Une insolente curiosité, de Lynn Messina

J’ai découvert avec grand plaisir cette nouvelle série de mystery cosy qui m’a tout de suite fait pense aux enquêtes de Lady Rose (M.C Beaton). Le cadre est plus ancien d’environ un siècle puisque le roman se passe dans la deuxième décennie du dix-neuvième siècle. Il paraît que l’héroïne renvoie aux romans de Jane Austen, mais je n’en ai lu qu’un et ça ne m’a pas frappé.

Béatrice est orpheline et a été recueillie à l’age de cinq ans par son oncle et sa tante qui ne manquent pas de lui rappeler plusieurs fois par semaine leur très grande gentillesse. On lui répète sans cesse qu’elle est ordinaire, n’a pas de charme et surtout qu’elle est priée de rester à sa place de vieille fille de vingt six ans qui n’a pas réussi à trouver un mari. Son avenir est tout tracé, elle sera dame de compagnie de sa tante ou gouvernante des enfants de ses cousins quand ils en auront, mais en attendant, elle ne doit surtout pas faire de vague. La famille est invitée à une partie de campagne chez les Skeffington, une amie de pension de Tante Véra. Surtout le richissime duc de Kesgrave y est invité et ces dames aimeraient bien en faire leur gendre, Flora cousine de Béatrice peut-elle rivaliser avec Emily Otley, une Incomparable ? Le duc est pédant, méprisant pour les autres convives et notre héroïne ne rêve que de lui jeter son assiette au visage, au moins elle n’est plus sur le marché du mariage. A deux heures du matin, elle se rend à la bibliothèque pour trouver un livre plus intéressant que le roman qu’elle a emporté. Elle bute sur le corps de Monsieur Otley, le duc tient encore le chandelier à la main, il a bien des difficultés à persuader la jeune femme de son innocence. Finalement tous deux se mettent à enquêter sur le « suicide » qui ressemble furieusement à un meurtre. Les dialogues entre ces deux personnages aux antipodes de la hiérarchie nobiliaire sont plein d’ironie et d’humour. Béatrice se révèle bien loin de la vieille fille fade qu’on l’accuse d’être, ce dont elle ne doute pas un instant. Et le duc est bien plus humain, intelligent et sensible qu’il ne le paraît à première vue. On voit la romance poindre de loin et je suis impatiente de découvrir la suite de cette série dont deux épisodes sont traduits pour le moment.

C’est un huis clos dans un manoir anglais, on est dans une enquête de style Cluedo. Tout le monde pourrait avoir eu une raison d’agir ainsi car les secrets des uns et des autres remontent à la surface, et ce n’est vraiment pas glorieux. Les vieilles rancunes sont soigneusement cachées sous le vernis des mondanités, mais tout le monde sait que la vengeance est un plat qui se mange froid. Les deux personnages les plus intéressants sont bien sûr le duc et Béatrice. Ce roman n’a rien de révolutionnaire mais il a tous les ingrédients qui font le succès de ce genre : un cadre historique intéressant, un brin de romance, des personnages inattendus, des rebondissements, peu de violence et beaucoup de déduction, Béatrice étant une digne précurseure de Miss Marple.

La place dévolue aux femmes dans cette société n’est pas brillante, elles ont un rôle de potiche, mais Béatrice est instruite et futée sous son apparence de petite souris effacée comme il se doit pour une orpheline, le duc n’est visiblement pas insensible à son charme. Les relations sociales sont marquées par une grande hypocrisie qui annonce la société victorienne. Béa est l’opposé de la belle Emily qui a une approche totalement superficielle de la vie.

Le style est fluide, léger et plein d’humour. Il y a bien quelques longueurs au début, mais on plonge très vite au coeur du sujet pour ne plus le lâcher. Je suis impatiente de découvrir la suite de cette série que je recommande chaleureusement. Je remercie Netgalley et les Editions Les Escales pour cette belle lecture.

