Retour à Martha’s Vineyard, de Richard Russo

Nous sommes en 2015, Lincoln est agent immobilier à Las Vegas et père de famille nombreuse. Il peine à se remettre de la crise de 2008 et décide de vendre la maison familiale de Martha’s Vineyard héritée de sa mère et dans laquelle il n’est pas revenu depuis dix ans. Il s’y rend pour estimer son état et les travaux nécessaires. Sa femme Anita, avocate, ne peut l’accompagner. Lincoln a invité ses vieux amis Mickey et Teddy à le rejoindre. Ils se sont connus à l’université de Minerva en 1969 où ils étaient boursiers et serveurs dans une sororité. Ils deviennent vite inséparables. Jacy, une fille issue d’une famille riche est la seule étudiante à s’intéresser à eux et à intégrer leur groupe. Elle est fiancée à Vance, issu du même milieu qu’elle, mais la semaine ils ne se voient pas et cela ne lui pose pas problème. Les trois garçons sont tous fous amoureux d’elle et espèrent chacun de son côté qu’elle va quitter son fiancé et le choisir. En décembre 69 a lieu le tirage au sort des dates de naissance pour envoyer les jeunes au Vietnam, Mickey est en neuvième position, donc sûr d’y aller dès l’obtention de son diplôme. Son père lui fait promettre de servir son pays, même si cette guerre est stupide tandis que ses amis le pressent de fuir au Canada. En 1971, Lincoln réunit la bande sur l’île pour un dernier week end avant que leurs chemins ne se séparent, leur séjour sera marqué par un drame, Jacy disparaît sans laisser de traces.

A soixante-six ans, Lincoln décide de réunir à nouveau ses amis pour un dernier week end avant de vendre la maison. L’absence de Jacy leur pèse, elle rôde comme une présence invisible. Le voisin est un gros rustre, Lincoln l’imagine sans mal en train d’assassiner leur amie, il se met à enquêter et ouvre la boite de Pandore. Ce week end est l’occasion pour chacun de faire le point sur sa vie, ils ne se sont jamais perdus de vue, mais toutefois ne se font pas entièrement confiance et ce depuis toujours. Chacun veut se montrer sous son meilleur jour et peu à peu des secrets plus ou moins avouables font écran à leur amitié. Qui sont-ils vraiment ? Durant leurs études, ils avaient beaucoup de projets, qu’en ont-ils fait quarante ans plus tard ? A l’époque la guerre du Vietnam était au coeur de leurs préoccupations et elle reste un sujet tabou

L’enquête de Lincoln est plutôt un prétexte à se pencher sur le passé, réfléchir à qui on était et qui on est devenu. On suit les quatre amis à tour de rôle dans ce roman choral qui alterne les deux époques. Jeune, Lincoln, était en conflit avec son père, un homme intransigeant et bizarre, mais avec les années, il lui ressemble de plus en plus, Mickey semble n’avoir pas changé au fil du temps, ce que le dénouement contredira, il sait juste mieux cacher son jeu. Teddy est le personnage le plus complexe et le plus intéressant. Lui aussi cache un lourd secret, qui le fera passer pour gay auprès de ses amies.

Il y a assez peu d’action dans ce roman, Russo explore surtout les liens entre ces trois amis, leur évolution au cours des années et leur difficulté de communication, qui leur joue de mauvais tours. Ils réfléchissent aussi beaucoup sur la question de la liberté et du libre arbitre, est-ce une illusion ou pas ? Ils ont perdu leurs illusions et leurs idéaux au fil du temps, ils s’interrogent sur leur destin et le sens de leur vie. Au seuil de la vieillesse, ils osent enfin déposer les faux-semblants et faire un bilan honnête de leur vie, non pour se culpabiliser, mais pour avancer sereinement, prendre un nouveau départ. Ce livre est plein de nostalgie, on y sent aussi les fractures de la société américaine, déjà bien en place à la fin des années soixante et qui s’apprêtent à exploser avec Trump, dont l’affiche orne le jardin du voisin de Lincoln, qui a lui-même reçu ce prénom en l’honneur du président assassiné.

Jacy est la grande absente du livre, dont le souvenir obsède les trois amis. Elle aussi avait ses secrets, toutefois la fin de son histoire n’est pas très vraisemblable, difficile d’imaginer qu’on puisse ainsi disparaître sans laisser aucune trace, mais ce n’est pas important, car elle est avant tout le centre qui relie les autres personnages et marque leurs relation, depuis les années soixante, Russo ne cherche pas à écrire un polar, mais il s’intéresse aux interactions de ses personnages et à leur évolution. Il observe avec finesse ses semblables et ses livres sont toujours aussi percutants. Il y a du Modiano dans son écriture, il nous donne envie d’aller faire un tour sur cette île. Il sait peindre ces hommes fragiles, faillibles, mais toujours désireux de vivre une amitié vraie et le meilleur de la vie malgré les désillusions, des personnages touchant dans lesquels on se reconnaît facilement. Ici les femmes se distinguent par une présence forte mais paradoxale, qu’il s’agisse de la mère de Lincoln ou de sa femme, quant à Jacy, elle est au centre de l’histoire et hante ses amis comme un fantôme. Ces femmes planent comme des ombres sur l’intrigue, mais tiennent un rôle essentiel dans la vie de leurs hommes.

