Rivière maudite, de Preston & Child

Tout d’abord un grand merci à Mylène de l’Archipel qui m’a permis de découvrir la toute nouvelle aventure de mon héros favori, l’inspecteur Pendergast. Il s’agit de sa dix-neuvième enquête. Il y a des séries dans la série et cet opus est le deuxième relatant son nouveau partenariat avec l’inspecteur Coldmoon.

Le roman commence un mois après la fin du précédant, Pendergast se remet de ses émotions en passant une semaine de vacances dans une île paradisiaque de Floride avec Constance. Le directeur adjoint Pickett vient les interrompre car une centaine de pieds humains revêtus de chaussures vertes bon marché vient de s’échouer sur la plage d’un autre îlot des Keys. Ce crime est sans doute le plus étrange auquel l’inspecteur a jamais été confronté et Pickett est sûr que Pendergast acceptera cette enquête, il se fait tirer l’oreille mais finit par s’y résoudre. L’enquête est confiée au chef de secteur des garde-côtes, mais le directeur ne doute pas qu’il sera dépassé et demande à Pendergast de se joindre au staff. L’inspecteur accepte à condition de pouvoir mener ses investigations seul et selon ses propres méthodes, ce que son chef lui accorde. Pendergast comprend tout de suite que les enquêteurs ne sont pas du tout à la hauteur et le seul policier qu’il apprécie est le chef de la police de l’île. Le capitaine des garde-côtes base son enquête sur de vieilles cartes marines de 1960 et en conclut que les victimes sont des prisonniers politiques cubains torturés, ce qui donnera lieu à un fait d’armes peu glorieux. Pendergast ne tarde pas à entrer en conflit avec lui et va chercher Coldmoon également en vacances dans la région afin qu’ils mènent leur propre enquête avec des méthodes plus innovantes et fructueuses, ce qui les mènera vers une vieille usine censément désaffectée. Durant ce temps, Constance mène sa propre investigation sur le fantôme qui hante leur maison de location selon la rumeur publique.

Je ne suis pas forcément très objective avec cette série, mais elle ne me déçoit jamais. C’est comme pour les spaghettis, on peut en cuisiner de nombreuses variétés différentes avec quelques ingrédients de base. De même Preston et Child savent nous mijoter un plat chaque fois autre et savoureux avec les mêmes ingrédients traités différemment. On retrouve la méthode Pendergast, sa main de fer dans un gant de velours, une enquête basée sur la science, un groupe secret issu de l’armée et prêt au pire, des poursuites, une enquête qui semble s’intéresser au surnaturel mais dont le résultat sera très prosaïque, et surtout de très nombreux rebondissements et autres fausses pistes. Les personnages récurrents et les références à d’autres épisodes de la série raviront les fans. Constance espère toujours que son cher tuteur répondra enfin à son attente amoureuse, mais le grand homme semble définitivement coincé sur ce plan.

Parmi les thèmes abordés, il y a ceux de la drogue, des migrants clandestins victimes désignées des criminels de tous bords, ainsi que celui d’armes biologiques et chimiques qui font froid dans le dos. Là il s’agit d’un roman et le grand héros vient mettre un terme aux agissements de certains de ces criminels, mais il n’est pas douteux que ce genre de laboratoire secret existe dans de nombreux pays, le plus souvent ni démocratiques ni pacifiques et on a vraiment du souci à se faire.

L’écriture est toujours aussi agréable, le suspense est savamment entretenu par des chapitres courts où l’on suit les différents personnages à tout de rôle au fur et à mesure du développement de l’intrigue. L’ambiance est tendue, l’enquête, bien que mal menée au départ semble assez banale, mais peu à peu on sent l’angoisse monter au fil des pages. Une impression de danger sourd devient de plus en plus palpable et les fans de l’inspecteur pourraient trembler s’ils n’étaient pas confiants en ses capacité de superhéros.

