L’horizon d’une nuit, de Camilla Grebe

Le troisième roman de cette auteure que je lis et le troisième coup de coeur. J’ai adoré ce thriller en version audio, avec deux narrateurs, Marie Bouvier pour les personnages féminins, Maria et Yasmin et Philippe Spitéri pour Samir, Vincent et Gunnar. J’ai déjà écouté et aimé ces comédiens dans d’autres romans. Ici aussi leur jeu est parfait pour nous transporter en Suède, ils savent transmettre les émotions des personnages sans en faire trop. Coup de chapeau tout particulier à Philippe Spitéri pour son interprétation très réussie de Vincent, un enfant trisomique de dix ans. Il sait le faire vivre sans le caricaturer, ce qui n’est pas facile.

Maria passe le week end avec des amies sur une ile de la région de Stockholm, mais au milieu de la nuit, elle reçoit un téléphone affolé de son mari Samir dont la fille Yasmin, dix-huit ans a disparu. Maria et Samir forment une famille recomposée heureuse, malgré les difficultés liées à l’adolescence de la jeune fille et du handicap de Vincent. Elle est enseignante et vit depuis toujours dans une banlieue aisée de la capitale suédoise tandis que son mari est un médecin français d’origine marocaine. Trois ans auparavant, il a perdu sa première femme, aussi suédoise et sa fille cadette dans un accident de la route. Yasmin est dévastée et il pense qu’un nouveau départ en Suède lui serait bénéfique, ils quittent donc leur pays et après quelques mois rencontre Maria c’est le coup de foudre immédiat et réciproque. La police retrouve les bottes et la veste de Yasmin tachées de sang avec une lettre d’adieu au bord d’une falaise et conclut au suicide, mais Samir ne peut y croire et cherche désespérément sa fille. Puis des indices dirigent l’enquête vers le père, n’aurait-il pas commis un crime d’honneur au vu du comportement de sa fille ? La vérité éclatera vingt ans plus tard lorsque de nouveaux éléments permettront à l’enquête de progresser.

C’est un excellent roman choral, les chapitres alternent les narrateurs et clarifient peu à peu l’intrigue. Le titre suédois « Tout le monde ment » est plus proche de la teneur du livre. Rien n’est vrai, en dehors de Vincent dans cette famille, le père et la fille se disputent sans cesse, Yasmin déteste Maria même si elle ne peut pas le dire franchement et la belle-mère n’en peut plus de son comportement provocateur, de son désordre etc. Maria fait tout pour être une Suédoise modèle. Samir avait une vision idéalisée de ce pays, mais en fait il y a aussi des militants d’extrême-droite, dont un fils des voisins et une xénophobie rampante. L’histoire débute en décembre 1999, bien avant les attentats du 11 septembre, mais il y a un violent sentiment anti-arabe qui se dévoilera au grand jour quand Samir est accusé d’avoir tué Yasmin.

Outre le fait de recenser les nombreuses difficultés que peut rencontrer une famille recomposée, ce roman nous livre une peinture peu reluisante de la société suédoise qui se révèle bien moins idyllique que sa réputation peut le laisser supposer. Ceci n’est pas très étonnant, car comme dit Pascal, qui fait l’ange fait la bête. Certes en 2000 le politiquement correct n’était pas aussi important qu’aujourd’hui, toutefois l’auteure nous montre qu’une société à laquelle on veut imposer un comportement parfait nourrit des démons secrets qui ne demandent qu’à être libérés lors de certains évènements, comme Samir en fera l’amère expérience. Au sein de la famille de Maria, les non-dits et un certain déni amèneront la catastrophe. Maria manque aussi d’objectivité dans son jugement sur les autres, elle mettra vingt ans avant de comprendre que Tom a bien changé depuis qu’elle le gardait enfant, son aveuglement sera aussi une cause du drame. Le thème de la culpabilité est très présent, chaque personnage a des choses à se reprocher et se punit de différentes manières qui embrouillent encore plus la situation. Vincent est champion en la matière, il sera mutique durant vingt ans jusqu’à la révélation finale.

Les personnages sont attachants, en particulier Vincent et Gunnar, mais les autres également. Le thème de la trisomie est très bien traité, montrant plus les capacités et qualités de Vincent que ses limitations. Il est bien intégré dans son environnement, mais là non plus, les réactions négatives de certains camarades de classe ne sont pas passées sous silence, même si la plupart sont bienveillants. J’ai beaucoup aimé Gunnar, qui est déjà apparu dans d’autres romans de l’auteure, mais ici l’accent est mis sur lui. Il se reconnaît comme un bon policier, mais souffre de ses failles. Il cache son lourd secret derrière une attitude de séducteur impénitent, mais très gentil, pas du tout macho. Il se lie à Maria au fil du temps et c’est à elle qu’il pourra confier ce qui le ronge. J’aime beaucoup le fait que les polars nordiques soient ancrés dans le quotidien des personnages, qu’on nous parle de leur vie et pas seulement de leurs actions. L’histoire est plutôt réaliste, c’est aussi un aspect appréciable.

La forme chorale donne un rythme intéressant et original à ce polar. C’est un grand coup de coeur pour moi et je remercie vivement Audiolib et Netgalley pour cette très belle lecture.

#Lhorizondunenuit #NetGalleyFrance !

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