou pour jouer au Monopoly avec les enfants.

Le livre se divise en trois parties, le point fort de la dernière est sa rencontre avec Alice. J’ai beaucoup aimé l’évolution de leur relation, elle apprend peu à peu à lui faire confiance et finira par tomber amoureuse. Là aussi cette relation est très réaliste. Billy est conscient des enjeux et fera tout pour la protéger, même si au début il comptait plutôt se servir d’elle. Les deux personnages sont très attachants, ce qui est un comble pour un tueur professionnel, même s’il a une éthique indéniable.

Il n’y a pas de surnaturel dans ce roman, si ce n’est un clin d’oeil avec un tableau dont les arbres semblent se déplacer et qui fait très peur à Billy, il s’agit d’un roman noir vraiment très réussi avec des personnages profonds, des thématiques très intéressantes et une ambiance très réaliste. J’ai adoré cette plongée dans l’Amérique contemporaine, qui m’a fait penser à 22/11/63, un autre chef d’oeuvre de l’auteur. C’est le genre de roman dans lequel on se plonge avec délice et qui laisse une trace durable dans notre esprit, on s’attend presque à croiser Billy au coin de notre rue (en espérant qu’il ne soit pas en mission !).

Il y a un message politique avec la critique de Trump et de la guerre en Irak qui a détruit tant de vies d’un côté et de l’autre. Finalement Billy est devenu un tueur professionnel par l’armée et les vétérans des guerres n’arrivent pas à se réintégrer dans la société « normale » après avoir passé des années à tuer des ennemis, les mêmes problèmes se répètent après le Vietnam, comme si les politiques n’avaient rien appris. Les souvenirs de Billy tiennent une grande place dans le livre, mais la thématique principale est l’écriture et le processus créatif. Billy est un admirateur de Zola, lorsqu’il écrit le récit de sa vie, il nous permet de connaître la pensée de l’auteur sur les processus d’écriture et c’est vraiment passionnant.

Ce roman est bien plus qu’un simple thriller, c’est un grand coup de coeur pour moi et je sais que Billy m’accompagnera longtemps. Comme Alice, je dois être tombée amoureuse de lui et je vous encourage vivement à faire sa connaissance.

Meurtres à Atlanta, de James Baldwin

Entre 1978 et 1981, vingt-huit enfants et deux adultes ont été assassinés (sans doute plus mais l’auteur s’intéresse à ces crimes-là). il s’agissait de personnes noires et pauvres. Atlanta est gérée par une municipalité noire et le premier suspect est le KKK dont on sait qu’il prospérait à l’époque et sans doute encore aujourd’hui. Mais l’enquête révèle que le coupable est William Wayne, un noir. Les preuves sont accablantes pour le meurtre des deux adultes, handicapés mentaux, mais nettement moins claires pour celui des enfants qui n’ont pas tous été tués de la même manière. Il y a toutefois des fibres qui l’incriminent. Il est finalement inculpé pour les adultes et seulement soupçonné pour les enfants, ce qui lui vaut une condamnation à la prison à vie. Baldwin est délégué par son journal pour enquêter sur cette étrange affaire. Il s’agit de la réédition d’un livre de 1985.

Certains propos sont modérés et vraiment censés, comme ses interrogations sur les dysfonctionnements (bien connus) de la justice dans cette affaire, son questionnement sur le fait d’attribuer les meurtres des enfants au suspect sans preuves et sans inculpation formelles. Il se demande s’il s’agit vraiment d’une série de meurtres ou juste de coïncidences impliquant de nombreux criminels. Je peux facilement le suivre sur ce terrain.