#Uneinsolentecuriosité #NetGalleyFrance

Mythos, de Stephen Fry

J’ai eu grand plaisir de découvrir ce livre dans le cadre du challenge Netgalley, une fois de plus ce format audio m’a enchantée. Le thème est déjà passionnant et la lecture de Frédéric Souterelle est parfaite, il se fond dans les personnages et j’ai eu l’impression de partager des tranches de vies de l’Olympe en direct. Il joue ces dieux et autres héros de manière très vivante, sachant moduler sa voix selon la personne incarnée.Il ne manquait que les images pour faire un film parfait.

Ce livre est très érudit, mais jamais pédant ou ennuyeux, l’auteur a fait des recherches approfondies pour s’approprier le sujet. C’est à la fois un essai par les nombreux renseignements historiques et étymologiques qu’il contient, ce dont Stephen Fry se défend, son ambition étant de raconter ces mythes. Mais le texte va beaucoup plus loin qu’un simple roman. Il s’agit du premier volume d’une trilogie et j’espère avoir l’opportunité de lire la suite. En plus de toutes ces qualités, ce livre est plein d’humour et on ne s’ennuie pas une seconde durant les quatorze heure que dure la lecture.

L’auteur nous raconte l’épopée des Titans, des Géants, des Dieux et des Hommes en partant de la création de l’univers par Ouranos et Gaia, les dieux premiers. Il existe de nombreux mythes et la grande réussite de ce livre est de nous proposer une chronologie cohérente. J’avais déjà entendu la plupart de ces histoires, mais les écouter de cette manière est vraiment intéressant et ouvre une perspective d’ensemble. De plus on retrouve l’oralité qui est quand même à la base de la mythologie, même si elle a été mise par écrit par les poètes antiques dans un deuxième temps. L’auteur nous permet d’accéder à ces mythes comme si on était à la veillée.

Que dire de ces dieux sinon qu’ils sont vraiment très humains et nous ressemblent beaucoup. Ils sont jaloux, infidèles, voire même carrément obsédé sexuel pour Zeus. Ils servaient à expliquer les phénomènes naturels ou les comportements humains. Les Grecs ne croyaient pas vraiment en leur existence au sens de la foi des religions du Livre. Les dieux sont loin d’être exemplaires, mais ils acceptent mal que des hommes, ou d’autres immortels transgressent leurs commandements. Prométhée en particulier, qui a créé les êtres humains et leur a donné le feu, physique et symbolique, s’est attiré la malédiction de Zeus. Il illustre le volonté humine de s’affranchir de la tutelle divine. Il n’est pas conseillé de défier les dieux, ceux qui ont osé le faire ont été en général très sévèrement punis.

Un autre aspect que je trouve passionnant est la convergence de certains mythes avec les récits fondateurs de l’Ancien Testament, qui trouvent leurs origines à la même époque, les passerelles sont nombreuses, on reconnaît Jonas, le déluge, la mésaventure de la femme de Loth ou encore le péché originel, qu’il s’agisse du feu ou du fruit défendu. Ces parentés devraient interdire toute interprétation littérale de la Bible, contrairement à ce que croient les fondamentalistes chrétiens contemporains, qui ne doutent pas un instant que l’histoire d’Eve soit historique alors que celle de Prométhée n’est bien sûr qu’une légende à ne pas pas prendre au sérieux. Ces rapprochements, connus depuis le dix-huitième siècle des exégètes devraient en faire réfléchir certains.

Je ne peux que vous recommander chaleureusement ce magnifique roman qui vous fera voyager aux sources de notre civilisation. Un grand merci à Netgalley et Audiolib pour cette magnifique découverte.

#Mythos #NetGalleyFrance !

L’oiseau qui avait le vertige, de François Cérésa

Ce roman se veut un pastiche d’un des plus célèbres romans d‘Agatha Christie et sans doute aussi de Céline vu les idées abjectes mises en avant. Je n’ai jamais lu cet auteur, justement pour cette raison, mais tout le monde s’accorde à dire que c’est un des plus grands écrivains du vingtième siècle.

Emir Karlovic, un tueur à gages qui doit abattre un ancien ministre arrive à l’hôtel des Flots, une thalasso de luxe réservée à une riche clientèle. L’établissement se trouve sur un îlot, le soir de son arrivée, on trouve le corps d’une des employées, la sulfureuse Jessica dans la mer. La police arrive alors que l’île est coupée du continent par la tempête. Il y a une dizaine de clients qui se trouvent pris dans un huis-clos.