Ce roman est un coup de coeur que je recommande chaleureusement. Un grand merci à Netgalley et aux Editions 10/18 de m’avoir permis de lire ce texte d’un de mes auteurs préférés.

#RetouràMarthasVineyard #NetGalleyFrance !

11 septembre, le jour du chaos, de Nicole Bacharan et Dominique Simonnet

Ce document passionnant lu de manière très dynamique par Valérie Muzzi nous entraîne dans les coulisses du 11 septembre. Sa lecture fluide et sa voix sont très agréables. Le format audio se prête très bien aux documentaires, et une fois de plus j’ai beaucoup apprécié de découvrir ainsi un livre qui ne m’aurait pas forcément attirée en format papier. La lectrice sait y mettre de l’émotion sans pathos excessif et nous toucher.

Nous suivons cette journée minute par minute, selon différents points de vue, le plus souvent celui des autorités américaines, car les terroristes n’ont pas laissé de témoignage. Les auteurs soulignent que leurs motivations et leurs parcours restent mystérieux, comment ont-ils basculé ainsi dans l’inhumanité, quel est leur état d’esprit au moment d’embarquer ? Ce qu’ils font sous leur vrai nom après avoir suivi des cours de pilotage où ils ne s’intéressaient qu’au décollage et au vol, jamais à l’atterrissage.

George Bush commence sa journée en Floride par un jogging très matinal en compagnie de journalistes, il est venu visiter une école primaire modèle et assister à une leçon de lecture, qui se révèlera très longue. Le premier avion s’écrase sur le WTC, on ne croit d’abord qu’il s’agit d’un accident. Ne sachant ce qui se passe, le président continue d’écouter les enfants lire une histoire de chèvre apprivoisée durant de longues minutes. Tard le soir il courra pied nu et en short se réfugier avec sa femme et ses animaux dans le bunker de la maison blanche après une énième (fausse) alerte. Entre temps, le chaos s’est abattu sur New York et Washington.

J’ai été frappé par le degré d’impréparation de cette super puissance, mise en échec par des terroristes cachés dans les montagnes afghanes. Mais visiblement, on vivait encore à l’ère de la guerre froide côté américain. Le manque de communication entre les différents services civils ou militaires et leurs rivalités ont aussi bien aidé les terroristes : les pompiers et la police n’utilisent pas les mêmes fréquences, les messages ne passeront pas, empêchant l’évacuation des tours dès le début des évènements. Idem pour les autorités de l’aviation civile et militaire, chacune essayera de gérer la situation de son côté, sans se coordonner, les chaines de commandements sont trop longues, mais quelques audacieux prennent des initiatives. Les agences de renseignement ont été alertées du danger représenté par Ben Laden et ses sbires, les élèves pilotes avaient été signalés mais personne n’a pris au sérieux ces données, l’Amérique était sûre d’être protégée par ses deux océans et ne craignait que les missiles venus de Russie. Le WTC est aussi très mal conçu : On veut dégager le maximum de place pour des bureaux (toujours viser le profit maximum!!) et on a abaissé les normes de sécurité. Les gratte-ciel historiques ont neuf cages d’escalier et un puits de feu mais il n’y a que trois escaliers pour les tours jumelles, pourtant bien plus peuplées, on n’a jamais testé la résistance des planchers au feu. Les architectes pensent leur construction indestructibles, pourtant elle s’effondrera en une petite heure piégeant des milliers de personnes. Le gouvernement américain enfermé dans son bunker semble aussi hors du coup, les fausses alertes se succèdent, le secret service refuse que le président rentre à Washington, il passera la journée dans son avion qui se révèlera mal équipé pour les communications.

Ayant une culture essentiellement livresque, ne regardant jamais la télévision, j’ai échappé aux nombreux documentaires diffusés sur le 11 septembre, j’avais donc un regard assez neuf sur ce drame. Le décalage entre la puissance américaine, son orgueil de maître du monde et le chaos semé par des terroristes avec de faibles moyens m’a frappée. On dit que le monde a changé depuis cette date, mais j’avoue que j’en doute. Le terrorisme islamique n’est pas né ce jour-là, il a prospéré sur les ruines de la guerre froide, il a seulement changé d’échelle. Le côté belliqueux de l’islam et la culture du jihad n’est pas une nouveauté non plus, ils font partie de ses gênes et existent depuis la création de cette religion. Ils s’expriment de manière différentes à travers l’histoire, au Moyen âge les Barbaresques faisaient des razzias en Méditerranée et réduisaient leurs prisonniers en esclavage, aujourd’hui cette guerre a pris le visage d’attentats aveugles mais le but est toujours le même : convertir de force le reste du monde à cette religion aux visées expansionnistes. J’ai eu récemment l’occasion de lire l’excellent livre de Vincent Nouzille, les tueurs de la République, qui raconte entre autre les démêlés de la France avec les réseaux islamiques et le phénomène est antérieur à 2001.