Une fois de plus, cette aventure de Pendergast est un gros coup de coeur pour moi. A la fin, Pickett trouve une ruse pour emmener Pendergast, Constance et Coldmoon sur une nouvelle scène de crime à Savannah, dont je ne manquerai pas de vous parler l’année prochaine, Dieu voulant.
#RivièreMaudite #NetGalleyFrance

La nuit des éventails, de Cathy Borie

Nous suivons l’histoire de trois personnages, Emilien, né en 1899 à la suite du viol de sa mère, alors servante chez de riches propriétaires terriens, Adrien et Clarisse, qui sont eux contemporains. Les chapitres alternent, parlant de l’un ou de l’autre. Emilien connaît une enfance malheureuse dans la ferme de son beau-père, il aime l’école et est curieux de tout, mais son destin est de travailler durement sur le domaine, qu’il quitte à quatorze ans. Il connaîtra différents métiers avant de devenir artiste itinérant jusqu’à son mariage.

Clarisse est écrivain, elle est chargée de la mise en scène de sa dernière pièce, consacrée à son amour impossible avec Félix, un jeune homme homosexuel et ami de son fils. Elle aimerait que les acteurs choisis collent parfaitement à leur personnage et son amie Laure a bien de la peine à la convaincre de faire un choix rationnel parmi les acteurs qui ont postulé pour la pièce. Finalement elle choisit deux personnes pour les rôles principaux et c’est Adrien qui tiendra le rôle de Félix. Rapidement quelque chose se noue entre Clarisse et Adrien, ses amis essaient de la mettre en garde et lui conseillent d’avoir une relation purement professionnelle avec l’acteur, mais pour elle, il est le nouveau Félix, celui qui lui fera oublier ses amours précédentes pas toujours heureuses. Adrien correspond en tout point à ce qu’elle attend de l’homme parfait, mais n’est pas trop beau pour être vrai ?

Les deux thèmes principaux du livre sont l’art, la création et l’amour. Il y a bien sûr un lien entre les trois personnages, qui sera dévoilé à la fin. Le suspense, si on peut appliquer ce terme à ce roman qui n’a rien d’un polar, est très bien préservé. Très longtemps, je n’ai pas vu où l’auteure voulait me mener. On s’identifie facilement à Clarisse et on espère avec elle qu’Adrien est bien celui qu’elle croit, très longtemps, elle ne voit rien venir. La mauvaise surprise se révèle très tard et le titre du livre, qui est aussi celui de la pièce de Clarisse, en est l’annonce. Adrien est un personnage complexe et intéressant, il se livre certes à une terrible manipulation, mais celle-ci n’est ordinaire en rien, à l’image de son auteur. Leur histoire est vraiment originale, on est très loin du roman d’amour banal.

L’autre thème principal est celui de l’art. Emilien pratiquera ce qu’on appellerait aujourd’hui les arts de la rue. Cette partie de sa vie est très intéressante et j’aurais bien aimé qu’elle fût plus développée, il parcourt la campagne et les petites villes de la France, surtout du sud, durant une dizaine d’années à partir de 1914, avant de faire un mariage, qui lui non plus ne sera pas heureux, même si le roman en dit peu de chose. La Grande Guerre est juste évoquée, Emilien était trop jeune et ce n’est pas du tout le le sujet du livre. Clarisse parle beaucoup de la création littéraire, son rêve est de créer à partir de rien une oeuvre qui soit totalement fictive, mais elle n’y arrive pas. Elle écrit beaucoup mais part toujours de sa propre vie, autour de laquelle elle tisse ses intrigues. Ce thème de l’écriture et de la création revient tout au long du livre et Clarisse ne peut s’en extirper.

Ce roman est vraiment original, les personnages sont très travaillés et intéressants, quant à l’écriture de l’auteure, elle est fluide et vraiment agréable. Les phrases sont longues et musicales, jamais pesantes. Une très belle découverte que je recommande chaleureusement. Un grand merci à Netgalleyet aux Editions de la Remanence pour ce beau roman qui m’a beaucoup plu.

