L’accompagnateur, de Sebastian Fitzek

Jules remplace son ami César au standard d’un service bénévole qui accompagne au téléphone des personnes effrayées, le plus souvent des femmes qui doivent traverser un parking ou une zone sans éclairage, d’habitude il ne se passe rien et les personnes ont juste besoin d’être rassurées et de savoir que quelqu’un va appeler les secours si jamais. Klara appelle par inadvertance et tombe sur Jules. Elle court dans une forêt berlinoise, persuadée d’avoir à ses trousses un tueur en série qui a dit vouloir la tuer le 30 novembre, donc dans quelques heures. Elle raconte à Jules qu’elle va se suicider car c’est la seule issue pour elle : le tueur va l’exécuter si elle n’a pas éliminé son mari Martin. Peu à peu Klara se confie à Jules et lui dévoile sa vie de femme violentée de toutes les manières possibles par cet homme cruel. Evidemment tout est caché et Martin passe pour un respectable dentiste, mais il n’hésite pas à torturer sa femme et à la prostituer, entre autres. Jules parle aussi de ses drames, sa femme a été tuée peu avant et ses deux enfants sont morts dans l’incendie qui a suivi, enfin peut-être pas les deux. Jules essaie de la convaincre de renoncer à son projet, mais Klara lui affirme que le tueur ou son mari s’en prendront à lui dès qu’ils sauront qu’elle a appelé à l’aide, d’ailleurs Jules sent une présence dans l’appartement mais il n’y a personne…

Comme dans tous les romans de Fitzek, on est rapidement pris dans un suspense très dense. Ici il y a en plus une dimension angoissante. L’écriture est fluide et agréable, la tension ne retombe jamais et les rebondissements s’enchaînent, pas toujours très vraisemblables, mais c’est une des marque de l’auteur et il répond à ses détracteurs sur ce point dans la postface. Mais cet aspect ne m’a pas dérangée, j’aime beaucoup les thrillers de Fitzek. Par contre il y a un bémol qui me fait donner seulement quatre étoiles à ce livre c’est son ultraviolence. Il y a de nombreuses scènes très crues et très sanglantes, comme si l’auteur se complaisait à nous décrire par le menu et à de nombreuse reprises, les sévices divers et variés dont est victime Klara. Je n’ai pas du tout aimé cet aspect, il n’y avait pas besoin d’en dire autant pour démontrer le martyre de cette femme, là on se sent voyeur et complice, comme si le but était se satisfaire nos plus vils instincts. C’est un livre très dur par sa thématique : violence envers les femmes, meurtres, viol, suicide, mort d’enfants, en plus de nombreuses scènes sont vraiment très glauques. Il y a un climat angoissant et oppressant. La fin du roman est aussi peu convaincante, on se demande ce que fait la police et pourquoi personne ne l’a appelée au bon moment, en particulier la personne qui était au courant de toute l’affaire.

Malgré tous ses malheurs, je trouve Klara peu attachante, un peu cliché de la femme soumise, Jules l’est plus, au moins au début. Il y a l’idée que les femmes victimes de violences ne peuvent jamais sortir du cercle vicieux et surtout que les filles de maris violents épouseront ensuite un homme comme leur père.

A part son côté trop violent, ce thriller est totalement réussi et nous embarque pour une nuit d’angoisse. L’intrigue est très bien ficelée et le suspense monte peu à peu, avec des rebondissements et des retournements qu’on ne voit pas venir. Si les scènes de violence très crues ne vous rebutent pas, ce thriller psychologique ne peut que vous enchanter.

Un grand merci à Mylène de L’Archipel et à Netgalley pour ce roman.

#LACCOMPAGNATEUR #NetGalleyFrance !