Ce document est très intéressant et nous donne une vision détaillée des évènements et de ses causes. J’ai aussi apprécié qu’il y ait peu de témoignages des victimes et que ça reste sobre. Un grand merci à Netgalley et Audiolib pour cette découverte.

#11septembrelejourduchaos #NetGalleyFrance !

L’affaire Protheroe, d’Agatha Christie

Je n’avais pas lu d’Agatha Christie depuis très longtemps et j’ai eu grand plaisir à me plonger dans ce classique de la littérature policière à l’occasion d’une pioche polar. Il s’agit de la première enquête de Miss Marple, qui est encore un personnage secondaire dans ce roman. Comme d’habitude, la reine du crime est éblouissante et le dénouement est une surprise, elle sait manipuler le lecteur et le perdre en route.

Nous découvrons St Mary Mead, un petit village de la campagne anglaise où il ne se passe bien sûr jamais rien, entre les commères qui bavardent, les quelques jeunes qui oscillent entre ennui et tennis, les notables au-dessus de tout soupçon et le braconnier de service. Le pasteur Clément est le narrateur de l’histoire, il est marié à Griselda, une femme beaucoup plus jeune que lui, ce qui ne manque pas de faire jaser dans le village, mais ce jour-là il se passe enfin quelque chose. Alors que le pasteur a été appelé au chevet d’un malade, il trouve dans son bureau le cadavre du colonel Protheroe avec qui il avait rendez-vous. L’officier n’est guère apprécié dans la paroisse, même le pasteur semblait souhaiter sa mort. L’inspecteur Flem est vite dépassé, le pasteur participe à l’enquête qui va révéler les secrets du village, même s’il s’agit plutôt de secrets de polichinelle. Les commères surveillent les faits et gestes de leurs voisins et savent tout sur tout le monde, mais la plus redoutable est Miss Marple. Elle observe les autres villageois en même temps que les oiseaux tandis qu’elle cultive son jardin, et rien ne lui échappe. D’ailleurs l’inspecteur lui-même reconnaît qu’il n’y a pas meilleur limier dans le pays qu’une bande de vieilles filles postées derrière leurs fenêtres jour et nuit. Miss Marple affirme qu’il y a sept suspects, dont le brave pasteur, mais elle saura sauver les innocents et envoyer le coupable à l’échafaud.

L’univers d’Agatha Christie est bien daté, ce roman a presque un siècle et le monde des polars a bien changé. On est dans la déduction pure, basée sur des observations, il y a peu de violence, pas d’urgence et surtout la police accepte de mêler des amateurs à son enquête. C’est même Miss Marple qui résoudra le crime. L’intrigue est très élaborée et surprenante, toutefois la fin donne l’impression d’être un peu bâclée et c’est dommage. La vision de la femme et de son rôle a aussi beaucoup évolué et on ne va pas s’en plaindre.

Un bon moment de lecture sans prise de tête.

Sur l’autre rive, d’Emmanuel Grand

Je ne connaissais pas cet auteur et une nouvelle fois c’est le coup de coeur grâce à Netgalley et Audiolib que je remercie pour leur confiance. Ce polar m’a enchantée, il est lu avec brio par Sylvain Agaësse, qui sait l’interpréter à merveille, modulant sa voix selon le personnage mis en scène. Il nous tient en haleine sans une minute d’ennui durant plus de douze heures. J’apprécie pleinement cette manière de découvrir autrement les livres et ce roman se prête tout particulièrement bien à cet exercice.

Julia est avocate à Paris, elle a réussi et une nouvelle relation va peut-être commencer avec un collègue, mais sa tante lui téléphone, la ramenant au passé qu’elle a fui treize ans plus tôt : son jeune frère, Frank, vingt et un an, vient de se jeter du haut d’un pont, ses parents sont anéantis et Julia décide de se rendre à Trignac. Marc Ferré, le policier chargé de l’enquête est un ancien amour de lycée, le médecin légiste a conclu à un nouveau suicide, mais le policier a des doutes. Tous les suicidés du pont sont nettement plus âgés, les jeunes choisissent d’autres méthodes, et qu’est-ce qui aurait pu pousser cet espoir du foot local à ce geste désespéré ? Ses supérieurs lui mettent la pression, il y a d’autres affaires plus urgentes, un témoin s’annonce à la dernière minute, il avait peur de parler mais se décide quand même : il a vu deux personnes jeter Frank du pont. L’enquête est relancée et Marc essaie de comprendre comment il en est arrivé là.

