Juifs et musulmans en France, le poids de la fraternité, d’Ethan B. Katz

Tout d’abord un grand merci à Babélio et aux éditions Belin pour ce livre reçu lors de la dernière opération masse critique. C’est un livre très intéressant, avec un apparat critique et des annexes très importants. C’est un livre de référence écrit par un historien américain, spécialiste des relations entre juifs et musulmans. Il s’agit d’un ouvrage destiné à des historiens, des universitaires et des professeurs, mais pas forcément au grand public, fût-il cultivé. Je l’ai demandé parce que je m’intéresse beaucoup au judaïsme. Toutefois j’ai été surprise par l’exigence de ce livre d’une lecture très ardue pour moi.

L’idée de l’auteur est que le conflit qui déchire actuellement les communautés juives et musulmanes de France est récent. Il étudie les rapports qui les lient entre elles et à la France depuis la fin du dix-neuvième siècle. Après de longes et difficiles considérations méthodologiques, il étudie la première guerre mondiale. Ces communautés sont principalement les juifs et musulmans magrébins, toutes deux voient dans la guerre une occasion de montrer qu’ils sont de bons Français. Depuis 1871, les juifs algériens sont citoyens français, mais pas les musulmans qui sont sujets de l’empire. Si de fort liens existent entre les communautés et les personnes, l’Etat privilégie la communauté juive considérée comme francisée et blanche au détriment des musulmans considérés comme « à civiliser », tout comme les noirs du reste de l’empire.

En 1918, la France est détruite et ruinée, il n’y a plus assez d’hommes pour relever les décombres, le pays s’ouvre massivement à l’immigration pour la première fois de son histoire. Les Italiens, les Espagnols, les juifs de l’ancien empire ottoman ou d’Europe orientale, les Magrébins juifs ou musulmans arrivent en nombre. Paris et Marseille sont les villes les plus touchées par le phénomène. Les juifs et les musulmans d’Afrique du Nord ne s’installent pas dans les mêmes quartier mais se fréquentent. Pour cette première génération d’immigrés arrivée autour de 1920, il n’y a pas de tension entre juifs et musulmans, ils recréent une vie sociale semblable à celle du Maghreb autour des cafés juifs et musulmans, fréquentés par les deux communautés. La musique est importante pour eux et des orchestres mixtes s’y produisent. Toutefois s’il y a beaucoup d’interactions sociales entre les deux groupes, les mariages mixtes restent très rares.  L’empire est à son apogée au début des années 1930. Les autorités donnent plus de droits aux juifs d’Afrique du nord, qui sont pleinement citoyens français alors que les musulmans sont des indigènes. A partir du milieu des années trente, les deux groupes s’éloignent peu à peu. En 1934 des émeutes se produisent à Constantine où des musulmans tuent 24 juifs et saccagent les commerces sous l’oeil indifférent de la police française. Ces évènements entraîne une nouvelle vague d’émigration en France. Ces années voient aussi la montée de l’antisémitisme et le début du conflit au Moyen Orient, ce qui complique encore les relations entre les deux communautés. Le front populaire apporte un certain apaisement qui ne durera pas. Blum veut modifier le statut de l’indigénat, mais son projet est trop modeste et ne contente personne. Il ne sera d’ailleurs jamais voté.

L’Occupation vient changer la donne, avant les juifs, immigrés ou non étaient privilégiés par rapport aux musulmans, Maintenant c’est évidemment l’inverse. Les idéaux de l’extrême droite française des années 1930 sont devenus réalité avec l’Occupation et le régime de Vichy. Les autorités accordent un meilleur statut aux musulmans considérés comme « presque aryens ». Les Juifs nord africains essaient souvent de prendre une identité musulmane. Ils sont parfois aidés par les musulmans, parfois non. Ces derniers ont une attitude ambiguë vis à vis de l’Occupation, ils sont parfois collaborationnistes, parfois résistants, mais le plus souvent attentistes, comme ce fut le cas de la majorité des Français et des autres immigrés. L’auteur détaille différents cas de figure illustrés par diverses personnalités. L’année 1942 marque un tournant et les positions se radicalisent encore. Au niveau des relations personnelles, de nombreux musulmans essaient d’aider des amis ou conjoints juifs. A la fin de la guerre, le conflit palestinien débutant, puis la décolonisation viennent encore compliquer et tendre les relations entre les deux communautés.Elle se dégraderont peu à peu pour atteindre un paroxysme après 1967 et l’annexion de Jérusalem par l’Etat d’Israël.

L’auteur nous livre une somme incroyable sur plus d’un siècle de relations entre juifs et musulmans. S’il ne faut retenir qu’une seule chose, c’est que ces rapports sont infiniment complexes et changeants au cours du temps.

Ce livre a été très difficile pour moi et finalement très ennuyeux à lire. Je pense que j’en aurai oublier 95% d’ici quelques jours. Mais je le répète, il ne s’agit pas de la qualité de l’ouvrage, qui est plus qu’excellente, mais du fait qu’il s’adresse plutôt à un public d’historiens et de professeurs qu’au grand public.

Juifs et musulmans en France

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