Bull Mountain, de Brian Panowich

Ce roman était dans ma PAL depuis près d’un an, grâce au challenge des Choristes, je l’ai enfin lu avec grand plaisir.

Il nous raconte la saga de la famille Burroughs, des gens peu recommandables des confins de la Géorgie. L’histoire se passe en 2015, mais par des allers-retours entre présent et passé, l’auteur nous dévoile le début de la saga, du moins ce qui s’est passé depuis 1949. Avant cette date, ils trafiquaient l’alcool clandestin durant la Prohibition, mais à ce moment Rye veut se ranger et se lancer dans l’exploitation forestière de leur immense territoire. Son frère Cooper profite d’une partie de chasse pour le tuer et fait creuser la tombe à Gareth, son fils de neuf ans, car son projet à lui n’est pas l’exploitation forestière mais la culture de marijuana. L’enfant grandit et devient à son tour un truand qui tue sans état d’âme. Il a trois fils, Halford et Buckley qui suivent ses traces, tandis que la cadet Clayton devient le mouton noir de la famille. En effet il est shérif de la petite ville située au pied de la montagne, il essaie d’y maintenir l’ordre. Il ne couvre pas les activités de ses frères, trafiquants de drogue en tous genres et en particulier de meth, mais ne s’en mêle pas non plus. Leurs relations sont au plus mal depuis la mort de Buckley, tué par les fédéraux un an auparavant. Halford considère que Clayton en est responsable, même si ce n’est pas le cas.

Un agent fédéral, Simon Holy va voir Clayton et l’avise qu’une opération est en cours contre un gang de Floride. Il s’agit de beaucoup plus gros poissons que la famille Burroughs et la police fédérale est prête à passer l’éponge si Halford accepte de se ranger et de prendre sa retraite. Sinon, une opération d’envergure sera lancée contre la montagne et le sang coulera à flot. Il demande au shérif de prévenir son frère et d’essayer de la convaincre. Clayton accepte, car il sait que la situation d’Hal est sans issue. Loin de s’en douter, il se lance tête baissée dans un piège diabolique, car Holy n’est pas celui qu’il prétend être. L’heure n’est plus à la négociation mais à la vengeance.

Ce roman très noir est tout à fait passionnant, les personnages sont convaincants et le scénario aussi. Clayton est un personnage attachant, il essaie vraiment de faire le bien et de lutter contre sa dépendance à l’alcool. Il est le seul homme honorable du livre, avec Mike et Val, des truands qui ont quand même des valeurs, contrairement à Hal et Holy. Les personnages féminins sont superbes, en particulier Kate et Marion. Ce polar est vraiment excellent, original et addictif, toutefois la fin est un peu trop rapide. Si on a eu de nombreux détails sur la vie et les activités de la famille Burroughs, les derniers chapitres empruntent des raccourcis regrettables. Une suite est annoncée et je suis impatiente de la découvrir.

Bull mountain

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Challenge polar de Sharon

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Lectio letalis, de Laurent Philipparie

Tout d’abord un grand merci à Netgalley et aux Editions Belfond pour ce partenariat.

J’ai été attirée par le résumé de ce polar et par sa belle couverture, malheureusement, l’emballage ne tient pas ses promesses.

L’histoire commence à Paris avec le suicide d’un jeune assistant d’édition. Il était heureux et rien ne laissait penser qu’il allait commettre un tel geste. Comme c’est le troisième assistant de Paul Gerber qui se suicide en peu de temps, le commandant Tiéno le confronte à la scène sanglante, car il est sûr que l’homme a des choses à cacher. Toutefois il arrive à s’enfuir avec l’aide d’un complice.

Le lendemain dans la banlieue bordelaise, Gabriel Barrias, ancien SDF devenu policier prépare l’interpellation de trafiquants de drogue, quand d’autres policiers surgissent et affolent les dealers qui incendient une tour pour faire diversion et s’enfuir. Une des habitantes est gravement blessée. Gabriel est obsédé par les sectes depuis qu’il a vu un haut gradé pratiquer des sacrifices humains à Paris dix ans auparavant. Il continue à collecter des informations sur les divers mouvements sectaires contre l’avis de sa supérieure le commissaire Sophie Galant. Un psychiatre a été tué par un rapace et il semble qu’il ait été dressé par Anna Jeanson, la fille de la blessée de l’incendie.  Tiéno pense qu’il y a un lien avec sa propre enquête, car Anna est la seule survivante d’une secte après un suicide collectif. Tiéno et Galant pensent pouvoir utiliser Gabriel sans le mettre au courant de toute l’histoire.