On remonte un an en arrière dans la vie du jeune homme : il est jardinier, en couple avec Sandra, une esthéticienne, il a aussi fui sa famille, même s’il n’est pas allé aussi loin que Julia. Il faut dire qu’il n’est pas gâté avec son père, un ouvrier handicapé et alcoolique qui vit dans la nostalgie de la grande époque révolue des chantiers navals de St Nazaire, il est aigri et ne s’intéresse guère à ses enfants, la mère est complètement soumise à son mari qui la houspille sans cesse. Heureusement, son oncle Régis s’intéresse à lui, Régis a su faire de sa petite boucherie une grande entreprise, il est un des patrons qui compte dans la ville et pour le club de foot local. Il est persuadé du potentiel de son neveu et l’engage dans son club pour qu’il puisse devenir professionnel. Frank a des goûts de luxe, il rêve d’argent facile, rêve encore renforcé par sa rencontre avec Yann et Clément, deux fils de bourgeois footballeurs dans la même club. Mais contrairement à eux, Frank n’a pas les moyens de ses ambitions et cèdera aux sirènes de l’argent facile avec toutes leurs conséquences mortelles.

La construction de ce roman est originale et sait nous tenir en haleine, l’écriture est fluide et très agréable, il n’y a aucun temps morts. La région de St Nazaire et son fameux pont sont des personnages à part entière du livre, et j’ai beaucoup aimé visiter ce coin. La ville est ravagée par la crise économique, les jeunes n’ont aucun avenir, si ce n’est de devenir chômeurs et alcooliques s’ils appartiennent à la classe ouvrière, selon Régis, qui a su tirer son épingle du jeu, il essaie d’offrir une autre perspective à Frank, mais sur ce terrain défavorisés, les trafics en tous genres prospèrent, semblant ouvrir une voie royale vers la prospérité. Les classes sociales ne se mélangent pas, les bourgeois habitent d’autres quartiers, même si l’alcool et la drogue coulent à flot des deux côtés. L’un des aspects les plus intéressant de ce livre est la peinture de cette société si divisée et de la galère des ouvriers. Le dénouement est inattendu, ce qui est un bon point pour un polar. Les personnages sont très fouillés et convaincants, l’histoire pourrait s’être passée ainsi, leurs espoirs et leurs désillusions sont très bien décrits. C’est un univers surtout masculin et les personnages féminins sont en retrait, ce qui est dommage. Plusieurs intrigues parallèles permettent d’augmenter le suspense et l’intérêt pour ce polar qu’on ne peut lâcher avant le point final.

Ce roman est un coup de coeur qui me donne très envie de découvrir les autres livres de cet auteur. Les bons romans noirs sont souvent américains, et c’est un plaisir de découvrir un français qui les vaut largement, je le recommande chaleureusement. Il est très complet et passionnant.

Chevreuse, de Patrick Modiano

Modiano nous emmène cette fois dans la vallée de Chevreuse, sur les traces de ses souvenirs d’enfance. Trente ans après les faits racontés dans le livre, il avait alors dix-neuf ou vingt ans (1964 ou 65), il tombe sur une carte d’état major de la vallée de Chevreuse et s’aperçoit que les distances indiquées sont beaucoup plus petites que dans ses souvenirs. C’est l’occasion de se rappeler les évènement de ces quelques mois durant lesquels il fréquentait Camille dite Tête de mort, surnom choisi pour son humour noir et certains de ses amis.

On retrouve Modiano en pleine forme, qu’on adore ou qu’on déteste, et j’appartiens bien sûr au premier groupe, sans quoi je ne me serais pas précipitée sur son nouveau livre. Sous le nom de Jean Bosmans (Jean est son vrai premier prénom), il nous emmène dans son univers magique et flou. Jean accompagne Camille et Martine Hayward, une de ses amies dans la vallée de Chevreuse pour visiter une maison que Martine a loué car son mari qui tenait une auberge désaffectée a disparu. La maison s’avère être celle où Jean vivait tout petit, quinze ans auparavant. Il n’ose pas y rentrer et attend dans la rue, la propriétaire est toujours la même, une certaine Rose Marie Krawell, avec qui il habitait à l’époque. Camille fréquente des amis louches, des sortes de mafieux qui se rencontrent la nuit dans un appartement d’Auteuil qui appartient à la même personne, Jean y va quelquefois. La journée, ce logement est tout différent, il n’y a que Kim, la baby sitter du fils de René-Marco et le petit garçon, Kim met Jean en garde contre les visiteurs nocturnes qui ne sont pas des gens bien. Le jeune homme finit par comprendre que ces individus le connaissent depuis son enfance et ne comprend pas ce qu’ils lui veulent. Durant l’été, se sentant menacé, il fuit Paris et se rend sur la Côte d’Azur pour écrire un roman sur cette histoire, après quoi il ne revoit plus aucun de ces personnages, mais il connaît le secret de René-Marco, il sait où est caché son trésor, mais ce dernier ne vaut plus rien aujourd’hui.