Le résumé avait l’air alléchant, le roman l’est beaucoup moins. Les personnages sont totalement caricaturaux et ineptes. Ils échangent leurs idées, si on peut employer ce terme pour ce ramassis immonde mettant en avant les pires dérives de notre société : racisme, antisémitisme, islamophobie, homophobie, idéologies d’extrême droite et d’extrême gauche, sans oublier des actes sadiques, de la pornographie et le mépris envers les handicapés, bref un mélange qui donne la nausée. Le style est haché, vulgaire et complètement en phase avec le contenu très relevé de ce chef d’oeuvre. Pour résumer, le degré zéro de la littérature. S’il s’agit d’humour noir, je suis passée complètement à côté, je me demande comment on peut publier un livre qui met à l’honneur des idées aussi nauséabondes à notre époque.

#LOISEAUQUIAVAITLEVERTIGE #NetGalleyFrance !

La Bretagne, terre de sacré, d’Aliette Armel

L’auteur nous convie à un voyage à travers le temps et l’espace de la Bretagne, une terre que je ne connais pas et qui m’a toujours attirée. Je ne pouvais manquer ce voyage à travers ce texte lyrique et plein de poésie.

L’auteur parcourt les différentes terres qui constitue cette région en partant de la préhistoire la plus ancienne pour arriver à notre époque. Au début régnait le minéral, présent dans les falaises des rives et dans les roches qui affleurent du sol. Peu à peu les hommes ont conquis cet espace, ils ont gravé la roche de figures animales et d’autres signes dont le sens nous échappe complètement. Il n’y a aucune pierre de Rosette pour les déchiffrer. Puis vint le temps des pierres levées, la civilisation de Carnac qui s’est étendue à toute l’Europe. Vivant moi-même dans une région riche en menhirs et autres monuments mégalithiques, le sujet m’a toujours passionnée. J’ai beaucoup aimé le chapitre qui leur est consacré, ça m’a donné encore plus envie de découvrir le site de Carnac.

Après les hommes de la préhistoire, place aux Bretons de grande Bretagne qui fuient les invasions des Angles et des Saxons. Ces nouveaux habitants se mêlent aux autochtones et cette conquête ne se fait pas sans guerre, même si on en a perdu les traces. C’est l’épopée des saints fondateurs, sans doute plus légendaires qu’historiques, qui terrassent les monstres et surtout apportent le christianisme celtique qui fera vivre la région de nombreux siècles durant. Ces saints sont proclamés par acclamations populaires, Rome n’a rien à y voir, ce qui ne saurait durer. La papauté reprendra la main à la fin du moyen âge.

L’auteure nous offre aussi un détour passionnant et indispensable par les mythes qui continuent de faire vivre la Bretagne et son tourisme, à savoir la légende arthurienne et le mythe de Tristan et Iseult. C’est sans aucun doute mon chapitre préféré. Visiter Brocéliande, même si c’est un lieu plus touristique qu’historique, me fait rêver depuis des années.

Le style de l’auteure est agréable et fluide. Le seul problème vient des défauts de la mise en page, le texte est entrecoupés de notes, mais pas au bon endroit, plusieurs pages après ce à quoi elles renvoient. Cela ne facilite pas la lecture, parfois une phrase est même interrompue par une note qui se réfère à ce qu’on a lu cinq ou six pages plus tôt, ce qui en fait perdre une partie du bénéfice.

C’est un livre très agréable qui ravira les amoureux de la Bretagne et que ceux qui la connaissent effectivement apprécieront encore plus. Il y des extraits de nombreux textes poétiques, personnellement je ne goûte pas ce genre littéraire et je les ai lus en travers, mais ils ancrent le texte dans la tradition.

Un grand merci à Netgalley et les éditions Elidia pour ce document passionnant.

#LaBretagneterredesacré #NetGalleyFrance !

La cité hantée, de Preston & Child

Quel plaisir de retrouver l’inspecteur Pendergast et ses acolytes après un an de disette. Chaque mois de mai voit sortir une nouvelle aventure, même si celle-ci démarre dès la fin de la précédente en Floride, ses fans ont dû attendre douze longs mois avant cette nouvelle rencontre avec leur héros favori. et cette fois, les auteurs se sont vraiment surpassés. Toutes les enquêtes du grand homme ne sont pas aussi palpitantes, mais ce volume est un des meilleurs, avec La chambre des curiosités.