Gabriel se lance dans une enquête parallèle pour son propre compte, retrouve Anna, mais il en tombe amoureux et prend la fuite avec elle.

Ce polar est en partie fantastique, avec un livre qui tue et des oiseux assassins, mais j’ai eu bien de la peine à m’immerger dans cette histoire si peu vraisemblable. La première partie où l’intrigue se met en place est assez brouillonne et surtout pleine de répétitions : on ressasse à de nombreuses reprises les drames personnels vécus par les héros, le méchant est une caricature de caricature. Il y a un peu plus de suspense après le chapitre 15, mais la fin à l’eau de rose cadre mal avec le reste de l’histoire.

J’ai un avis très mitigé sur ce livre, il y a pire, mais il y a aussi beaucoup mieux, l’histoire ne m’a pas emballée plus que cela. Les personnages ne sont pas très attachants, et sûrement peu réalistes pour des policiers, même si l’auteur est l’un d’entre eux.

Lectio lectalis

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Challenge polar de Sharon

L’aigle de sang, de Marc Voltenauer

Tout d’abord un grand merci aux Editions Slatkine pour ce partenariat très apprécié. Autant le dire tout de suite, ce polar est un gros coup de coeur et je suis très contente de l’avoir lu. Du coup j’ai très envie de découvrir les deux premières aventures d’Andreas Auer, Le dragon du Muveran dort tranquillement dans mon immense PAL, mais je vais le sortir rapidement.

Ce livre commence gentiment et nous donne surtout envie de connaître le début des aventures d’Andreas car on apprend dans les premier chapitres qu’il a tué un suspect coupable d’avoir tiré sur Mikael son compagnon et de l’avoir gravement blessé, ce qui lui laisse de lourdes séquelles. Andreas a pu faire passer ce meurtre pour de la légitime défense grâce au témoignage d’un collègue, mais sa hiérarchie n’est pas dupe même si elle ne peut rien prouver. La vie personnelle d’Andreas n’est déjà pas simple avec son compagnon handicapé, mais sa soeur lui a révélé quelques mois auparavant un secret de famille : il a été adopté à l’âge de cinq ans et ses parents ne lui ont jamais rien dit, depuis il ne leur adresse plus la parole et cherche le sens de cauchemars qui le hantent depuis toujours. Il profite de ses vacances d’été pour se rendre avec son chien Minus dans leur maison familiale sur l’ile de Gotland en Suède. En alternance dans les premiers chapitres, on nous relate la fondation d’un groupe néo-païen viking en 1978 sur cette île, tout commence dans la fête, puis peu à peu le chef (le Jarl) introduit des sacrifices animaux et terrorise les membres qui ne peuvent quitter le clan sous peine de mort.

Arrivé sur l’ile, Andreas trouve rapidement les renseignements qu’il cherche dans son dossier d’adoption : Il s’appelait Roopi, ses grands parents d’origine estonienne émigrés à la fin de la guerre se sont installés sur l’ile. Ses parents sont morts dans un accident de voiture en 1979, sous le choc il n’a plus parlé durant des mois. Comme il n’avait aucune famille proche, les Auer, des amis de ses parents l’ont adopté, tandis qu’un couple de  Stockholm ont recueilli ses deux grandes soeurs. Andreas va visiter une colonie où les enfants d’origine estonienne passaient leurs vacances d’été, ils a de vagues souvenirs du lieu, mais son nom ne figure pas dans les dossiers de l’institution, ce qui lui donne à penser qu’il y a anguille sous roche. Il en a la confirmation éclatante lors de la rencontre avec une de ses soeurs à Tallinn : l’histoire concorde, sauf qu’elle n’a jamais eu de frère. Cette femme lui montre de vieilles photos d’époque, Andreas a trouvé la même dans le grenier de la maison familiale, mais l’un des hommes ne porte pas le même prénom.

Andreas se retrouve face à une terrible omerta. Il a compris que ce qui figure dans son dossier est faux, mais on s’obstine à prétendre le contraire. En se basant sur ses vagues souvenirs et les failles du dossier, il poursuit son enquête qui prend une tout autre envergure et le ramène au clan viking dont tout le monde nie aussi l’existence, mais Andreas est bien décidé à connaître le fin mot de l’histoire et surtout le secret de ses origines.