L’arbre à bouteilles, de Joe R. Lansdale

Quel plaisir de retrouver Hap Collins et Leonnard Pine, les héros Des mécanos de Venus. Cette série n’est pas aussi ambitieuse que Les marécages et Les enfants de l’eau noire, mais elle est vraiment excellente dans un genre plus léger, même si ça reste bien noir. Hap et Leonnard sont amis à la vie à la mort, ils s’aiment comme des frères malgré leur différence. Hap est Blanc et hétéro alors que Leonnard est Noir et homosexuel. Et dans une petite ville défavorisée de l’East Texas, ce genre de différence compte, on n’est pas dans un milieu intellectuel et policé, bien loin de là. Ils sont ouvriers dans une exploitation horticole. Leonnard, en arrêt maladie demande à Hap de l’accompagner à l’enterrement de son oncle Chester, qui l’a élevé, puis rejeté en apprenant son homosexualité, que Leonnard n’a jamais cachée et qui passe très mal dans ce milieu. Il n’a pas revu le vieil homme depuis des années, mais il a entendu dire qu’il souffrait de la maladie d’Alzheimer. Lors de l’enterrement, ils rencontrent Florida, une jeune avocate noire qui leur apprend que Chester lègue à son neveu sa maison, cent mille dollars et une clé qui ouvre un coffre de banque. La maison est une ruine dans le quartier noir, avec comme voisins une crack house. A la banque Leonnard trouve une édition de poche bon marché de Dracula et de nombreux bons de réductions périmés dans les restaurants de la ville. Avant de pouvoir vendre son château, il va falloir le retaper, ce à quoi s’attaquent courageusement les deux amis, mais une nouvelle mauvaise surprise les attend : Un squelette d’enfant et des revues pédophiles sont cachés dans un débarras. Hap veut appeler la police, mais Leonnard lui demande d’attendre quelques jours, car il ne peut croire que son oncle ait pu commettre un tel crime. Nos deux héros vont remonter la piste de disparitions jamais élucidées.

Ce livre est vraiment excellent, pas tant pour l’originalité de son intrigue, mais pour son ambiance et sa critique sociale. On comprend assez vite qui est l’assassin, mais le but n’est pas de jouer au détective, mais plutôt de faire route avec ces deux personnages très attachants, mais il ne sont pas les seuls à valoir largement le détour. L’histoire se passe au début des années nonante, selon les indications données par Hap sur leur jeunesse à Florida dans le quartier noir de LaBorde. Même si la ségrégation devrait n’être plus qu’un mauvais souvenir, elle est toujours actuelle dans ce coin reculé. Les Blancs et les Noirs ne se mêlent pas et se détestent, nos héros sont une exception. L’intrigue se passe dans le quartier noir et Hap y est sans cesse confronté au racisme. Et cela va dans les deux sens, Florida aura une relation avec Hap, mais purement sexuelle et clandestine, elle refuse de s’afficher avec un Blanc alors que lui est vraiment amoureux et espère un avenir ensemble, mais elle le quittera rapidement pour un Noir, sans cacher ses préjugés. Outre un racisme très présent, personne ne s’inquiète pour les orphelins noirs disparus, hormis un inspecteur noir sans moyen, la violence est très présente dans le milieu. Il y a le trafic de drogue et une certaine violence institutionnelle. La police n’intervient pas dans le trafic et nos héros ne peuvent accepter ce déni de justice. Ils se muent en justiciers et redresseurs de torts.

Vu d’ici on est très sensible au mouvement Blacks lives mater et si le roman parle d’orphelins noirs disparus dans l’indifférence générale des autorités, il est très cash sur la haine viscérale que les Noirs portent aux Blancs dans la ville. Hap est issu d’une famille pauvre et il n’est en aucun cas un oppresseur, mais tout le monde dans le même sac. J’ai trouvé cela surprenant, on voit les choses de manière plus manichéenne d’ici. Mais on est loin de ce discours woke dans ce roman. Si Hap est très indulgent envers la communauté noire, Leonnard ne l’est pas du tout. Il souligne par exemple que plus de 60% de la communauté noire vit des prestations sociales alors que ce n’est le cas de pratiquement personne dans la communauté asiatique. Il y a une inversion du discours dominant.