Toutefois ces propos sont minoritaires, ce livre est surtout et presque exclusivement un pamphlet raciste anti blanc. Tout y passe pour cracher sa haine et son mépris pour les blancs et les Européens responsables de tous les génocides possibles et imaginables depuis au moins l’Antiquité. Les propos sont outranciers et extrêmement haineux, une vraie caricature. L’auteur souligne que les USA sont « un bouillon de haines raciales » et visiblement en quarante ans rien n’a évolué. Pour moi ce genre de délire ne vaut pas mieux que les discours des suprémacistes blancs dont ils sont l’exact pendant. J’abhorre le racisme et les discours haineux d’où qu’ils viennent. Je n’ai jamais lu Céline car je condamne ses idées antisémites même si c’est l’un des plus grands auteurs du siècle dernier. De même, ce livre, très bien écrit est totalement méprisable pour son contenu outrancier et haineux.

#MeurtresàAtlanta #NetGalleyFrance !

Identités croisées, de Harlan Coben

J’ai eu grand plaisir à retrouver Wilde, le héros de L’inconnu de la forêt dans ce livre audio lu de manière très agréable par Thierry Blanc qui sait donner des voix bien distinctes aux nombreux personnages du livre nous empêchant de nous y perdre. Sa lecture est fluide et nous transmet bien les émotions des personnages. Et des émotions Wilde va en connaître !

On peut lire ce roman sans connaître le précédent, car l’histoire de Wilde est rappelée, mais c’est toujours préférable de lire les séries depuis le début à mon avis. Wilde est plutôt asocial, il a été trouvé errant dans la forêt une trentaine d’années auparavant et n’a jamais eu aucun souvenir de sa vie d’avant. Il s’était lié avec David le fils d’Hester une avocate qui continue à veiller sur lui quinze après le décès accidentel de son ami. Wilde est l’amant occasionnel de Leila, veuve de David et parrain de son fils Matthew. Il est parti sans rien dire durant un an au Costa Rica et en est revenu de même, avant son départ, il a déposé son ADN sur un des nombreux sites de recherche de parenté. A son retour il reçoit deux réponses positives, l’une d’un homme qui semble être son père au vu du pourcentage de gênes communs et un autre d’un cousin. Ce dernier l’a contacté six mois auparavant avec un message désespéré, laissant entendre qu’il est très célèbre et a de gros ennuis. Il n’en faut pas plus pour que Wilde se lance sur leurs pistes avec l’aide d’Hester et de Rolla, sa soeur adoptive à la tête d’une agence de détectives privés. Peter a disparu après avoir posté l’image d’une falaise célèbre pour ses suicides, mais Wilde veut absolument comprendre de quoi il retourne, de plus on n’a jamais retrouvé le corps de son cousin.

Comme toujours, ce thriller d’Harlan Coben se lit facilement et nous emporte dans une intrigue bien construite avec de nombreux rebondissements. Son père est un entrepreneur de Floride sans histoire qui lui demande d’être discret car Wilde est un « accident de jeunesse » dont il n’avait aucune idée et qui a depuis construit une famille unie, ce qui sera démenti à la fin. Quant à son cousin Peter, il s’agit d’une star de la télé-réalité dont la cote s’est effondrée après qu’il ait trompé sa femme. Cet univers est évidemment totalement étranger à Wilde qui va enquêter sur l’affaire avec des yeux neufs.

Le livre s’ouvre sur un procès dont on ne connaîtra jamais l’issue : un retraité juif a abattu de sang froid un militant néonazi, Hester le défend et pour elle, on a parfaitement le droit de tuer les nazis. Nous voilà donc directement embarques dans une polémique sur le bien et le mal. Nous rencontrerons d’autres justiciers qui poursuivent les trolls : Chrys a crée le groupe Boomerang qui devra s’auto dissoudre au vu des évènements. L’auteur nous questionne ainsi sur la justice, la criminalité sur le net est encore peu punie, en particulier le harcèlement en ligne, qui peut avoir de graves conséquences, peut-on pour autant se proclamer justicier et faire payer les délinquants ?