On retrouve dans ce livre tout ce qui fait la magie de l’univers de Modiano, comme dans la plupart de ses livres, des gens peu recommandables qu’il fréquente dans sa jeunesse, la fameuse ligne téléphonique désaffectée (qui change de numéro à chaque fois mais permet toujours d’entendre des voix du passé, datant de la deuxième guerre mondiale), cette fois le numéro est Auteuil 28-15, mais Kim lui conseille de préférer le numéro actuel car l’ancien donne aussi accès à des personnes qu’il faut éviter. La guerre est très peu évoquée dans ce roman, même si on comprend que les mafieux sont d’anciens trafiquants du marché noir.

La solitude du petit Jean, gardés par des personnes pas très nettes et l’absence totale de ses parents m’ont frappée, il semble complètement abandonné à lui-même. Il se met en quête de sa mémoire, mais ses souvenirs le fuient. Camille et se amis semblent en savoir plus que Jean sur sa propre histoire, ils mettent en scène le décor pour le réveiller.

L’écriture est précise, fluide et magnifique. L’auteur sait évoquer les lieux à demi-mots et nous entraîner dans son songe. Au début il se demande jusqu’à quel point on peut rêver sa vie, et on peut tous se poser cette question. Au fil des livres, une terre émerge des brumes, comme s’ils se passaient dans un Paris parallèle et mythique, qui ne change pas, loin de l’agitation de la ville réelle. J’aime passionnément ces chemins de traverse, je me sens chez moi dans cet univers onirique et flou, j’ai envie de visiter l’auberge en ruine dans la forêt, d’entendre les voix sur la ligne téléphonique d’autrefois. La magie opère à chaque roman, même si Modiano reprend les mêmes éléments arrangés autrement et qui complètent peu à peu la carte de ce pays perdu qu’il recherche si obstinément dans son oeuvre.

Je pense que je suis tombée amoureuse de ses livres car Paris évoque aussi de vieux souvenirs. Mon grand-père emmenait chacun de ses petits-enfants une semaine à Paris pour notre quinzième anniversaire (en 78 pour moi), il était amoureux de cette ville et nous la faisait visiter avec passion. Ce premier contact était très touristique bien sûr, on visitait tous les monuments incontournables, la Seine en bateau-mouche etc. Plus tard quand j’ai gagné ma vie, je suis aussi tombée amoureuse de cette ville, j’y allais trois ou quatre fois par an, j’aime particulièrement certains quartiers. Je n’y suis plus allée depuis dix ans et je ne suis pas sûre d’y retourner un jour, mais je garde une nostalgie pour cet endroit. Les romans de Modiano contribuent à la nourrir je pense. Chevreuse est un nouveau coup de coeur, qui enchantera les admirateurs complètera ma carte du « Pays perdu » qui existe quelque part au fond de mon coeur.

Soupçons et préjugés, de M. C. Beaton

J’ai retrouvé avec plaisir Lady Rose et le capitaine Cathcart pour la deuxième enquête de cette excellente série, qui n’en comptera malheureusement que quatre. La jeune fille veut absolument devenir dactylo et se mettre à travailler pour vivre librement avec son amie Daisy. Ses parents sont horrifiés de ce projet, parfaitement indécent pour une Lady, mais le capitaine les persuade de la laisser faire dans un environnement sécurisé, il pense à raison qu’elle se lassera vite de cette vie difficile. Ainsi donc les deux jeunes filles travailleront dans une banque durant les deux mois que le comte et son épouse passeront à Nice. Le capitaine ne s’était pas trompé, Lady Rose revient à la maison dans de bien meilleures dispositions, heureuse de retrouver sa vie de privilèges. Peu avant ce retour, elle apprend que Freddy Pomfret vient d’être assassiné, elle profite de fouiller sur son compte et s’aperçoit qu’il a reçu dix mille livres de trois personnes différentes. Elle soupçonne aussitôt un chantage et décide d’aider le capitaine et le commissaire dans leur enquête. Les parents de Rose veulent toujours la marier à tout prix, alors qu’elle ne le veut pas, on suit les diverses péripéties de ce projet qui mettront Rose en grand danger, mais heureusement le capitaine veille sur elle.

Le contexte historique est très intéressant, on est au début du féminisme, avec le mouvement des suffragettes. La société est très sclérosée et les classes ne se mélangent pas du tout. Les aristocrates et les riches bourgeois n’ont que mépris pour les groupes « inférieurs ». Ils ne peuvent travailler sous peine de déroger, le reproche le plus fréquent qu’ils adressent au capitaine, qui pourtant leur rend moult services. Pour les femmes il n’y a pas d’autre avenir que le mariage et la maternité. Un moment Rose entretient l’idée de se marier avec un homme complaisant pour être plus libre, mais son prétendant menace de la battre si elle rejoint le mouvement féministe, ce qui met un terme à ce projet. Les familles n’hésitent pas à user de violence ou à exiler en Inde les filles qui refusent ces projets, et même à les faire enfermer dans un asile si on n’arrive pas à les dompter. Rose ne peut accepter ce marché aux bestiaux.