Pendergast, Coldmoon et Constance sont littéralement enlevés par leur chef, Pickett, qui fait détourner leur hélicoptère sur Savannah en Géorgie où des meurtres abominables ont eu lieu. Deux personnes ont été entièrement vidées de leur sang et la rumeur n’a pas tardé à affirmer qu’un vampire sévit dans la ville. Le sénateur du coin, un odieux personnage, menace Pickett de briser sa carrière s’il n’envoie pas immédiatement ses meilleurs limiers, surtout qu’un meeting essentiel pour sa réélection se tient prochainement dans la ville. Avec Pendergast, le vampire n’a plus qu’à bien se tenir !

Je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher la lecture de ce formidable polar, plein de rebondissements dans lequel notre héros saura faire triompher la justice, mais toujours à sa manière particulière. Ce n’est pas la première fois que les auteurs donnent une dimension fantastique à leur polar, mais cette fois ils s’aventurent avec talent dans le domaine de la science fiction pour notre plus grand plaisir. Ayant lu toutes les aventures de l’inspecteur, je trouve que celle-ci est bien meilleure que les précédentes, il y a beaucoup d’éléments différents, même si on retrouve les ingrédients qui font le charme de cette série, le super héros, le politicien odieux, le chef tordu, des courses poursuite et une relation compliquée avec Constance.

Pendergast est toujours aussi performant et étrange, après une fausse piste, il trouvera la clé de l’énigme grâce à Constance, qui joue un rôle central dans cette enquête. Leur relation bizarre prendra un nouveau tournant, qui ne surprendra pas les fans, mais surtout le dernier chapitre annonce déjà une nouvelle enquête passionnante, et peut-être impossible pour notre héros. Coldmoon sert surtout de faire valoir aux deux autres. Il semble que leur partenariat est compromis mais les auteurs ne lui ont pas donné un rôle très convaincant. Certes tout est fait pour que le lecteur prennent conscience des talents exceptionnels du héros, mais Coldmoon ne fait pas un agent du FBI très plausible, il est trop nigaud. Même si les autres agents du bureau font pâle figure à côté de Pendergast, ça reste des policiers d’élite triés sur le volet et pas des péquenauds qui ont l’air de flics villageois. Da Costa faisait un partenaire de meilleure tenue, mais comme les nouvelles aventures ne se déroulent plus à New York, il fallait élargir la juridiction du binôme de Pendergast, on va dire que le collègue amérindien a épuisé ses possibilités après cette enquête pleine de rebondissements.

Le roman est écrit avec des chapitres courts qui permettent de comprendre ce qui se passe simultanément selon des points de vue différents. Ce style est très addictif. Les aventures de Pendergast peuvent se lire séparément, mais il y a aussi une dimension de feuilleton, au fil des épisodes on voit évoluer le personnage, toujours aussi superbe et énigmatique et particulièrement sa relation compliquée avec Constance. Ce roman utilise de manière convaincante un thème très connu en science fiction, qui explique l’énigme au final, mais surtout ouvre une porte sur un prochain épisode qui s’annonce passionnant.

Comme vous pouvez le constater, mon héros favori ne m’a pas déçue et je recommande chaleureusement ce roman à la croisée de plusieurs genres polar, SF et fantastique.

Tant que le café est encore chaud, de Toshikazu Kawaguchi

J’ai découvert cette merveille dans le cadre du Challenge Netgalley, qui a pour objectif de nous faire découvrir de nouveaux horizons, ce qui me paraît être le but premier de la littérature en général. Je connais très peu la littérature japonaise et ce roman m’a enchantée. La lecture de Philippe Spiteri est parfaite, il emploie le ton juste pour faire vivre ces personnages, féminins pour la plupart. Il prononce les noms japonais sans trébucher. Une fois de plus, je constate que la forme audio ajoute un vrai plus à un roman, celui-ci nous emporte dans un univers bien loin de notre société occidentale que l’on connaît peu ici. On a vraiment l’impression de partager une tranche de vie des héros du livre.

