L’or de Malte, de Jacques Sudre

Tout d’abord un grand merci à Babélio et aux Editions de l’Harmattan pour ce roman reçu lors de la dernière opération Masse critique.

Il s’agit d’un polar historique qui nous présente la deuxième enquête du colonel Louis de Sallanches, ingénieur géographe au service de Napoléon, qui se passe au printemps 1807. L’histoire commence avec l’assassinat du tsar Paul 1er en Russie. Louis est à ce moment en convalescence au château familial en Savoie après avoir été blessé lors d’un combat en Pologne. Son ami Pierre Grégoire, agent de Fouché, le terrible ministre de l’intérieur, est en voyage pour Genève afin d’enquêter sur le meurtre du banquier suisse Perregaux, il s’arrête à Sallanches pour apporter les dernières nouvelles de l’empire au colonel. Ce dernier se sent mieux et commence à s’ennuyer avec sa famille qui s’occupe surtout de musique depuis la révolution. Le fait que le banquier suisse a été assassiné est un secret d’Etat, il a été torturé puis achevé, mais pour Fouché il ne s’agit pas d’un crime de droit commun. Le personnage était sulfureux et Grégoire est chargé d’apprendre ce qui se cache derrière ce meurtre.

Louis propose à Grégoire de l’accompagner, leur première étape les mène à Genève chez les cousins du colonel. A peine sont-ils arrivés qu’un deuxième banquier est assassiné, l’associé de Perregaux. Des indices semblent relier les trois crimes entre eux et à l’ordre de Malte. Nous suivons les péripéties du voyage de nos enquêteurs de Genève à Corfou en passant par le Mont Blanc et Rome.

Les chapitres sont courts et très bien documentés. L’intrigue se mêle à l’histoire, comme dans tout bon roman historique. On découvre la vie de l’époque à travers ces personnages hauts en couleur, dont la plupart ont bel et bien existé. Le chapitre sur le Mont Blanc et les débuts du tourisme alpin est vraiment passionnant. Il y a quelques rebondissements, mais le livre se présente comme un roman historique et non un polar. Il ne faut donc pas s’attendre à une intrigue aussi complexe que chez Jean François Parot ou Jean Christophe Portes, dont les polars se situent quelques années avant (fin de la monarchie et début de la Révolution). L’intrigue est ici plus linéaire et l’auteur veut nous faire découvrir la vie à l’époque au travers de ces évènements fictifs présentés dans un cadre historique réel. Tout ceci rend la lecture de ce livre très agréable.

Et j’aimerais tellement pouvoir arrêter ici ma chronique, car j’apprécie énormément les opérations Masse critique qui me permettent de découvrir des livres et des auteurs que je n’aurais sûrement pas lus autrement, j’admire les écrivains et leur travail, c’est pourquoi je déteste dire du mal des livres si généreusement offerts, pourtant ce ne serait pas honnête de ma part de ne pas mentionner les défauts de ce livre que j’ai par ailleurs beaucoup aimé.

Il y a plus d’une coquille et faute d’orthographe ou de grammaire, ce qui est gênant. Par exemple « il ce mi » pour il se mis, » Elisabeth regardèrent » et d’autres du même tonneau. Certaines modifient même le sens du livre. Ainsi il est dit deux fois que le banquier Perregaux (sans é dans la réalité) vient de Neufchâtel, pourtant c’est un banquier suisse. L’auteur, comme souvent, confond Neuchâtel en Suisse et Neufchâtel en Normandie, ce n’est vraiment pas le même endroit.

Comme dans tout roman historique, les personnages fictifs et les personnages réels sont mélangés, toutefois je trouve gênant que les données concernant les personnages historiques soient fausses. Ainsi le banquier Perregaux n’est pas mort en 1807, mais en 1808.

Ce qui m’a le plus dérangé et irrité, c’est le mépris non dissimulé avec lequel l’auteur traite la Suisse et les Suisses dans ce livre. Rappelons-le, à ce moment la Suisse est occupée par les armées françaises. Jacques Sudre parle de Martigny, ville valaisanne où Grégoire n’a jamais vu autant de crétins (maladie liée au manque d’iode). Lors du séjour à Genève des héros, le soldat de la garde municipale est présenté comme un alcoolique, tout comme les gardiens de la banque qui n’ont pas su défendre leur établissement visité la nuit de l’assassinat du banquier l’Etoile (personnage fictif). Et le sommet est atteint lorsqu’on nous présente le numéro deux de cette grande banque internationale comme un esprit lent qui ne sait que répondre à l’interrogatoire de Grégoire et que Louis doit aider. Et bien non, même au début du dix-neuvième siècle, les dirigeants des grandes banques suisses n’étaient pas des attardés mentaux ni des crétins des Alpes. Et les protestants sont aussi méchamment égratignés. En tant que que protestante suisse, j’ai détesté ce côté méprisant, une sorte de syndrome Banania je suppose !

L’auteur tire aussi de nombreux parallèles avec notre époque sous forme de traits humoristiques (la mariage pour tous, le code pin etc). Cela ne sert pas à rendre son propos plus clair et je n’ai pas goûté ces traits et ces anachronismes qui n’apportent rien au texte.

Ceci dit, je suis contente d’avoir lu ce livre. Très souvent dans ce type de fiction, les auteurs démêlent rapidement le vrai du faux à la fin du roman (Steve Berry, Jean Christophe Portes et bien d’autres), j’ai regretté qu’un petit chapitre de ce genre ne termine pas ce roman, cela aurait été un plus appréciable.

Malgré ces critiques, ce livre est un agréable roman historique.

Or de Malte

challenge polar

Challenge Polar de Sharon N°29

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2 réflexions sur “L’or de Malte, de Jacques Sudre

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