Ce roman est plein d’humour, Rose se met en danger de mille façons mais heureusement le capitaine et Daisy veillent sur elle. La trame narrative est assez proche du premier tome, mais ce n’est pas gênant. Le style est fluide et très agréable à lire, les personnages attachants. Le principal intérêt de cette série est de parler de la société edwardienne et en particulier de la place négligeable des femmes, ce contre quoi Rose se rebelle. L’intrigue policière est aussi bien ficelée, ce roman a donc tout pour nous faire passer un excellent moment.

Le sang des Belasko, de Chrystel Duchamp

J’avais déjà beaucoup aimé le premier roman de Chrystel Duchamp, L’art du meurtre, paru l’an dernier et c’est à nouveau un coup de coeur avec ce thriller très noir et original. Elle réussit un sans faute avec ce roman très addictif qu’on ne peut lâcher, sans aucun temps mort.

André Belasko vient de mourir d’un cancer, ses cinq enfants se réunissent dans la maison de leur enfance, la Casa Belasko pour la lecture du testament et les obsèques. Dès le début, les tensions apparaissent, les deux ainés Philippe et Matthieu se détestent et le second affirme que c’est la dernière fois de sa vie qu’ils se rencontrent, le cadet David essaie de calmer le jeu en vain. Quant à Garance et Solène, même si elles ont fait le chemin ensemble depuis Lyon, elles se disputent car Solène conduit distraitement comme d’habitude et percute une biche.

Lors du souper, le vin coule à flot, on ouvre les grands crûs du domaine pour faire honneur au travail de leur père, un vigneron très renommé. Avant l’ouverture du testament, André a laissé une lettre à ses enfants, dans laquelle il affirme que leur mère décédée six mois avant lui ne s’est pas suicidée comme l’affirme le médecin légiste mais qu’elle a été assassinée. La lettre contient aussi des accusations voilées et malveillantes envers chacun, elle mettra le feu aux poudres. Les ainés cherchent qui aurait pu assassiner leur mère, s’agit-il d’un domestique qui aurait empoisonné sa nourriture ? Ou ne s’agit-il que d’un délire d’André qui était complètement shooté à la morphine ces derniers mois ? Au fil des discussions passionnées, les secrets des uns et des autres se révèlent, les tensions explosent. André était paranoïaque depuis un cambriolage survenu des années plus tôt et avait peu à peu transformé la demeure en une forteresse sous surveillance vidéo, mais tous les codes ont été changés au lendemain du décès par l’intendant. Les cinq héritiers se retrouvent ainsi enfermés dans la maison, le téléphone est également coupé. Les rancunes et les non-dits accumulés depuis l’enfance explosent, tout est prêt pour que le pire se produise. De ce huis-clos, une seule personne sortira vivante.

Ce thriller flirte avec le fantastique, une malédiction plane sur la maison et la famille qui n’en est visiblement pas à son premier drame. Le lecteur se trouve embarqué dans un tourbillon de rebondissements, pas forcément tous vraisemblables, mais ce n’est pas dérangeant, on ne sait pas toujours ce qui est réel et ce qui relève du ressenti des personnages. La folie plane et les cadavres s’accumulent. Les personnages parlent à tour de rôle dans ce roman choral, ils sont très fouillés et convaincants. Je n’ai pas vu venir le dénouement, d’une noirceur absolue. La maison est un personnage à part entière de l’intrigue, elle nous explique même son ressenti. La thématique des secrets de famille délétères est exploitée à la perfection.

Ce thriller est gros coup de coeur que je recommande chaleureusement. Un tout grand merci à Mylène de L’Archipel pour cette agréable découverte.

#LesangdesBelasko #NetGalleyFrance

Nous, les dieux, de Bernard Werber

Je n’avais encore jamais rien lu de cet auteur très connu et bien sûr, je me suis laissée tenter dès que je l’ai vu en audio sur Netgalley. Je l’ai apprécié, mais je ne lirai pas les deux autres romans du cycle des dieux. J’essayerai sans doute le cycle des chats, vu ma passion pour ces animaux. J’ai beaucoup aimé la lecture dynamique de Damien Witecka. Il sait donner voix à chacun des nombreux personnages du roman, de Marilyn Monroe à Zeus. Ce livre se prête très bien à la lecture à haute voix.