Ce polar est juste génial, je l’ai lu d’une traite, ce qui m’arrive bien rarement pour des livres de plus de cinq cents pages, mais je ne pouvais pas le lâcher. L’histoire est très prenante et très instructive, on apprend plein de choses sur les Vikings, sujet peu connu sous nos latitudes, mais visiblement très intéressant. Les émotions des personnages sont très bien décrites et ils sont tout à fait vraisemblables, ce qui est un grand plus pour ce type de livres, car je trouve que certains auteurs, surtout américains, restent dans la caricature avec des personnages interchangeables dans leur polar. J’apprécie que ces héros semblent sortis de la vie normale et qu’on ait l’impression de pouvoir les croiser au coin de la rue. L’écriture est fluide, le vocabulaire riche, il y a des fausses pistes et des rebondissements, bref, tout ce qu’il faut pour faire de polar un pur bonheur de lecture et un gros coup de coeur.

Aigle de sang

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Challenge polar de Sharon

Si je mens tu vas en enfer, de Sarah Pinborough

Tout d’abord un grand merci à Netgalley et aux Editions Préludes pour ce partenariat très apprécié. Récemment, j’ai lu 13 minutes de la même auteure et j’avais été très déçue. Comme je n’aime pas rester sur une impression si négative, j’ai décidé de lui redonner une chance. Et je n’ai pas regretté une seconde, ce thriller est passionnant et très prenant.

Les différents chapitres sont consacrés à un des personnages et les différents points de vue s’alternent, ce qui est une construction très intéressante. Il y a Ava, un adolescente de seize ans, en conflit avec sa mère, Lisa trop protectrice et Marilyn la collègue et amie de Lisa. Ces trois femmes ont un secret, mais le plus important est celui de Lisa. Ava est une adolescente rebelle, elle a quatre meilleures amies avec qui elle découvre la vie, entre la natation, l’école et les sorties. Courtney est amoureux d’elle, ils ont même une première relation lors de l’anniversaire d’Ava, mais celle-ci ne l’aime pas, elle ne pense qu’à lui, un homme rencontré sur Facebook à l’insu de tout le monde. Sa mère la gâte et la surprotège, ce qui lui déplaît au plus haut point et la rend agressive envers elle.

Marilyn semble lisse et sans histoire, toutefois sa situation se dévoilera dans la deuxième partie. Elle travaille depuis dix ans avec Lisa. Elle a un poste important dans leur agence de placement, toutefois des nouvelles, dont Julia qu’elle surprend en train de voler viennent gâcher l’ambiance du bureau.

Dès le début, on sent que Lisa cache quelque chose, elle est constamment inquiète pour sa fille et refuse de la laisser grandir. Elle a peur de son ombre. Un soir, elle trouve un lapin en peluche près de chez sa voisine, il ressemble à Pierre Lapin, le doudou de Daniel, mort à l’âge de deux ans des années auparavant. On ne sait qui est cet enfant, peut-être celui de Lisa. Quelques semaines plus tard, un auditeur anonyme demande qu’on passe une chanson lors d’une émission radio, disant que le destinataire reconnaîtra le message, c’est leur chanson et Lisa panique de plus belle. Elle ne sait si ce sont des coïncidences ou si quelqu’un la traque, plus elle est angoissée, plus elle cherche à protéger sa fille, plus celle-ci devient impossible. Lors d’une fête de quartier, un petit garçon tombe à l’eau, Ava plonge pour le sauver, elle devient l’héroïne de la fête ce qui déplaît beaucoup à sa mère, horrifiée par toute la publicité faite autour d’elle. Un matin, une foule de journalistes se trouve devant leur maison, Ava est toute excitée, persuadée d’être au centre de l’attention, mais Lisa la détrompe rapidement, ils sont venus pour elle, on a retrouvé sa trace.

Le vie de Lisa bascule à ce moment, entraînant celles de sa fille et de Marilyn. Dès la deuxième partie du livre on découvre peu à peu le passé de la jeune femme et on plonge dans un passionnant thriller psychologique impossible à lâcher. Ce livre est une réussite totale que je vous recommande chaleureusement. Le seul bémol sont les chapitres consacrés à Ava dans la première partie qui brille par leur vulgarité, mais c’est sans doute pour faire un contraste avec l’insouciance de la jeune fille avant le drame qui suivra.

Si je mens tu vas en enfer

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Challenge Polar de Sharon

Sans mobile fixe, de Guillaume Grivet

Un grand merci à Babelio et aux Editions du Lamentin pour ce partenariat très apprécié. J’ai décidément beaucoup de chance avec les derniers livres gagnés lors des opérations Masse critique, les deux derniers sont des pépites et des coups de coeur. J’apprécie beaucoup ces opérations qui permettent de lire des livres à côté desquels je serais sans doute passée et de faire de très belles découvertes. Ce polar breton en fait partie.