Le Funiculi funicula est un café de Tokyo, difficile à trouver car il est petit et se trouve en sous sol. Les clients sont des habitués et il est très rare qu’on y vienne par hasard, même si cela a été le cas de l’héroïne du premier chapitre. Il est tenu par Kazu et Nagare, tandis que son épouse Kei, de santé très fragile vient juste donner un coup de main de temps à autre. Ce café a une réputation extraordinaire, car il permet de voyager dans le passé, mais selon des règles très strictes qui découragent la plupart des gens tentés par cette expérience. Les deux principales, parmi de nombreuses autres, sont qu’on ne peut en aucun cas modifier le présent par une action dans le passé et que ce voyage est bref, il ne dure que tant que le café est encore chaud. Si l’on ne revient pas à temps dans le présent, on est condamné à devenir un fantôme, comme la dame en blanc assise presque toute la journée à sa table.

Le roman est divisé en quatre chapitres qui nous racontent l’histoire de quatre femmes qui avaient une bonne raison de tenter l’expérience malgré toutes les contraintes. Ce sont des histoires très touchantes et qui parlent de situation de crise, rupture amoureuse, maladie, deuil. Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de voyager avec ces héroïnes. Même si ce voyage ne change pas le présent, toutes en reviennent apaisées. Elles ont compris que le présent est le plus important, on ne peut pas changer le passé et l’avenir n’a pas encore eu lieu, il faut donc cueillir les joies de la vie dans l’instant où elles se vivent. Surtout, même si la vie nous confronte à des drames et des deuils, le bonheur est fait de petites joies. A défaut de changer le présent ou l’avenir, ce voyage changera le coeur et le regard de celles qui auront eu le courage de le tenter. C’est un huis-clos plein de tendresse et d’émotion qui ressemble à un conte oriental.

Il y a de nombreuses répétitions, notamment des règles, et un rythme très lent. C’est un roman hors du temps et vraiment exotique. Un roman contemplatif bien loin du rythme de nos existences stressées. C’est le troisième roman japonnais que je lis, j’ai détesté le premier, Pays de neige, de Kawabata et j’ai adoré le deuxième, Le fusil de chasse, de Inoué. Ce roman est aussi un coup de coeur, il est impossible à résumer sans en perdre la substance. Je profite de cette lecture pour participer au mini-challenge de la semaine, la littérature japonaise me fait sortir de mes habitudes de lecture, surtout avec un roman si contemplatif. Un grand merci à Netgalley et Audiolib pour cette magnifique découverte.

#Tantquelecaféestencorechaud #NetGalleyFrance

Le jour et l’heure, de Francis Parel

Quel plaisir de découvrir un nouvel auteur de polars romand, décidément on ne manque pas d’idées dans notre petit pays et c’est une joie de le parcourir à travers les romans édités par Slatkine. Cette fois nous allons visiter les sous sols de Genève, car il y a sept kilomètres de galeries sous la vieille ville, ce que je viens d’apprendre (je connais très peu cette ville).

Une équipe d’archéologues fouille le sous sol de la cathédrale, qui contient de nombreuses cryptes enfouies. Ils viennent d’en découvrir une dans laquelle se trouvent trois corps, s’il s’agissait d’ecclésiastiques ou de bâtisseurs oubliés depuis le onzième siècle, il n’y aurait pas de quoi fouetter un chat, mais ces cadavres sont en partie momifiés,et surtout ligotés avec du ruban adhésif, ils portent une Swatch, si ces objets avaient été inventés au moyen âge, ce serait le scoop de l’année ! La brigade criminelle constate que les montres indiquent le six d’on ne sait quel mois ou année à cinq heure dix. Le pire c’est que ces hommes ont été emmurés vivants, ça ne peut qu’être une terrible vengeance. Le commissaire se souvient alors d’une jeune fille assassinée un six juin à cinq heure dix, il ne lui reste qu’à remonter la piste du justicier dont il devine facilement l’identité.