Je ne connaissais pas Michael Pinson, le héros de ce livre, qui a d’abord été un thanatonaute, puis un ange, mais on comprend très bien ce roman sans avoir lu le cycle précédent, il y a d’ailleurs de nombreux rappels de la vie passée de Michael. Il est désormais promu élève-dieu sur l’île d’Aeden, sous la conduite des dieux de la mythologie grecque. Ses camarades de promotion sont des célébrités, il y a Mata-Hari, Proudon, Saint Exupéry et bien d’autres parmi quelques anonymes. Jules Verne n’a pas eu de chance, il se fait assassiner à son arrivée sur l’ile. D’ailleurs un mystérieux déicide sévit parmi les élèves.

Le roman s’organise autour de trois axes : Des considérations scientifiques sur la mythologie et l’histoire de l’univers, les cours que suivent les élèves, qui doivent recréer une terre, la terre 18 en partant des électrons, protons et neutrons, jusqu’à parvenir à créer des civilisations complètes et les explorations de l’ile que font les élèves en dehors des cours. Ils veulent absolument savoir ce qu’il y a au sommet du mont Olympe, mais malgré leurs diverses ruses et leur lutte contre les obstacles, ils n’y arriveront pas dans ce premier tome. Les trois aspects sont intéressants et se développent en parallèle.

S’il parle beaucoup des dieux, Bernard Werber n’a pas du tout un point de vue religieux, pour lui les dieux sont une création des hommes, eux-même nés du hasard des combinaisons d’éléments chimiques. Les dieux grecs sont d’ailleurs bien humains… et on ne saurait douter qu’ils relèvent de la littérature, puisqu’Esope est cité comme expert par Edmond Wells tout au long du livre. Je ne partage pas du tout le point de vue de l’auteur qui pense que ce serait dramatique que l’on soit les seuls êtres vivants de l’univers, je ne pense pas qu’il y ait de vie en dehors de nous, et quand nous aurons disparu ainsi que les animaux, l’univers sera sans doute vide. Je ne crois pas non plus à la réincarnation et encore moins au fait que les dieux soient une invention humaine, je crois au Dieu Unique créateur et rédempteur. En dehors de cela, on ne peut qu’être d’accord avec la genèse de l’univers racontée dans le livre, elle correspond, me semble-t’il au savoir scientifique actuel, mais on sait que les cosmogonies se modifient au gré du savoir du moment.

Malgré tout l’aspect scientifique du récit, l’auteur a su donner une âme à ses personnages et on suit leurs aventures scolaires ou non avec plaisir. Le roman est très documenté et je suis admirative de la masse d’informations que l’auteur nous fait passer de manière agréable, ce savoir n’est jamais lourd ou pédant. Je mettrais toutefois un bémol sur la longueur du roman : dans sa forme audio, il dure environ seize heures, ce qui est quand même beaucoup, difficile de rester concentrée si longtemps, même si je l’ai évidemment écouté en plusieurs fois, sur une petite semaine. J’ai aussi apprécié le côté fantastique de l’histoire, avec nos héros en lutte contre d’improbables monstres et aussi l’humour dont ce roman est teinté. Un moment de lecture très agréable pour lequel je remercie Netgalley et Audiolib.

#Nouslesdieux #NetGalleyFrance !

La dame d’argile, de Christiana Moreau

Un magnifique roman choral qui trace le portrait de quatre femmes, entre le Quattrocento et notre époque. Sabrina est restauratrice d’art à Bruxelles, sa grand-mère Angela vient de mourir et elle hérite d’une sculpture en terre cuite signée Costanza Marsiato et intitulée La Sans Pareille. L’oeuvre se transmet de mère en fille ainée depuis des siècles, Sabrina pressent sa valeur et se demande comment Angela issue d’une famille pauvre pouvait détenir un tel trésor. Elle sort d’une histoire compliquée avec son ancien professeur d’histoire de l’art et décide qu’un séjour à Florence pour retrouver ses racines et celles de la statue s’impose.

Tour à tour Sabrina, sa grand-mère Angela, Costanza l’artiste du XVème siècle et la belle Simonetta Vespucci prennent la parole et racontent leur histoire. Sabrina mène son enquête avec l’aide de Stefano, un expert florentin qui ne tarde pas à tomber amoureux d’elle.

L’Italie de 1945 est ravagée par la guerre et la crise économique, il n’y a pas de travail et la misère règne. Giuseppe n’a d’autre choix que de partir pour la Belgique où il deviendra mineur dans un charbonnage dans des conditions terribles, puis ouvrier dans la sidérurgie. Angela le rejoint et raconte la dure condition des émigrés italiens déracinés dont les enfants grandiront dans leur nouveau pays.

Costanza vit à la fin du XVème siècle, fille d’un artisan et très douée, elle désire devenir une artiste, une vraie créatrice, mais ce rêve est interdit aux femmes. Elle se travestira en hommes et risquera sa vie pour suivre son projet, mais déjà les Médici sont en déclin, puis Savonarole prend le pouvoir. Il n’y a plus de place pour les fêtes, l’art et la beauté à Florence, Costanza s’enfuira juste à temps.