La relation entre les deux amis est pleine de tendresse et d’humour, c’est une sorte de feel good viril qui vaut vraiment le détour, une fois de plus, un coup de coeur avec Lansdale.

Du danger de se mêler des affaires des autres, d’Alexander McCall Smith

Isabel est une philosophe écossaise, femme très riche, elle édite une revue de philosophie morale, vit avec son mari musicien et ses deux enfants en bas âge. Elle est aidée par Grace, qui était l’intendante de son père et qu’elle a gardée. Elle se sent coupable de sa vie aisée et va souvent aider sa nièce Cat dans son épicerie bénévolement. Se trouvant débordée à cause de sa désorganisation, elle engage une assistante pour le journal et une jeune fille au pair pour le ménage, mais ce choix ne se révèlera pas heureux. Son fils Charlie va à la maternelle avec le petit Basil, un enfant que son père aussi prénommé Basil et collègue de son mari ne reconnaît pas, Isabel ne peut s’empêcher de se mêler de ce problème.

Je me demande comment ce roman dans lequel il ne se passe pratiquement rien peut être classé dans les romans policiers, même comme cosy mystery ultra ultra soft, il ne fait pas l’affaire. En comparaison, les aventures de Oui-Oui ou de Martine sont des thrillers palpitants et effrayants, c’est dire le niveau. J’essaie de comprendre le but de l’auteur , il s’agit peut-être d’un pastiche mettant en scène une femme riche qui ne sait pas s’organiser et est à cent lieux des problématiques du commun des mortels. Elle n’est même pas attachante. Le plus énervant sont les digressions incessantes sur tout et n’importe quoi, Isabel passe son temps à couper les cheveux en quatre. Et elle ne transforme même pas ses interrogations en question existentielles mais plutôt en une caricature de philosophie qui donne de l’urticaire. Cat est une profiteuse, qui exploite sa tante. Parmi les personnages seul le mari d’Isabel (dont j’ai déjà oublié le prénom trois jours après avoir terminé le livre !) est attachant et équilibré, il essaie de faire garder les pieds sur terre à son épouse, mais c’est peine perdue.

Si je dois trouver un point positif à ce livre, c’est son humour british, mais j’avoue être passer complètement à côté de ce roman, je ne suis pas près de lire un autre opus de cette série. J’ai trouvé ce pseudo polar inintéressant au plus haut point.

Merci à Netgalley et les Editions Jc Lattès pour ce roman .

L’épouse et la veuve, de Christian White

Je ne connaissais pas cet auteur, mais j’ai adoré ce deuxième roman, du coup je viens d’acheter le premier. Nous voici en Australie, emportés par la narration palpitante très bien rendue par Odile Cohen, elle donne vie aux différents personnages de manière très convaincante. Sa voix est douce et agréable, elle n’en fait ni trop ni pas assez. Ce roman se prête particulièrement bien à l’écoute audio.

L’épouse, c’est Abby et la veuve Kate, elles nous racontent leur histoire en chapitres alternés. Kate vit à Melbourne et attend son mari à l’aéroport, il rentre de Londres où il a assisté à un séminaire sur les soins palliatifs, mais les passagers sortent de l’avion et John n’est pas parmi eux. C’est le début d’une période de grande angoisse et de nombreuses révélations pour Kate, qui doit avant tout protéger sa fille Mia, huit ans. Abby vit sur l’île de Belport, envahie de touristes l’été et désertée l’hiver, il ne reste que les insulaires, qui ont des relations ambiguës avec les estivants, leur présence est indispensable à l’économie locale, mais ils ne sont pas appréciés et vus comme des envahisseurs. En hiver, les maisons de vacances sont vides et Ray, le mari d’Abby a une entreprise de gardiennage. Abby travaille au supermarché et a pour amie Bobby, une policière. Ses enfants sont en pleine crise d’adolescence, la vie à la maison est déjà difficile, mais c’est encore pire lorsqu’Abby se rend compte que son mari lui ment et semble avoir des secrets.