Le suspense ne porte pas sur l’identité de l’assassin, ni sur celle des « victimes », car on assiste à l’action dans ses moindres détails. Le mystère consiste à savoir si le commissaire arrivera à confondre l’auteur de cette horreur, qui avait de bonnes raisons d’agir ainsi. L’écriture est fluide et très agréable, même si certains dialogues sont un peu artificiels. Les policiers se parlent en utilisant leurs grades et leurs noms de famille, ce qui paraît quand même peu réaliste. Certains dialogues servent à expliquer le fonctionnement de la police et de la justice suisses et s’adressent plutôt aux autres lecteurs francophones, mais ce n’est pas gênant, on ne peut que se réjouir que nos auteurs romands aient un public en dehors de nos frontières.

Il y a du suspense, on se demande si François va réussir à réaliser son plan très minutieux, et comment il arrive à le mettre en place tout en se lançant dans une histoire d’amour. Le mélange romance et polar n’est pas dérangeant. Il y a toute une réflexion intéressante sur ce qu’il faut communiquer ou non à la famille et à la presse. Le fait de révéler les aspects les plus sordides de l’affaire au jeune homme ne l’a t’il pas pousser à la vengeance ? A t’on le droit de mentir, au moins par omission pour ménager les parents ? La police préfère aussi garder le mystère sur la découverte des archéologues et classer l’affaire pour ne pas susciter de vocations de justicier.

Tous les personnages sont très humains, pour le meilleur ou pour le pire. Le profiler est très intéressant, il sait poser les bonnes questions et comprendre les ressorts de l’affaire, il le fait sans haine et n’agresse pas François verbalement même s’il a compris les tenants et aboutissants de l’histoire. Le souci de l’autre tend l’action de ces policiers humanistes.

Le grand thème du roman est celui de la justice. Les peines officielles peuvent paraître bien légères aux familles des victimes de crimes sordides, comment punir ces malfaiteurs de manière efficaces, les empêcher de nuire à nouveau. Notre société ne saurait accepter une vendetta à la corse, qui peut être sans fin. Les policiers soulignent à plusieurs reprises qu’il n’y a pas de crimes justes ou justifiés et François doit s’attendre à payer ses actes si une fois ils arrivent à trouver des preuves de son crime parfait. Lui-même ne fait pas confiance aux autorités et visiblement, ses actes ne l’empêchent pas de mener une vie d’honorable professeur, même s’il préfère que sa famille les ignore. Ces interrogations sur le crime et sa nature sont vraiment intéressantes.

J’ai beaucoup aimé ce polar, un grand merci à Delphine des Editions Slatkine.

A l’adresse du bonheur, de Lorraine Fouchet

J’ai découvert avec un grand plaisir cette auteure grâce à un livre audio, un format que j’apprécie beaucoup. Netgalley a accueilli une nouvelle maison d’édition audio, Lizzie et je ne pouvais manquer de me précipiter sur ces nouveautés si alléchantes. Cet excellent roman feel good nous fait voyager en Bretagne grâce à la voix chaleureuse de Nathalie Stas, les personnages prennent vie et transmettent leurs émotions aux lecteurs.

Pierre Saint-Jarme, médecin voit dans le journal que Ker Joie leur maison de famille vendue dix ans plus tôt après la mort de son père est de nouveau en vente. Sa femme Clarisse n’est pas enthousiasmée, mais elle accepte de la racheter par amour pour son mari, très déprimé depuis la crise sanitaire. Mais le temps d’obtenir le prêt, un acheteur irlandais est passé avant lui et refuse d’y renoncer même contre une grosse commission. Pierre décide alors de la louer pour un week end, car sa mère Adeline fête ses quatre-vingts ans. Toute la famille partira sur l’ile de Groix pour célébrer l’évènement. Il y aura la grand-mère, ses enfants et ses trois petits enfants. Chacun partagera son plus beau souvenir avec Adeline, mais surtout les secrets de famille vont ressurgir. Le retour des Saint Jarme n’est pas du goût de tout le monde malheureusement.

Il est censé y avoir du suspense, mais on devine tout de suite de quoi il s’agit, si l’auteure voulait écrire un thriller, c’est complètement raté, mais je suis sûre que telle n’est pas son intention. Il s’agit d’un magnifique roman plein de tendresse, qui donne le sourire. Même les pires rancunes trouveront leur solution, chacun comprendra comment tirer un trait sur le passé pour avancer de manière nouvelle dans la vie. C’est un livre plein de tendresse, d’espoir et de résilience dont Adeline est le centre.