L’analyse de la téléréalité est sans surprise, on y « découvre » que les scénarios sont écrits à l’avance et que l’évolution du jeu n’a rien de spontané. Les jeunes, même instruits comme Matt et son amie, sont complètement accro à ces jeux. Une partie du public s’intéresse surtout aux déconvenues des gagnants, dont la gloire est bien éphémère, un jeu chassant l’autre. Et pour rester au sommet, certains sont prêts à tout comme le découvrira Wilde. Le monde des influenceurs est aussi dénoncé, ils gagnent des milliers de dollars pour inciter à consommer des produits le plus souvent inutiles, ils sont par contre interchangeables et l’auteur critique ce monde déshumanisé, au contraire de Wilde qui est un marginal avec de vraies valeurs.

L’évolution de Wilde est intéressante et je suis curieuse de savoir s’il y aura un troisième volume de ses aventures, puisque nous connaissons maintenant ses origines, qu’il a enfin compris qu’il peut compter sur un entourage aimant et met de l’ordre dans sa relation avec Leila. La fin est trop américaine à mon goût : Les gentils triomphent et les méchants sont punis, même si l’un des gentils ne l’est pas tant que cela.

Un grand merci à Lizzie et Netgalley pour ce thriller réussi, même s’il n’égale pas le premier de la série.

#Identitéscroisées #NetGalleyFrance !

World War Z, de Max Brooks

Je n’ai pas vu le film tiré de ce roman, mais comme toujours j’ai eu envie d’écouter ce livre audio proposé par Audiolib et Netgalley, ce format me permettant de découvrir des oeuvres qui ne m’attireraient pas en format papier ou ebook, en particulier des ouvrages de science fiction. J’ai eu de très belles surprises ces derniers mois, mais c’est raté cette fois-ci. Je n’ai pas réussi à entrer dans ce livre qui nous raconte la guerre des zombies qui a frappé le monde entier et duré dix ans. Un journaliste interroge les survivants qui ont participé à un rapport de l’ONU sur le sujet. C’est une succession de chapitres courts où différentes personnes racontent leur histoire par ordre chronologique, des premiers signes de l’épidémie survenues en Afrique du Sud à la victoire contre les morts-vivants. C’est raconté de manière froide et clinique, il y a très peu d’émotions, on a vraiment l’impression de lire un rapport sur une catastrophe. C’est une construction très originale, même si je n’y suis pas entrée.

Je me suis vite sentie noyée sous un flot d’histoires individuelles qui seront bien vite oubliées. Il n’y a pas de héros, ni de narrateur mais une compilation de témoignages. L’auteur a fait preuve d’une imagination débordante et souvent il tombe très juste sur les réactions des protagonistes. Je ne connaissais pas du tout ce livre avant de le commencer il y a quelques jours, j’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’une sorte de fable sur le Covid, avant de m’apercevoir qu’il a été écrit quinze ans avant, ce qui a fait remonter le roman dans mon estime. C’est donc très bien conçu, mis à part le virus en question, qui transforme les gens en zombie, ce qui relève vraiment de la SF, c’est assez plausible.

C’est dommage que le roman soit si long, il fait près de 550 pages et au bout d’un moment, je me suis ennuyée ferme. S’il avait été plus concis, je pense qu’il m’aurait plu, il dure près de seize heures et j’ai trouvé le dernier tiers vraiment interminable. J’ai aussi regretté qu’il y ait si peu de point de vue féminin, qui sont tous intéressants, et trop d’interventions de militaires, avec de nombreuses abréviations et sigles dans lesquels je me suis vite perdue, qu’il s’agisse du nom des opérations ou des armes aussi sophistiquées qu’inutiles. J’ai apprécié le témoignage de la jeune femme qui s’est réfugié au Canada avec ses parents, il est très crédible, on imagine sans peine que la fête du début n’a pas duré bien longtemps face à une nature hostile et au manque de nourriture. L’histoire de la femme pilote guidée à la radio par une inconnue sans doute imaginaire m’a touchée, elle a trouvé au fond d’elle-même les ressources pour se sortir d’une situation vraiment difficile, en plus d’avoir eu de la chance de tomber sur une patrouille de routine.