Vous vous dites que c’est un thriller classique et sans surprise ? Bien au contraire, l’histoire réserve de nombreux retournements dont l’un que l’on ne voit vraiment pas venir et qui change complètement le sens de l’intrigue. Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte.

La nature est très présente et grosse surprise : il fait très froid en hiver. J’ai été étonnée par ces personnages qui grelottent dans leur anorak alors que j’associais plutôt ce pays à des chaleurs torrides qui déclenchent des incendies. Les tensions sociales entre insulaires et estivants sont bien décrites. La culpabilité et le deuil comptent parmi les thèmes principaux de ce roman vraiment surprenant.

Le style est très agréable et l’intrigue vraiment très bien ficelée, un grand bonheur de lecture. Au départ on pense avoir affaire à un thriller tout simple, mais les surprises vont s’enchaîner. Des indices sont semés tout au long de l’intrigue, mais de manière si subtile qu’on ne voit rien venir.

Un grand merci à Audiolib et Netgalley pour ce nouveau polar que je recommande chaleureusement.

#Lépouseetlaveuve #NetGalleyFrance !

La première foire de Silvio, d’Adeline Paulian-Pavageau

Je remercie Babélio et les Editions Bouinotté pour ce sympathique roman jeunesse gagné lors de la dernière MC. Il se déroule au treizième siècle, ce qui n’est pas fréquent pour les livres destinés aux jeunes.

Silvio, douze ans, vit à Florence et appartient à une prestigieuse famille de marchands d’étoffes et d’épices. Il multiplie les grosses bêtises, son dernier exploit a consisté à s’attaquer au fils des Bardi, une riche famille de banquiers qui domine la cité avec d’autres puissants. C’est une très mauvaise idée, le banquier veut le livrer à la justice qui ne plaisante pas avec ce genre d’affaires, mais son oncle Bartolomeo intercède et obtient une dernière chance pour son neveu, il l’accompagnera à la foire de Provins en Champagne (aujourd’hui en IDF). Le marchand doit accomplir une mission secrète dont il ne peut parler à Silvio, celui-ci a bien de la peine à se comporter en adulte et à prendre ses responsabilités. Les tensions avec son oncle sont fréquentes au fil des mésaventures du garçon, mais malgré tout, il continue à lui faire confiance. Dès le départ, les voyageurs se sentent épiés et menacés, on dirait que quelqu’un veut les empêcher d’accomplir leur mission secrète. A Provins, Silvio se lie avec Isabelle, la fille d’un autre marchand et Benoît, fils d’un sergent de la ville, des enfants de son âge. De nouvelles joies et d’autres difficultés les attendent.

J’ai beaucoup apprécié ce roman très bien écrit, les quelques termes inhabituels sont expliqués en notes de bas de page, ce qui permet une lecture fluide. Il est structuré en chapitres courts qui permettent aux jeunes lecteurs de rester concentrés. Il dépeint d’une manière accessible l’univers des marchands à l’époque des grandes foires médiévales, même s’il y a une légère édulcoration, de la justice notamment qui était bien plus impitoyable que ce qui en est dit.

Silvio et son oncle sont des personnages touchants et très réussis, tout comme Benoît et Isabelle. Batolomeo continue à faire confiance à son neveu même quand les apparences sont contre lui. Il essaie de lui inculquer le sens des responsabilités, ce qui n’est pas si facile à acquérir quand on n’a que douze ans. mais à cette époque, la vie était brève et il fallait grandir vite, on n’avait pas le luxe de « vivre son adolescence », même en étant issu d’une famille plutôt aisée comme les Grande.