#Lanuitdeséventails #NetGalleyFrance

Nuit des éventails

Le petit arpent du Bon Dieu, d’Erskine Caldwell

Ty Ty Walden possède une ferme de cent arpents au fin fond de la Géorgie, il y vit avec ses deux fils Buck et Shaw, sa fille Darling Jill, sa belle fille Griselda et leur deux employés noirs. Nous sommes au début des années 1930, lors de la Grande Dépression. Son père lui a dit qu’il y avait de l’or sur le domaine avant de le lui transmettre, quinze ans auparavant. Depuis Ty Ty est saisi par la fièvre de l’or et creuse de grands trous dans son terrain à la recherche d’un improbable filon, car il n’a pas compris l’allégorie de son père. Pluto Swint, candidat au poste de shérif très paresseux est amoureux de Darling Jill et tous les prétextes sont bons pour se rendre à la ferme, même si elle aime le faire tourner en bourrique. Il y vient un après-midi pour avertir Ty Ty qu’il a entendu de source sûre qu’un Noir albinos vit dans le marécage près de la ville voisine et chacun sait que les albinos savent trouver à tous les coups les filons d’or. Le vieux paysan décide d’aller attraper l’individu avec ses fils et demande à Pluto d’emmener les filles dans une ville industrielle à deux heures de route afin  qu’elles ramènent son autre fille et son mari Will, ouvrier dans une filature en grève. Puisqu’il est sûr désormais de trouver l’or, il faut du monde pour le déterrer. Ce qui avait commencé comme une farce va basculer en drame en quelques jours sous l’effet de la fièvre de l’or, mais surtout du désir suscité par Jill et Griselda, deux trop belles filles.

Caldwell nous offre un voyage chez les paysans et les ouvriers blancs du Sud, qui sont tout en bas de l’échelle sociale et profondément méprisés par leurs compatriotes, ils sont passés complètement à côté du rêve américain, ils sont incultes, naïfs et bigots. L’auteur  parle de ces populations défavorisées sans jugement. Ty Ty est à la fois stupide et aveugle, il croit à l’existence de son filon en dépit du bon sens, et ne peut plus nourrir sa famille car il ne cultive rien sur sa terre ravagée. De même il encourage les hommes de son entourage à désirer Griselda et Jill par les compliments crus dont il les arrose sans arrêt. Si Jill est plutôt dévergondée et n’a pas besoin d’être encouragée sur cette voie, Griselda semble plus sage, mais Ty Ty finira par provoquer le drame. Griselda est un personnage ambigu, vertueuse et fidèle en apparence, mais qui se révèlera femme fatale au final. Malgré ses défauts Ty Ty ne veut que le bien de sa famille et rêve que tous soient unis dans l’amour, il est croyant à sa manière. Un de ses fils lui reproche son hypocrisie religieuse et le fait qu’il parle sans cesse de Dieu, mais ne va jamais à l’église et s’arrange pour que son arpent consacré au Seigneur ne rapporte jamais rien et surtout pas de l’or, mais Ty Ty se revendique d’une foi personnelle et son approche n’est pas telle que son fils la ressent. Ty Ty est finalement un personnage touchant, qui se résigne à la fatalité et n’arrive pas à endiguer les catastrophes qu’il a lui-même causé involontairement.

L’écriture de Caldwell est très agréable, il nous fait passer d’un roman amusant avec des personnages presque comiques de par leurs travers au roman noir, vraiment noir. Sa description de Will et des autres ouvriers de la filature, aussi aveugles que Ty Ty dans un autre genre est très intéressante aussi, tout comme le rôle des femmes mi-anges et mi-démons.

J’avais découvert ce livre il y a bien des années et j’ai eu grand plaisir à le relire pour voyager dans l’Amérique d’il y a près d’un siècle, immortalisée par de grands auteurs.

Petit arpent du Bon Dieu

Le jardin secret de Marie, de Coralie Raphaël

Comme plusieurs lecteurs, j’ai été attirée d’abord par la très jolie couverture de ce livre et par son résumé. Je n’ai pas du tout été déçue par ce roman qui est un coup de coeur, il a parlé à mon coeur d’enfant, celui qui ne vieillit pas et n’attend qu’une occasion pour se rappeler à nous.