La critique de la société est pertinente et souligne l’égoïsme des gens, du moins de la majorité. Au début, la solidarité domine, puis le chacun pour soi prend le dessus, comme on a pu le constater lors de l’épidémie de Covid. L’économie de service est trop importante, les travailleurs sont trop spécialisés et incapables de s’adapter à une situation de catastrophe ou de guerre, ce qui est assez réaliste. L’auteur se montre très lucide sur les travers et aussi les bons côtés des êtres humains.

Même si ce livre m’a lassée au bout d’une dizaine d’heures d’écoute, c’est un bon roman de SF. Il se concentre sur les humains et leurs réactions, les zombies sont finalement des personnages secondaires, on n’est pas dans un livre gore, horrifique ou fantastique, ce qui en fait son intérêt. C’est surtout sa longueur et les trop nombreux témoignages de militaires américains qui a eu raison de ma patience, mais ce roman plaira aux amateurs de littérature apocalyptique. J’ai aussi beaucoup apprécié la pluralité des narrateurs, tous excellents qui donne vie à ce récit.

#WorldWarZ #NetGalleyFrance !

Le manuscrit inachevé, de Franck Thilliez

Après le génial Labyrinthes, je me suis penchée sur le premier volet de la trilogie de Caleb Traskman, en attendant de terminer la série par l’épisode central dès que possible. C’est un gros coup de coeur, je me demande pourquoi j’ai mis autant de temps pour découvrir cet auteur, la faute à ma trop haute pal.

Difficile de présenter ce puzzle complexe, plein d’énigmes, de rebondissements et de fausses pistes, agrémenté de plusieurs mises en abyme. Les deux héros principaux sont Vic, un policier de Grenoble ainsi que son équipe et Léanne, une écrivaine dont la fille a disparu depuis quatre ans. Tout le monde est persuadé qu’elle a été assassinée par Andy Jeanson, un tueur en série qui fait des révélations au compte-gouttes et n’a pas encore dit où Sarah est enterrée. Seul Julian son père la recherche encore, il est resté à Berck tandis que Léanne vit dans son appartement parisien, mais elle est appelée en urgence par Colin, un policier amoureux d’elle car son mari a été agressé et se trouve à l’hôpital. Ils ont perdu leur lien, Léanne ne supporte plus les recherches obsessionnelles et inutiles de Julian qui s’est mis à boire trop, mais elle n’hésite pas à revenir dans le Nord pour retrouver un Julian amnésique. De son côté, près de Grenoble, Vic et son équipier Vadim sont appelés par des collègues suite à un accident de la route où un jeune délinquant s’est tué après avoir volé une voiture dans une station service. Etrangement le conducteur est parti à pied sans déposer plainte et pour cause car on a retrouvé un cadavre mutilé et deux mains coupées dans son coffre. Le jeune est un petit délinquant et certainement pas un assassin, aussi les deux policiers traquent-ils le propriétaires de la voiture, ce qui les met sur la piste d’une jeune aveugle disparue de son école spécialisée depuis plus de deux mois. Nous allons suivre leurs enquêtes les mènera vers un club SM via le daknet. Et si Julian avait vraiment retrouver la piste de Sarah ?

C’est un roman très noir, plutôt glauque mais vraiment addictif. Il y a de nombreuses références à Stephen King et à Conan Doyle, et plusieurs énigmes. La fin en est une que je n’ai pas résolue, bien que j’aie relu le début comme le suggère l’auteur, si quelqu’un a compris, merci de le partager. Le thème des échecs est présent tout au long de l’enquête, mais la police, comme Léanne ont toujours un coup de retard, jusqu’au moment où Vic comprend le point de bascule du célèbre match entre les champions Kasparov et Topalof, qui est la clé de l’une des énigmes. La fin reste ouverte et de nombreuses questions restent sans solution, sauf peut-être pour les lecteurs plus perspicaces que moi. Il y a plusieurs récits imbriqués les uns dans les autres, ce qui génère un thriller tordu et génial qui m’a tenue en haleine.