Chacun a ses failles, ses limites et Adeline rayonne telle un soleil sur sa famille. Elle a même accepté la disparition de Paul, parti sur l’Himalaya après le décès de son épouse et c’est elle qui a élevé Noémie sa petite fille. Les deux femmes sont très complices. Le deuxième personnage principal est Pierre, qui a suivi les traces de son père sans se poser de questions et a de la peine à admettre que son propre fils ait d’autres projets. Il se sent le protecteur de la famille et voit sa mère bien plus fragile qu’elle ne l’est, car Adeline n’a rien d’une grand-mère effacée. Il a fait une grosse dépression suite au décès d’une de ses patientes de nonante cinq ans lors de la pandémie, son mari l’a accusé de les avoir trahis car il n’a pas pu la sauver ni même la faire hospitaliser. Ceci ne me paraît pas réaliste du tout, je pense qu’un professionnel de la santé et encore plus un médecin est conscient qu’on ne peut pas sauver tout le monde et qu’il est absurde d’envoyer une personne de cet âge en réanimation, surtout en pleine pandémie quand les places sont comptées. Je n’imagine pas qu’un médecin puisse tout laisser tomber à cause de cela, en tout cas pas un homme de plus de cinquante ans qui n’en est pas à son premier stage.

La Bretagne est un personnage à part entière de ce beau roman plein de tendresse que j’ai adoré, même si certains rebondissements n’en sont pas. C’est une histoire pleine de bons sentiments et d’espérance qui fait du bien, un rayon de soleil sur notre monde trop sombre. J’ai beaucoup aimé cette première rencontre et je vais lire d’autres romans de cette auteure pleine de ressource pour nous emporter dans son univers heureux.

Un grand merci à Netgalley et aux Editions Lizzie pour cette magnifique découverte.

#Aladressedubonheur #NetGalleyFrance

Le journal de Claire Cassidy, d’Elly Griffiths

Claire Cassidy enseigne la littérature anglaise dans un collège public de campagne, lequel est situé dans l’ancienne maison de R.M Holland, un auteur du dix-neuvième siècle (purement imaginaire), connu pour une nouvelle gothique, L’inconnu. Claire écrit sa biographie, mais son projet avance très lentement, elle est divorcée et vit avec sa fille Georgia, quinze ans. Elle tient un journal depuis son adolescence pour y consigner ses ressentis. Sa collègue et amie Ella se fait assassiner, la police mène l’enquête sous la houlette d’une inspectrice d’origine indienne, Harbinder qui s’intéresse de près à Claire et à son journal qui semblent être la clé du mystère.

Il s’agit d’un roman choral à trois voix, Claire, Harbinder et Georgia. Chacune fait avancer l’intrigue à sa manière. Il oscille entre plusieurs genres, roman fantastique et polar. La nouvelle de Holland sert de charpente au récit, elle est distillée tout au long de l’intrigue, puis de nouveau en entier à la fin. Sa conclusion est surprenante et pas celle qu’on attendait. On pourrait en dire autant de la conclusion du roman, mais ce n’est pas très réussi et surtout pas du tout vraisemblable, ce qui est dommage parce que le reste est plutôt convaincant. La construction de l’intrigue est vraiment originale et intéressante. Elle se base sur cette nouvelle gothique imaginaire, mais très ressemblante à un écrit d’époque, lequel se fonde sur des citations de La tempête de Shakespeare. Et le tout est traité encore d’une nouvelle manière, j’ai beaucoup aimé cette mise en abyme. Il y a également des allusions à La dame blanche de Wilkie Collins.

Le personnage d’Harbinder est intéressant, elle appartient à une minorité, vit chez ses parents qui ignorent son orientation sexuelle. Il aurait pu être développé davantage. Claire est une personne ambiguë, toujours courtoise et attentionnée, mais qui n’hésite pas à se défouler dans son journal sur les uns et les autres. Elle ne tient pas ses collègues en grande estime, elle incarne une certaine hypocrisie de la bonne société qui se croit au-dessus du panier. Elle connaît finalement mal sa fille et leur manque de complicité est souvent souligné.