Il y a du suspense et Silvio se démène pour trouver qui les persécute ainsi de mille façons, puis pour aider son oncle dans sa mission secrète. Il y a de nombreux rebondissements et l’intrigue est très bien ficelée. Il y a un message à l’intention des jeunes lecteurs pour leur démontrer l’importance de se comporter de manière responsable, même si aujourd’hui on n’en demande pas tant. Toute l’action repose sur Silvio et ses amis, les adultes ont un rôle secondaire dans l’histoire. Silvio et Bartolomeo sauront d’ailleurs se montrer miséricordieux à l’égard de leurs ennemis une fois démasqués. Et voici Silvio prêt à se comporter en adulte récompensé par le pardon du banquier.

L’univers médiéval est bien décrit et vraiment intéressant. C’est un excellent roman que je recommande chaleureusement, il m’a fait passer un très bon moment.

Délivre-nous du mal, de Chrystel Duchamp

Anaïs, une jeune auteure de polars est inquiète car sa soeur Esther a disparu sans emmener ni ses papiers ni son téléphone, mais surtout en enfermant son chat dans sa chambre sans eau ni nourriture. Elle est très attachée à son animal et Anaïs en conclut que c’est impossible qu’elle soit partie de son plein gré. Elle contacte son ami Thomas qui dirige la PJ de Lyon. Il se lance tête baisée dans cette enquête, même si tout indique une disparition volontaire, comme les adultes en ont le droit. Un peu plus tard, toute la brigade est mobilisée autour de la fille du préfet qui a aussi disparu, mais les deux enquêtes piétinent durant près d’un an jusqu’au moment où un photographe se rend dans une usine abandonnée et trouve une femme mutilée et pendue au dessus d’une cuve. Les cadavres s’accumulent tandis que Thomas doit faire face à de graves soucis familiaux.

J’avais beaucoup aimé les deux premiers thrillers de l’auteure, L’art du meurtre et Le sang des Belasko, ce polar est un gros cran en dessous. Chrystel Duchamp maîtrise mieux les codes du thriller psychologique que de l’enquête policière classique. Dans la forme, le roman commence de manière originale par trois petits prologues qui renvoient aux trois temps de l’enquête, en 2018, 2019 et 2020. Le style est fluide et agréable, même si j’ai parfois eu de la peine à suivre l’action au vu du grand nombre de protagonistes et du manque d’ordre chronologique. Si le final du précédent roman était juste incroyable, celui-ci ne m’a pas convaincue : Les victimes et la tueuse racontent leur histoire dans une sorte de lettre d’adieu. Il y a plusieurs rebondissements et les choses se mettent en place peu à peu.

Si j’ai trouvé le thème central, la violence faite aux femmes, très important et malheureusement toujours actuel, je pense que la vengeance délirante de la tueuse est complètement exagérée, sauf à en faire la plus grande tueuse en série de tous les temps. L’épisode du village d’Oingt est tiré d’un fait divers réel, mais sûrement largement amplifié, quant aux méfaits suivants, ils ne sont guère crédibles. D’ailleurs dans l’ensemble, je trouve que ce polar est assez peu crédible : Cinquante femmes se sont volatilisées sans laisser de traces, une secte s’installe dans un vaste domaine sans que personne n’en sache rien etc. Les dialogues manquent aussi nettement de crédibilité parfois.

La thématique des violences faites aux femmes est bien traitée, notamment le fait que la police peine à les croire. Bon dans le cas d’Esther, on les comprend, elle est incohérente, refuse les prélèvements (car elle a menti sur la date !) et finit par retirer sa plainte. Je me suis aussi étonnée que Thomas mette aussi long à comprendre les raisons de l’anorexie de sa fille, il est chef de PJ après tout et ne doit pas vivre au pays des Bisounnours. Dans l’ensemble, je trouve que ce polar manque de réalisme, c’est son plus gros point faible à mon avis.