Marie est une dame âgée, la première femme médecin du pays, elle a reçu une lettre du gouvernement lui demandant si elle accepte de payer l’impôt foncier sur un vieux manoir qui appartient à sa famille. Elle n’y est plus retournée depuis l’âge de douze ans et pense qu’il n’en reste plus rien. Elle décide de prendre sa retraite et de se rendre au manoir en compagnie de son apprenti Borg, un jeune garçon pauvre qu’elle a sauvé quelques années auparavant. A sa grande surprise le manoir est toujours debout, même si des cambrioleurs y ont sévi il y a fort longtemps. Pendant que Borg explore les lieux, Marie se rend dans son ancienne chambre. Elle la trouve dans l’état dans lequel elle l’a quittée des décennies auparavant, même son journal est toujours caché dans le tiroir à double fond. Elle nous raconte alors cette période de son enfance qui s’est passée en 18.. .

Marie vit seule avec Kate sa gouvernante dans un grand manoir. Son grand-père est mort depuis six ans et son père vient très rarement la voir, il est médecin militaire et parcourt le monde. Kate est sévère avec elle, pour son bien, car elle veut en faire une Lady comme l’était sa mère, morte à la naissance de Marie. La jeune fille s’ennuie dans une vie très routinière, elle n’a même pas le droit de sortir dans le parc. La nuit, elle entend un bruit qui l’inquiète en dessous de sa chambre, mais Kate affirme ne pas l’entendre. Peu avant son douzième anniversaire, Marie se souvient des paroles de son grand père qui lui disait que la peur vient de l’ignorance, donc une nuit elle décide de chercher l’origine de ce ronronnement. Elle trouve une porte dans la cage d’escalier qui ouvre sur un jardin secret au coeur du manoir, désormais sa vie ne sera plus jamais la même.

Ce roman est simple et touche notre coeur, Marie découvrira le vrai sens de sa vie dans le jardin, la réalité n’est pas ce qu’elle semble être. Elle découvrira aussi l’amour absolu, qui lui donnera la force de vivre une vie au service des autres. L’histoire est très prenante et je l’ai lu d’une traite. Ce roman cible les jeunes lecteurs, mais les adultes l’aimeront aussi. C’est un conte sur l’amour, le sens de la vie et la résilience, des thèmes qui touchent tout le monde. Marie vit quelque part en nous et la fin réjouira les lectrices sensibles (je pense que le livre s’adresse plus à la gente féminine).

Un magnifique roman coup de coeur que je recommande chaleureusement.

Jardin de Marie

Barracoon, de Zora Neale Hurston

En 1927, l’anthropologue Zora Neale Hurston a recueilli le témoignage de Kossoula, renommé Cudjo par son maître américain. Cet homme était le dernier survivant du dernier navire négrier. Il vivait en Afrique, dans un peuple d’agriculteurs pacifiques, mais le roi du Dahomey gagnait gros à vendre ses compatriotes aux trafiquants d’êtres humains. La traite était interdite depuis 1802, mais continuait grâce  de nombreux contrebandiers. Le roi du Dahomey était constamment en guerre avec ses voisins, à la fois pour fournir des esclaves aux négriers, mais aussi pour trouver des victimes pour les très nombreux sacrifices humains qu’il pratiquait lors des fêtes. Cudjo sera capturé en 1859 à l’âge de dix-neuf ans, emprisonné quelques semaines dans un barracoon (une prison où étaient enfermés les victimes en attendant l’arrivée des navires). Après septante jours de mer, il arrive en Alabama où il sera esclave durant cinq ans et demi, avant d’être libéré par les Yankees en août 1865. La vie d’après est loin d’être facile et les Africains comprennent qu’ils n’arriveront jamais à retourner chez eux. Cudjo raconte sa vie à Zora, il parle un peu de sa jeunesse en Afrique, pratiquement pas de sa période d’esclavage, la majeure partie de son témoignage concerne les années qui ont suivi sa libération où la vie ne l’a pas ménagé, sa famille a été durement frappée par le sort.