Le capitaine Barbara Martin s’installe à Rennes où elle vient d’être mutée, elle se caractérise par sa très grande taille, mais dès son entretien avec Yvon son nouveau commissaire, on devine qu’elle cache de lourds secrets. Ce nouveau poste lui est présenté comme une chance à ne pas rater, même si au début on ignore tout de son passé. Karim, son co-équipier l’accueille à bras ouverts et tout semble très bien partir. Surtout que leur première affaire commune paraît facile : Une jeune fille a été assassinée en bas de chez Barbara le soir de son arrivée, elle a d’ailleurs entendu un cri, mais l’a attribué à des fêtards. Plusieurs personnes ont vu l’assassin, il s’agit d’un clochard surnommé Pervers Pépère et connu dans toute la ville comme le loup blanc. Yvon confie à Barbara et Karim la tâche de l’arrêter, ce qui s’avère facile. Toutefois, même si tout l’accable, Bertrand ne se souvient de rien, il était ivre et ne comprend rien à ce dont on l’accuse. Karim aimerait en rester là, mais Barbara reçoit la visite d’un autre clochard, Max qui lui assure que Bertrand était avec lui en train de picoler à l’heure du crime et qu’il ne se trouvait pas au centre ville, toutefois il refuse de faire une déposition au poste de police. Son instinct de flic dit à Barbara que leur conclusion est trop simple, elle sait qu’ils sont passés à côté de quelque chose d’important. Max l’aide de loin. Barbara se trouve prise au milieu des secrets de chacun, elle ne joue pas franc jeu avec Karim ni Yvon et craint de tout perdre. Max a beaucoup de talent et une logique à toute épreuve, Barbara sent tout de suite qu’il n’est pas un clochard ordinaire.

Clémentine, amie de la victime et jeune artiste comme elle, trouve que la police est aveuglée par une trop grande évidence et décide de mener sa propre enquête avec l’aide de Max. Finalement, avec toutes ces énergies rassemblées, le coupable est arrêté alors qu’il était sur le point de réussir un meurtre parfait.

Ce polar a vraiment tout pour plaire, il y a des fausses pistes, des rebondissements et beaucoup de suspense. Mais son point fort, ce sont les personnages très complexes et très vivants, nulle trace de caricature, aucun personnage n’est interchangeable ou standard, c’est tout le contraire. Ils sont tous très travaillés, on a l’impression d’être avec de vraies personnes et pas des personnages de polars. Ils sont tous attachants à leur façon, en particulier Max et Barbara, à la fois forts et fragiles, englués dans leurs secrets. Ce polar breton servi par une très belle écriture et une grande sensibilité est un coup de coeur que je recommande chaleureusement. Encore un grand merci à Babélio pour cette très belle découverte.

Sans mobile fixe

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Challenge Polar de Sharon

Prends ma main, de Megan Abott

Un grand merci à Netgalley et aux Editions du Masque pour ce partenariat.

Il s’agit d’un thriller psychologique, malheureusement on comprend très vite de quoi il retourne et il y a très peu de suspense. Les chapitres sont alternés entre l’époque actuelle et ce qui s’est passé durant l’année de terminale de Kit et de Diane douze ans plus tôt. Kit est une jeune chercheuse qui travaille dans l’équipe du Dr Severin sur les troubles psychologiques que certaines femmes connaissent avant leurs règles. Elle est la seule femme de l’équipe, de plus issue d’un milieu modeste, elle a pu étudier la chimie grâce à une bourse. Le laboratoire a reçu une grosse subvention pour une nouvelle étude pour laquelle seules trois personnes seront engagées, la concurrence  fait rage entre les chercheurs, Kit apprécie Alex, avec qui elle aime plaisanter et se détendre lors de rares pauses.

Les chapitres consacrés au passé racontent l’amitié qui a lié Kit et Diane. Elles se sont rencontrées à l’âge de quinze ans lors d’un stage de cross country. Un soir les adolescentes ont partagés des secrets, Kit a dit s’être laissée tripoter par un représentant en article de sport. Les deux filles se retrouvent deux après dans la même classe. Elles se lient d’amitié et révisent ensemble, toutes deux rêvent de devenir chimistes et de décrocher la bourse du laboratoire Severin. Un soit Diane confie son secret à Kit : elle a tué son père en cédant à une pulsion subite. Cet aveu détruit leur amitié et Kit ne cesse d’y penser.