Simonetta a régné sur la ville vingt avant Costanza. Tout Florence était amoureux d’elle, en particulier Giuliano, le frère de Lorenzo il Magnifico et Sandro Botticelli qui en a fait sa muse pour toujours. Elle a posé pour de nombreux peintres et illuminé Florence telle une météorite avant de mourir à vingt-trois, laissant ses admirateurs inconsolables.

Christiana Moreau brosse de remarquables portraits de femmes, très convaincants et bien écrits. Elle nous parle avec brio de la place et du rôle des femmes à ces différents moments. Costanza est en avance sur son temps et elle ne pourra être reconnue, en dehors de sa famille et de son maître. Simonetta est une femme objet, mais elle a été élevée pour cela et apprécie finalement son statut de reine de beauté, ainsi que la relation platonique qui la lie à ses amis. Elle mourra très jeune mais est immortalisée par ses nombreux portraits. L’auteure parle abondamment de la vie à Florence et de l’art du Quattrocento, de la peinture, de la sculpture et des artistes. Ces parties sont très documentées et vraiment passionnantes, on voit bien que le sujet est maitrisé.

Le style est varié et très agréable, il coule comme l’Arno . L’auteure nous propose aussi toute une réflexion très intéressante sur ce qu’est un artiste et ce qui le distingue de l’artisan et sur la création en général. Ce roman historique est un coup de coeur que je recommande chaleureusement.

Merci à Netgalley et aux Editions Préludes pour cette magnifique découverte.

#LaDamedargile #NetGalleyFrance

Mississippi driver, de Lee Durkee

Tout d’abord un grand merci à Babbélio et aux Editions Flammarion pour ce magnifique roman reçu lors de la dernière opération Masse critique. C’est un grand coup de coeur et j’espère qu’il aura le succès qu’il mérite amplement.

L’auteur s’est largement inspiré de sa propre histoire pour écrire celle de son héros, Lou Bishoff, actuellement chauffeur de taxi dans une ville imaginaire du delta du Mississippi, mais qui a auparavant exercé divers métiers dont professeur d’anglais à l’université locale, d’où il a été viré après une bagarre avec un collègue dont le père est un notable. Lou travaille pour la compagnie de Stella, une femme alcoolique et manipulatrice qui vole ses chauffeurs sans scrupule, mais ils ont trop besoin de ce boulot de fou pour survivre. Boulot de fou, car leur compagnie est spécialisée dans le service aux marginaux, leurs clients sont bizarres, inquiétants à quelques exceptions près et surtout très peu disposés à payer les services reçus, c’est vraiment l’arnaque à tous les étages, sans oublier des horaires pratiquement sans limite. Nous suivons Lou au cours d’une très très longue journée en compagnie de junkies traquées par un potentiel assassin, d’ivrognes BCBG, de moribonds renvoyés de l’hôpital pour mourir chez eux et aussi d’une charmante vieille dame, sa seule cliente « normale ».

C’est une plongée dans l’envers du rêve américain, en 1995. Le Mississippi est d’après l’auteur, l’Etat le plus pauvre des USA. Il y raconte aussi des souvenirs d’enfance, marqués par le racisme. Il est blanc et on l’a envoyé dans un lycée noir au nom de la déségrégation, mais il a été persécuté par ses camarades ainsi qu’un autre adolescent blanc. L’école y est déplorable comme la majorité du service public. Les diverses mesures n’ont servi à rien et cet Etat est toujours aussi imprégné par le racisme. Lou déteste cela mais ne peut rien y faire, il n’a pas d’autre choix que d’écouter ses clients déblatérer.

Lou essaie de s’en sortir, il s’intéresse au bouddhisme et lit un livre sur ce philosophe. Il espère y trouver un apaisement à sa dépression chronique et surtout canaliser la violence qu’il sent toujours sur le point de le submerger, la violence routière est sa hantise. J’ai beaucoup aimé ce personnage attachant qui essaie de survivre à ses échecs successifs et qui cherche désespérément un sens à sa vie, j’ai adoré ce road movie à la fois sombreet lumineux . Lou parle aussi de ses phobies, des croyances populaires de la région comme les Satanistes et de sa passion pour les Ovnis, un tableau d’une Amérique pauvre et peu éduquée.

Quand j’étais enfant, je m’étais prise de passion pour les aventures de Tom Sawyer et je lui ai imaginé des dizaines d’autres exploits, le Mississippi coulait jusque dans nos montagnes suisses. Depuis il existe une sorte de Mississippi mythique dans un coin de ma mémoire, j’ai eu un immense plaisir à ajouter une brique de plus à ce château de sable. Ce roman devrait séduire les amateurs de littérature américaine et de roman noir. Comme quoi l’Amérique n’a pas attendu Trump pour se déliter. Burkee nous invite à une plongée dans l’Amérique profonde, celle des paumés, à des années-lumière du rêve américain et du progrès social. Ce voyage est un grand bonheur de lecture, je lui donnerais bien une sixième étoile si c’était possible.