L’Apothicaire, de Henri Loevenbruck

Ce roman est un monument de 799 pages qui fait pense Au nom de la rose d’Umberto Ecco. Il nous raconte l’histoire d’Andreas Saint Loup apothicaire à Paris. C’est un homme très érudit et irréligieux. Ce 11 janvier 1313 est le dernier jour de travail de son apprenti Jehan, la cérémonie de sa maîtrise aura lieu le jour même à midi. En descendant à son magasin, Andreas voit une pièce à mi-étage dont il ne se souvient pas. Elle est vide et propre, comme si on venait de la quitter. Ses serviteurs ne souviennent pas non plus de cette chambre. Andreas en est distrait durant toute la cérémonie de maîtrise de Jehan, il a une excellente mémoire, il est un homme de science et de raison, il ne peut comprendre ce mystère. Dans les jours suivants, il voit son portrait en partie effacé. Une deuxième personne semble se trouver avec lui mais cette partie du tableau semble avoir disparu. Il a reçu cette peinture d’un client et n’y a jamais vraiment pris garde, toutefois le mystère s’épaissit. Le soir il va se distraire en jouant aux échecs dans une taverne et rencontre le jeune Robin, un fils de paysan particulièrement dégourdi qui deviendra son nouvel apprenti.

Nous suivons aussi Aalis une jeune fille de quinze qui habite Béziers. Elle est liée d’amitié avec Zacharias, un vieux juif qui vit en dehors de la ville, ce qui déplaît fort à ses parents, qui aimeraient la marier avec François, le fils du prévôt. Le père d’Aalis tue le vieil homme, ce qui inspire une terrible vengeance à la jeune fille qui doit désormais fuir en direction de Bayonne pour tenir la promesse faite à son ami.

Le mercredi des cendres, Andreas préfère s’occuper d’un ancêtre du microscope venu d’Italie et qui doit lui permettre d’étudier l’infiniment petit à une cérémonie publique à laquelle sont conviés les principaux artisans de Paris. Ce sera prétexte à l’arrêter et l’incarcérer à la prison du Temple où Jacques de Molay le mettra sur la piste de la scola gnosticos. Philippe le Bel, les frères Marigny et Nogaret (voilà de quoi réjouir les amis de la saga Les rois maudits!) ne savent que faire d’Andreas et lui mettent l’inquisiteur Guillaume Humbert aux trousses. Marigny arrive à le faire libérer, mais le soir même deux cavaliers noirs incendient sa maison. Andreas n’a plus qu’à fuir sur la route de Compostelle avec Robin et Magdala une prostituée qu’il aime à sa manière non conventionnelle. Ils auront de nombreuses aventures en chemin et Aalis les rejoindra à Bayonne. Andreas et ses amis sont sur la piste d’un livre qui n’existe pas et qui fait disparaître ses lecteurs.

Ce livre est sans aucun doute un monument d’érudition et il ne manque pas d’humour, les personnages principaux étant bien en avance sur leur temps, Andreas a découvert le rôle des microbes dans la transmission des maladies, il est athée, Aalis est une fille libérée et elle n’hésite pas à remettre en cause les convenances. Robin est le personnage le plus attachant. J’ai beaucoup  aimé le passage qui m’a fait penser aux rois maudits avec les intrigues de cour et les scènes d’action, tout comme la recherche du fameux livre. Toutefois les trop longues descriptions des villes m’ont pesé surtout dans les deux cent dernières pages. Je n’ai pas aimé non plus l’écriture ampoulée et précieuse (au mauvais sens du terme) des passages où c’est le narrateur qui parle et décrit les évènements. Evidemment ces paragraphes ont pour but de faire ressembler le récit à une chronique médiévale, tout comme l’usage de mot en vieux français (mais très connus et faciles à comprendre) et de certains textes latins non traduits.  J’avoue que j’aurais préféré que ce roman fût plus court et j’étais contente de le terminer.

Malgré ces défauts, ce livre est très intéressant. C’est un thriller ésotérique qui sort des chemins battus, l’auteur a su utiliser les Templiers de façon originale et loin du traitement qu’on leur réserve d’habitude dans ce type d’ouvrage. Celui-ci est très documenté, même si certaines dates ne correspondent pas tout à fait à celles que l’Histoire reconnaît (mort de Nogaret et de Guillaume Humbert notamment). On est très loin des romans populaires et bâclés qui sont souvent l’apanage de ce genre littéraire depuis le succès du Da Vinci code.

Apothicaire

challenge polar

Challenge polar de Sharon N°40

Publicités

3 réflexions sur “L’Apothicaire, de Henri Loevenbruck

  1. Ping : Bilan #4 du challenge polar et thriller 2018 | deslivresetsharon

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s