Douze ans plus tard, Diane est devenue une jeune chercheuse très qualifiée et le Dr Severin vient de l’engager pour  son nouveau projet, au moment même où elle annonce que deux personnes seulement travailleront sur cette recherche. Les tensions dans le laboratoire atteignent leur paroxysme lorsqu’Alex meurt accidentellement à cause d’une négligence de sa part.

C’est un polar vraiment très moyen, j’ai lu pire mais surtout nettement mieux. L’histoire n’est pas très vraisemblable, les personnages pas attachants le moins du monde, sans compter qu’il y a bien peu de suspense, on devine vite les tenants et les aboutissants de cette histoire pas très bien ficelée. J’ai trouvé  cette lecture plutôt longue et peu accrocheuse, même si on trouve nettement pire.

Prends ma main

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Challenge polar de Sharon

Isaac, de Léa Veinstein

Tout d’abord un très grand merci à Babélio et aux Editions Bernard Grasset pour ce livre reçu lors de la Masse critique non-fiction. Un petit livre, mais un énorme coup de coeur qui vaut plus de cinq étoiles. Cette lecture m’a touchée et enthousiasmée. Toutes les personnes qui s’intéressent au judaïsme et à l’identité juive ne peuvent pas le manquer.

Léa est issue d’une famille intellectuelle de gauche, son père Alain est écrivain et homme de radio. Il est juif mais athée, sa mère se définit comme juive de coeur et tout aussi athée que son mari, la religion n’a pas de place dans cette famille. Léa étudie la philosophie, en particulier Levinas et Benjamin, elle a des opinions d’extrême gauche bien plus radicales que le reste de sa famille. Si tout le monde désapprouve la politique de Netanyau, ils sont tous attachés à la terre d’Israël. L’identité juive ou pas de la famille de Léa fait l’objet d’un tabou et le sujet n’est jamais évoqué, toutefois elle sait que son arrière-grand-père était rabbin, mais un silence absolu plane sur cet homme dont même son père ignore le prénom.

Des problèmes non précisés surviennent dans la famille, la cousine de Léa la contacte après un long silence. Elle a trouvé des documents sur ce mystérieux personnage en vidant l’appartement de leur grand-mère après son décès. Cette femme ne parlait jamais de son père, elle avait épousé un catholique et se rêvait en bourgeoise catholique selon Paul Claudel, elle avait totalement rejeté son identité juive. Léa, sa soeur Paloma et leur cousine se lancent dans une enquête sur leur arrière-grand-père, les papiers retrouvés leur apprennent qu’il s’appelait Isaac Sawelsky et qu’il officiait à la synagogue de Neuilly. Elles rencontrent deux dames âgées qui l’ont connu à l’époque, peu à peu le visage d’Isaac émerge de l’ombre et du tabou. L’enquête devient quête. Il avait une carte de légitimation de l’UGIF, un organisme créé par Vichy pour regrouper toutes les organisations juives, sa synagogue est restée ouverte et en fonction durant toute la guerre, comme d’autres lieux de culte d’ailleurs. Une question taraude les trois jeunes femmes : De quel côté se situait Isaac ? Est-il un héros ou un collaborateur ? Est-ce à cause de cela qu’il a été gommé de la mémoire familiale ? Elles comprendront que ces réponses ne sont ni toutes noires ni toutes blanches, que cette époque était ambigüe et que la mémoire qu’on en a gardé a été tronquée. Il y aura notamment une confrontation avec des aînés lors de la visite d’une synagogue dans le marais à ce propos, dans le lieu même où Isaac a eu son premier poste en 1921.

Les jeunes femmes n’arrivent pas à répondre à toutes leurs questions, elles arrivent à une limite qui aboutira à un hommage public rendu à Isaac dans la synagogue de Neuilly. Le livre continue en racontant les suites de l’enquête pour Léa qui interroge ses origines. Est-elle juive ou pas ? Elle se marie avec Solal, issu d’une famille très pratiquante et se pose la question de la conversion (sa mère n’étant pas juive, Léa ne l’est pas non plus) lorsqu’elle attend un enfant à son tour. Et surtout : C’est quoi être juive ?

Cette réflexion sur les origines, la culture, l’identité et la religion est absolument passionnante. La mémoire est souvent biaisée. Dora Bruder de Patrick Modiano, un de mes livres fétiches est cité dans la bibliographie et j’imagine sans peine Issac rencontrant Dora dans une rue de Paris.

Ce portait impressionniste d’Isaac le rabbin de Neuilly est un gros coup de coeur que je recommande chaleureusement, une vraie pépite.

Isaac