C’est une lecture sympathique, un bon polar pour les vacances. Les deux premiers romans de l’auteure sont nettement meilleurs. Un grand merci à Netgalley et aux Editions de L’Archipel pour cette découverte. Le titre est jeu de mot et pas une référence au Notre-Père. Je suis impatiente de voir si l’auteure revient aux thrillers psychologiques.

#DÉLIVRENOUSDUMAL #NetGalleyFrance !

Argent sale, de Lee Child & Karin Slaughter

Je connais bien sûr ces deux auteurs, même si je n’ai pas encore eu l’occasion de les découvrir individuellement, dans tous les cas, leur collaboration est vraiment fructueuse. D’un côté Will Trent, un policier sur la piste du tueur qui a abattu un shérif vingt deux ans plus tôt. Le cold case a été rouvert et son suspect a été localisé parmi les ouvriers chargés de nettoyer et peser les lingots d’or de Fort Knox, Trent rejoint donc cette équipe sous une fausse identité. De l’autre côté Jack Reacher, son suspect qui semble avoir un mauvais projet en tête : Voler l’or ? Finalement les deux hommes devront collaborer et malgré la brièveté de ce roman, il nous réserve plusieurs rebondissements.

Le style est très agréable et fluide, il sait nous embarquer dans cet univers confiné où règne la corruption. L’intrigue se base sur une thèse complotiste très courante dans certains milieux. Si ce roman est vraiment très plaisant, il est trop court, l’intrigue aurait gagné à être plus développée, mais il semble que le but du livre est de narrer la rencontre de ces deux héros en eaux troubles et d’être le premier jalon d’une nouvelle série que je suivrai avec grand plaisir. Un livre court, mais très réussi à mon goût.

#ArgentSale #NetGalleyFrance !

L’horizon d’une nuit, de Camilla Grebe

Le troisième roman de cette auteure que je lis et le troisième coup de coeur. J’ai adoré ce thriller en version audio, avec deux narrateurs, Marie Bouvier pour les personnages féminins, Maria et Yasmin et Philippe Spitéri pour Samir, Vincent et Gunnar. J’ai déjà écouté et aimé ces comédiens dans d’autres romans. Ici aussi leur jeu est parfait pour nous transporter en Suède, ils savent transmettre les émotions des personnages sans en faire trop. Coup de chapeau tout particulier à Philippe Spitéri pour son interprétation très réussie de Vincent, un enfant trisomique de dix ans. Il sait le faire vivre sans le caricaturer, ce qui n’est pas facile.

Maria passe le week end avec des amies sur une ile de la région de Stockholm, mais au milieu de la nuit, elle reçoit un téléphone affolé de son mari Samir dont la fille Yasmin, dix-huit ans a disparu. Maria et Samir forment une famille recomposée heureuse, malgré les difficultés liées à l’adolescence de la jeune fille et du handicap de Vincent. Elle est enseignante et vit depuis toujours dans une banlieue aisée de la capitale suédoise tandis que son mari est un médecin français d’origine marocaine. Trois ans auparavant, il a perdu sa première femme, aussi suédoise et sa fille cadette dans un accident de la route. Yasmin est dévastée et il pense qu’un nouveau départ en Suède lui serait bénéfique, ils quittent donc leur pays et après quelques mois rencontre Maria c’est le coup de foudre immédiat et réciproque. La police retrouve les bottes et la veste de Yasmin tachées de sang avec une lettre d’adieu au bord d’une falaise et conclut au suicide, mais Samir ne peut y croire et cherche désespérément sa fille. Puis des indices dirigent l’enquête vers le père, n’aurait-il pas commis un crime d’honneur au vu du comportement de sa fille ? La vérité éclatera vingt ans plus tard lorsque de nouveaux éléments permettront à l’enquête de progresser.