J’ai préféré Vic à Léanne, qui se montre capable de torturer son prisonnier, même s’il n’y a aucun doute sur le fait que c’est un sale type, un policier ripoux qui s’est laissé entraîner vers le pire. Au contraire Vic essaie de ne pas se laisser salir par la noirceur de ses enquêtes, il sait faire preuve d’empathie envers les victmes, c’est un personnage très travaillé et convaincant.

J’ai déjà lu le dernier épisode de la série et il n’y a pas vraiment de liens entre eux si ce n’est le thème de la séquestration et de la mémoire. Julian est amnésique, Vic est hypermnésique et Léanne semble avoir commis un plagiat sans s’en rendre compte car elle a complètement refoulé la période où elle a lu le roman qui l’a inspiré pour le sien. La violence envers les femmes et les déviances sexuelles sont très présentes. Les deux enquêtes sont très bien ficelées et très addictives, la noirceur de cet univers et les scènes sanglantes peuvent toutefois déranger les âmes sensibles, ce qui n’est pas mon cas, je l’avoue. Plus qu’à lire le milieu de la trilogie en espérant y trouver les clés de cette intrigue. Cette série est un coup de coeur pour le moment.

Bal tragique à Windsor, de S. J. Bennett

Je m’attendais à un de ces charmants mystery cosy anglais plein d’humour et de fantaisie comme ceux de M.C. Beaton ou de Julia Chapman, mais c’est une grosse déception. Lors d’une soirée privée organisée par Charles à Windsor durant la cour de Pâques 2016, la reine rencontre une brochette d’invités russes, dont un jeune pianiste qui danse divinement bien. Elle les quitte alors que le bal bat son plein, mais le lendemain au réveil, une femme de chambre trouve le jeune Maksim mort dans sa chambre, nu et pendu avec sa ceinture de peignoir. Le premier souci de la reine est d’éviter le scandale, raison pour laquelle les chefs de la police de Londres et du MI5 sont appelés en grand secret. Humphreys y voit tout de suite un coup de Poutine et cherche un agent dormant parmi le personnel. La reine n’y croit pas une seconde et décide de mener l’enquête, ce qu’elle ne peut faire en personne, elle délègue et téléguide Rozie sa secrétaire privée adjointe pour explorer des pistes qui lui semblent plus prometteuses.

On ne retrouve ni le charme, ni l’humour anglais dans ce roman malheureusement. Le prince Philip est le seul à ne pas être hyper conventionnel. L’enquête est mal ficelée et présente bien peu d’intérêt. J’ai plutôt eu l’impression qu’elle n’est qu’un prétexte pour nous présenter l’envers du décor de la monarchie, la vie de château plus réelle que ce qu’en donne à voir les magazines people. C’est dommage d’utiliser un mauvais polar pour cette fin, peut-être qu’un documentaire qui dirait son nom aurait été plus intéressant et le lecteur aurait été moins déçu, ne s’attendant pas à un vrai mystery cosy.

La reine est présentée avec respect, on y voit bien les limites et les contraintes de son rôle, ainsi que ses joies, notamment ses chiens, ses balades à cheval et son amour de la nature. Sa vie compte plus de contraintes que de plaisir, elle n’a que très peu de libertés. Ici elle doit diriger l’enquête sans en avoir l’air, elle est très contrariée des soupçons qui pèsent sur ses proches collaborateurs, mais elle ne peut pas le dire franchement à Humphreys, elle doit manoeuvrer en toute discrétion, voire carrément le manipuler avec l’aide de Rozie. Au final elle devra même décorer le chef du MI5 qui n’y a vu que du feu, au grand dam de sa secrétaire. Les employés de la reine lui sont très attachés, ils ont des horaires de fous, gagnent bien moins que dans le privé alors qu’ils sont très qualifiés, mais c’est un grand honneur pour eux de servir la maison royale. Je pense que c’est un sentiment très britannique qui nous échappe complètement dans nos démocraties républicaines ou fédéralistes.