Il s’agit bien entendu d’un document de premier plan au niveau historique. L’auteur a choisi de retranscrire littéralement et sans intervention le témoignage de Cudjo. D’un point de vue ethnologique et scientifique, ce choix est vraiment justifié, mais pas d’un point de vue littéraire. Comme le livre comprend une grande quantité de notes et d’annexes, sans oublier une longue préface, je trouve qu’il aurait été préférable de mettre le texte dans une annexe supplémentaire et de le retranscrire en anglais. Le témoignage de Cudjo est rédigé dans sa langue vernaculaire, ce qui donne un sabir vraiment très très indigeste qui m’a enlevé tout plaisir de lecture. J’ai eu l’impression de me retrouver devant un morceau d’archive qui n’aurait pas dû être publié tel quel. Peut-être qu’un récit « récrit » par Zora aurait pu paraître moins authentique, mais nettement plus lisible. J’ai lu un jour un polar marseillais où l’auteur voulait retranscrire le parler local avec le vocabulaire et surtout l’accent, j’ai complètement oublié l’histoire, mais je me souviens d’un texte particulièrement illisible et désagréable. Je sais bien qu’on ne peut pas comparer un document historique et un polar, mais je pense que les scientifiques ont à retransmettre leur connaissance dans une langue claire et agréable, du moins s’ils écrivent un livre grand public. Malgré le grand intérêt historique du texte, j’avoue que cette lecture s’est apparentée pour moi à une corvée, heureusement que le texte est court.

La préface est tout aussi intéressante que le texte lui-même, on y apprend l’histoire du manuscrit, proposé à de nombreux éditeurs et refusés durant presque un siècle, d’une part à cause de la langue utilisée (je ne pas la seule à ne pas l’apprécier apparemment !) mais surtout parce qu’il révèle que les Africains n’ont pas été seulement opprimés par les Blancs mais que leurs compatriotes avaient une part très actives dans la traite humaine, et cela la population afro-américaine ne pouvait pas l’entendre. Cudjo souligne d’ailleurs que les Noirs américains, à l’exception d’un seul de sa connaissance se montraient particulièrement racistes envers Les Noirs venus directement d’Afrique et les qualifiaient de sauvages.

Pour moi ce livre a une grande valeur historique mais il n’est pas agréable à lire. Un grand merci à Netgalley et aux Editions JC Lattes de m’avoir permis de le découvrir.

#BarracoonLhistoireDuDernierEsclaveAméricain #NetGalleyFrance

Barraccoon

 

L’engrenage du mal, de Nicolas Feuz

J’ai eu grand plaisir à retrouver le procureur Norbert Jensen, sa greffière Flavie Keller et le commissaire Daniel Garcia dans ce troisième volume de la série consacrée au procureur. On retrouve aussi Tanja, mais elle est en bien mauvaise posture : en effet elle revient à la Chaux de Fonds depuis la prison de La Tuilière où elle est en détention préventive afin d’y être jugée. Le roman alterne le récit du procès et de l’enquête sur les faits que l’on reproche à la jeune femme. Nous avions laissé le procureur et son équipe dans l’avion qui les ramenait de Corse à la fin du deuxième épisode (L’ombre du renard), et Tanja avait appris qu’une personne âgée avait été assassinée à Lausanne, elle avait compris qu’il s’agissait de sa mère.

A peine rentrée, elle se rend sur place et brise les scellés posés par la police vaudoise car elle est sûre que ses collègues ne lui apprendront rien, elle passe les lieux au luminol grâce à un flacon qu’elle a volé dans les locaux de la police neuchâteloise. Son fils de deux ans a disparu et Tanja est prête à tout pour le retrouver. Elle retourne à Neuchâtel où elle agresse deux collègues qu’elle soupçonne de protéger l’assassin supposé de sa famille.

Lors de son procès, Tanja reconnaît ces petites infractions, mais nie tout le reste qui est nettement plus grave. Elle affirme qu’on lui a tendu un piège et qu’elle est totalement innocente. Dans son réquisitoire, Jensen reconnait que les apparences sont contre elle, mais que s’il s’agit bien d’un piège, il faut reprendre l’enquête.

Je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture. Comme toujours avec Nicolas Feuz, il y a nombre de rebondissements, le suspense reste constant jusqu’à la fin, impossible à deviner. Les chapitres sont courts et l’alternance du procès et des faits qui l’ont précédé gardent la tension du récit. On ne s’ennuie pas le moins du monde dans ce polar et la fin s’ouvre sur la suite des aventures de cette équipe pas triste du tout. On visite égalament les moulins souterrains du Col des Roches, uniques en Europe. Feuz utilise avec brio les lieux particuliers de la région pour les rendre encore plus incontournables, il excelle comme guide touristique. Ces lieux sont liés à ses intrigues, ainsi hier en faisant du nordic walking au Landeron, j’ai pu me remémorer le début de L’ombre du Renard. Le côté régional de ces polars les rend encore plus agréables et intéressants pour les habitants du coin. C’est très plaisant de parcourir New York avec son inspecteur préféré, mais c’est tout autre chose de vivre sur les lieux  et de les associer à une fiction qu’on a apprécié, d’imaginer par exemple la statue de David de Pury recouvertes d’entrailles sanguinolentes en prenant le bus !

