L’orphelin des docks, de Cay Rademacher

Il s’agit de la suite de l’excellent Assassin des ruines paru il y a un an. Et il est tout aussi excellent. J’ai retrouvé avec grand plaisir l’inspecteur principal Frank Stave, le lieutenant MacDonald, Erna Berg, Anna et quelques autres personnages .

Printemps 1947, Stave est appelé avec ses collègues sur un chantier naval, on a retrouvé le cadavre d’un enfant poignardé sur une bombe anglaise non explosée tombée dans un entrepôt abandonné. Le chantier est immense et en cours de démantèlement par ordre des Anglais qui occupent Hambourg depuis 1945. Ce chantier était un fleuron de l’industrie allemande depuis bien avant la guerre et les ouvriers sont très en colère contre les Anglais, la plupart sont communistes. Au fur et à mesure de la démolition, les ouvriers travaillent sur de nouvelles zones de cet immense chantier, c’est ainsi qu’ils ont trouvé le corps de l’enfant.

Personne ne le connaît et les recherches s’annoncent difficiles. Il s’agit d’un jeune rôdeur, qui vit chez une tante mais qui passe plus de temps dehors que chez lui. La tante et son fiancé gèrent une entreprise de transport légale ainsi que des matchs de boxe, ils ne semblent pas se livrer à la contrebande ni au marché noir pourtant florissant en ces temps de rationnement très sévère. Pourtant des cigarettes étaient en possession du jeune Adolf. Frank enquête dans un brouillard complet dans le milieu des orphelins, il y en a plus de quarante mille à Hambourg. Vu la grogne de la population à cause du démantèlement de toute l’industrie allemande, les Anglais considèrent cette affaire comme sensible et envoient le lieutenant McDonald pour aider Stave afin de résoudre cette enquête au plus vite.

Le lieutenant est mis sous pression par sa hiérarchie, il est l’amant d’Erna Berg, secrétaire de Stave et père du futur bébé. L’affaire ne serait pas si grave si Erna était vraiment veuve comme elle le croyait, mais son mari est revenu d’un camp russe handicapé. Le procès en divorce est pour bientôt et si le meurtre du chantier naval n’est pas résolu à ce moment, le lieutenant sera muté en Palestine et Erna déshonorée. En ce temps-là, on ne badinait pas avec le divorce ni avec les amours entre Allemandes et occupants. Stave a aussi de nombreux problèmes personnels, il ne sait comment gérer son amour pour Anna, s’il a le droit à un nouveau bonheur après la mort de sa femme sous le déluge de bombes de 1943. Et son fils tarde à rentrer de son camp de Sibérie, lorsqu’il revient enfin, le père ne sait comment reprendre le dialogue avec ce fils perdu, fervent nazi qui s’était engagé à dix-sept pour sauver l’Allemagne. Stave a fait profil bas durant toute la guerre et ne comprend pas le choix de son fils.

Il enquête dans le milieu des trafiquants et des enfants perdus, en particulier les enfants-loups qui ont réussi à fuir l’Est et la barbarie de l’occupation russe. Ses supérieurs ne veulent pas faire de vagues face aux Anglais et les deux enquêteurs auront bien de la peine à démêler cette sombre affaire.

L’enquête est très intéressante, mais elle est au second plan. Cay Rademacher nous fait découvrir ce qui était le quotidien des Allemands juste après la guerre. On se dit que deux ans après les évènements, la vie devait s’être améliorée, mais c’est loin d’être le cas. L’assassin des ruines se passe durant le terrible hiver 1946 / 47 et ce livre se déroule juste après. On ne peut que s’attacher à ces héros torturés, qui voient l’avenir sous un jour très sombre et sans espoir. L’Allemagne n’est plus qu’un champ de ruines, comme le reste de l’Europe et rien n’annonce encore les Trente Glorieuses, les habitants sont en proie aux privations, au désespoir. A l’heure du retour des nationalismes, ça fait le plus grand bien de voir où ils ont mené. Cay Rademacher se veut l’historien d’un pan oublié de l’histoire de l’Europe.

J’ai aussi le troisième volet de la trilogie que je lirai prochainement. J’espère que les héros y trouveront enfin l’apaisement. C’est une magnifique série pour qui s’intéresse à l’immédiat après-guerre et je vous la recommande chaleureusement.

Orphelin des docks

Mois du polar 2

Mois du polar chez Sharon (N°72)

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