L’ambiance est très réussie, l’angoisse monte peu à peu pour Claire à mesure qu’elle prend conscience d’être au coeur des préoccupations de l’assassin, tout le monde est soupçonné…. sauf évidemment le vrai coupable et effectivement chacun d’aux aurait eu une raison d’agir ainsi. Après cette montée progressive, la tension retombe de manière brutale et invraisemblable à mon avis. C’est dommage de terminer par un tel tête à queue. La création littéraire est au coeur de ce roman à tiroirs vraiment très réussi et que j’ai lu avec un très grand plaisir. J’espère retrouver cette inspectrice vraiment originale par rapport aux flics névrosés habituels des polars dans une autre aventure que je lirai avec grand plaisir.

Un grand merci à Hugo Thriller et Netgalley pour ce super polar que j’ai beaucoup aimé.

#LejournaldeClaireCassidy #NetGalleyFrance !

N’avoue jamais, de Lisa Gardner

Quel plaisir de retrouver Lisa Gardner que je n’ai pas lue depuis un bon moment. J’ai beaucoup apprécié la lecture de Colette Sodoyez qui m’a fait voyager à Boston avec le trois narratrices de ce roman choral. Ses intonations leur donnent vie et consistance et on se sent complètement immergé dans cette histoire palpitante que l’on ne peut lâcher avant d’en connaître le fin mot.

La police est appelée par les voisins sur les lieux d’une fusillade, ils retrouvent un homme tué de trois balles, son ordinateur détruit et surtout son épouse Evie, enceinte et l’arme fumante à la main. Les faits sont limpides et le commandant D.D. Warren pense que l’affaire sera vite réglée. La jeune femme clame son innocence, mais D.D. se souvient d’une de ses premières enquêtes, seize ans auparavant où Evie avait tué son père en manipulant le fusil de la famille, l’enquête avait conclu à un accident, mais deux fois le même genre d’accident ça fait vraiment une fois de trop. Evie peut s’offrir les services d’un redoutable pénaliste, ami de sa famille et elle est libérée sous caution. Le lendemain, Flora son indicatrice et ancienne victime d’un prédateur sexuel qui l’a retenue en otage durant plus d’un an reconnaît le mari d’Evie aux informations. Elle l’a rencontré lors de sa captivité, son tortionnaire a essayé de la vendre à Konrad mais la transaction a échoué. Elle contacte D.D. qui voit son enquête de compliquer nettement, sans compter de noirs secrets de famille qui vont remonter à la surface.

Ce roman est très bien ficelé, on y est complètement happé. Il y a de nombreuses fausses pistes, des rebondissements et personne n’est vraiment ce qu’il semble être. L’intrigue se déroule dans un milieu privilégié, on est loin du roman noir qui montre la face cachée du rêve américain, mais les riches familles de Boston ont aussi bien des choses à cacher.

Les relations difficiles entre Evie et sa mère sont bien décortiquées. Dans cette famille riche on semble ne manquer de rien, mais pourtant la mère est alcoolique, elle ne vit que pour la mémoire de son mari, Evie a l’impression de ne pas compter. Son enfance repose sur des secrets et des mensonges, puis le schéma se reproduira dans son mariage. Mais les non-dits amènent des catastrophes. Le personnage de Flora est très intéressant et touchant, c’est mon préféré.

C’est un roman choral, tour à tour les trois narratrices, Evie la coupable supposée, D.D la policière et Flora écorchée vive prennent la parole et donnent leur point de vue sur l’affaire et son évolution. La construction est très réussie et nous permet de nous attacher à ces trois personnalités, pas aussi éloignées qu’il n’y paraît. Les personnages secondaires, en particulier la mère d’Evie et leur avocat jouent un rôle très important pour faire avancer l’intrigue dans laquelle il n’y a pas de temps mort. Je n’ai pas vu passer les quatorze heures que dure la lecture de ce thriller palpitant. Les romans de Lisa Gardner ont un grand succès et ce n’est pas pour rien.

Un grand merci à Netgalley et Audolib pour ce thriller qui est un vrai coup de coeur pour moi.

#Navouejamais #NetGalleyFrance !