Le procureur Jensen dit que la grande majorité des Suisses ignore tout du côté sombre de notre pays et on peut supposer que l’auteur, lui-même procureur, parle par sa bouche. Je n’en doute pas une minute, j’espère toutefois que la police et la justice réelles fonctionnent mieux que les policiers et magistrats mis en scène dans ces polars, parce que sinon on a vraiment du souci à se faire et notre pays serait devenu une vraie république bananière. Un nouveau personnage apparaît, un juge vaudois qui doit bien avoir quelque chose à se reprocher puisque son ADN figure dans le fichier des empreintes génétiques.

A la fin de cette intrigue palpitante, on peut se demander si Jensen est un idiot qui se fait embobiner, s’il est incapable d’exercer sa fonction (puisque ses fans savent bien qu’il n’est pas procureur mais prof de géographie) ou si plus grave, il ne serait pas complice des agissements de policiers peu honnêtes. D’ailleurs le commissaire Garcia en prend largement à son aise et  ne se contente pas de boire des bières en service, quant à Flavie, elle n’est peut-être pas si innocente et gentille qu’elle en a l’air.

Ce roman palpitant appelle une suite car sa conclusion permet bien des doutes sur l’honnêteté de ses protagonistes, mais nous en saurons plus l’année prochaine. En attendant, je vous encourage vivement à découvrir ce nouvel opus de Nicolas Feuz. Un tout grand merci aux Editions Slatkine de m’avoir permis de le découvrir en avant-première.

Engrenage du mal

Le mange mystère, de Juliette Dezuari

Il s’agit d’une longue nouvelle, ou d’un petit roman comme on voudra, d’une centaine de pages écrit avec talent par une jeune Suissesse, ça fait toujours plaisir de voir un nouvel auteur suisse éclore, on lui souhaite d’avoir le même succès que Nicolas Feuz ou Marc Voltenauer.

Ce livre est destiné à des adolescents ou de jeunes adultes mais sera aussi lu avec plaisir par des adultes plus âgés car il fait écho à des structures enfouies dans notre imaginaire. La jeune Adeline souffre d’insomnie, elle est irrésistiblement attirée par un magnifique coquelicot qui perce la neige d’une prairie abandonnée. Elle se penche sur la fleur, mais celle-ci s’enroule autour de la jeune fille qu’on retrouvera morte au matin. Le village est consterné, le Mange mystère est revenu pour obliger les gens à révéler leur secrets ou à mourir. Le secret d’Adeline était d’être amoureuse de Markus, mais le boucher a une révélation autrement plus sombre à faire. Carl le shérif et Amélie, une centenaire qui a déjà survécu à deux attaques du monstre sont bien décidé à le chasser, ils vont aider Markus, le héros de la quête à venger sa bien-aimée.

Comme le livre est court, je n’en dirai pas plus pour ne pas spolier les autres lecteurs du plaisir de découvrir cette intrigue qui utilise les codes de plusieurs genres : fantasy, fantastique, horreur. Le thème de la quête du héros est universel et très bien exploité ici, Markus et Carl devront aller au bout de leurs peurs. On est dans une ambiance qui fait nettement penser à Stephen King, on peut lire cette quête de nombreuses façons différentes, j’y vois les thématiques du passage à l’âge adulte et de la résilience principalement. Le monstre, comme tous ses collègues littéraires, n’est autre que la part sombre de nous-même et notre manque d’amour pour autrui.

La fin est malheureusement un peu trop abrupte et aurait méritée d’être un peu plus développée, mais cela n’empêche pas que ce roman soit une très jolie découverte qui fait écho à nos peurs enfouies.

Mange-mystère