Comme polar, c’est plutôt raté, mais comme documentaire c’est intéressant. Je pense que le contexte est très bien rendu et la vie de la cour bien décrite. En lisant ce livre, on se demande bien pourquoi les petites filles rêvent d’être des princesses. La couverture fait penser aux mystery cosy, mais c’est trompeur.

#BaltragiqueàWindsor #NetGalleyFrance !

Ellie et Dan, d’Hazel Prior

J’aime beaucoup la collection Instants suspendus de L’Archipel, qui me réserve à chaque fois de belles découvertes, avec des personnages touchants. Ce beau roman n’y fait pas exception. Ellie est femme au foyer depuis son mariage avec Clive dix ans plus tôt, elle a perdu son emploi de bibliothécaire et n’a jamais retrouvé de poste. Elle se consacre à son mari et à sa maison, dans une vie plutôt étriquée, mais qui ne lui pèse pas. Elle n’a aucune confiance en elle et se sent entièrement dépendante de Clive. Un jour au hasard d’une promenade, elle arrive chez Dan, un fabriquant de harpes solitaire, qui aime la campagne, les animaux et ses instruments. Lui aussi manque de confiance, il a surtout un problème de relation avec les autres, il a peu de contact en dehors de sa soeur Jo et de son ami Thomas le facteur, il se distingue par une vision du monde assez particulière. Ellie a fait une liste de choses à réaliser avant ses quarante ans sur laquelle figure l’apprentissage de la harpe, raison pour laquelle Dan lui en offre une en cerisier accordée à la couleur de ses chaussettes. Clive, très terre à terre, ne peut admettre le geste de Dan et demande à son épouse de ramener l’instrument à la grange. Mais il est trop tard, cette harpe va transformer la vie de tous les protagonistes.

J’ai beaucoup aimé l’évolution des deux personnages principaux qui vont peu à peu se révéler à eux-mêmes et prendre conscience de leur potentiel, de manière parallèle. Leur rencontre est un détonateur qui fera exploser leur vie pour mieux la reconstruire. Dan m’a intriguée, il ne vit pas tout à fait dans le monde réel, ou du moins il l’interprète à sa manière (comme chacun de nous sans doute, mais quand même un peu plus que nous). Il m’a semblé un peu autiste ou simplet avec sa vision de la nature pleine de poésie, mais il est très doué de ses mains. Les autres ont tendance à abuser de lui qu’il s’agisse de sa soeur, qui gère le commerce de harpes et sa vie privée quand ça lui convient, ou encore son ancienne petite amie qui lui cache une vérité qu’Ellie découvrira. Cette dernière comprend peu à peu, après un évènement dramatique, que Clive n’est pas un homme fort qui la protège, mais plutôt un pervers narcissique qui la manipule. Toutefois il lui faudra encore plus de temps pour s’apercevoir que Jo fait pareil. Elle saura mener Dan vers une nouvelle liberté et une vie heureuse.

La harpe est aussi un personnage central de cette histoire et on croirait entendre sa douce mélodie au fil des pages. La campagne anglaise est très présente, ce livre donne envie d’aller y passer ses vacances. Dan aime les animaux au point de risquer sa vie pour sauver un faisan. C’est un très beau roman choral où Dan et Ellie racontent leur histoire en alternance. Ces deux personnages rêveurs, naïfs et innocents sauront s’épauler pour retrouver confiance en eux, sortir de l’emprise de Clive et Jo, deux manipulateurs et trouver le bonheur.

Un magnifique livre pour bien commencer l’année et qui me donne très envie de lire le précédent de l’auteure, Comment les pingouins ont sauvé Véronica. Un grand merci à Mylène de L’archipel et à Netgalley pour ce beau roman.

#ELLIEETDAN #NetGalleyFrance !