C’est un excellent roman choral, les chapitres alternent les narrateurs et clarifient peu à peu l’intrigue. Le titre suédois « Tout le monde ment » est plus proche de la teneur du livre. Rien n’est vrai, en dehors de Vincent dans cette famille, le père et la fille se disputent sans cesse, Yasmin déteste Maria même si elle ne peut pas le dire franchement et la belle-mère n’en peut plus de son comportement provocateur, de son désordre etc. Maria fait tout pour être une Suédoise modèle. Samir avait une vision idéalisée de ce pays, mais en fait il y a aussi des militants d’extrême-droite, dont un fils des voisins et une xénophobie rampante. L’histoire débute en décembre 1999, bien avant les attentats du 11 septembre, mais il y a un violent sentiment anti-arabe qui se dévoilera au grand jour quand Samir est accusé d’avoir tué Yasmin.

Outre le fait de recenser les nombreuses difficultés que peut rencontrer une famille recomposée, ce roman nous livre une peinture peu reluisante de la société suédoise qui se révèle bien moins idyllique que sa réputation peut le laisser supposer. Ceci n’est pas très étonnant, car comme dit Pascal, qui fait l’ange fait la bête. Certes en 2000 le politiquement correct n’était pas aussi important qu’aujourd’hui, toutefois l’auteure nous montre qu’une société à laquelle on veut imposer un comportement parfait nourrit des démons secrets qui ne demandent qu’à être libérés lors de certains évènements, comme Samir en fera l’amère expérience. Au sein de la famille de Maria, les non-dits et un certain déni amèneront la catastrophe. Maria manque aussi d’objectivité dans son jugement sur les autres, elle mettra vingt ans avant de comprendre que Tom a bien changé depuis qu’elle le gardait enfant, son aveuglement sera aussi une cause du drame. Le thème de la culpabilité est très présent, chaque personnage a des choses à se reprocher et se punit de différentes manières qui embrouillent encore plus la situation. Vincent est champion en la matière, il sera mutique durant vingt ans jusqu’à la révélation finale.

Les personnages sont attachants, en particulier Vincent et Gunnar, mais les autres également. Le thème de la trisomie est très bien traité, montrant plus les capacités et qualités de Vincent que ses limitations. Il est bien intégré dans son environnement, mais là non plus, les réactions négatives de certains camarades de classe ne sont pas passées sous silence, même si la plupart sont bienveillants. J’ai beaucoup aimé Gunnar, qui est déjà apparu dans d’autres romans de l’auteure, mais ici l’accent est mis sur lui. Il se reconnaît comme un bon policier, mais souffre de ses failles. Il cache son lourd secret derrière une attitude de séducteur impénitent, mais très gentil, pas du tout macho. Il se lie à Maria au fil du temps et c’est à elle qu’il pourra confier ce qui le ronge. J’aime beaucoup le fait que les polars nordiques soient ancrés dans le quotidien des personnages, qu’on nous parle de leur vie et pas seulement de leurs actions. L’histoire est plutôt réaliste, c’est aussi un aspect appréciable.

La forme chorale donne un rythme intéressant et original à ce polar. C’est un grand coup de coeur pour moi et je remercie vivement Audiolib et Netgalley pour cette très belle lecture.

#Lhorizondunenuit #NetGalleyFrance !

L’affaire Lord Spenser

Claire est médecin dans un centre de santé public. Elle croise un homme dans un parc en promenant son chien et se fige : il a le même chapeau que son père disparu depuis vingt-six ans, mais surtout accusé du meurtre de la nounou et de tentative sur sa mère. Elle s’affole et se rend compte que ce n’est pas lui, il n’y a aucune ressemblance, mais elle replonge dans l’angoisse durant plusieurs semaines. La police essaie en vain de le localiser depuis toutes ces années, on l’a signalé aux quatre coins de la planète, mais il s’agit toujours de fausses pistes. Claire sait qu’il a bénéficié de l’aide de ses amis pour s’enfuir, elle les a tous filés durant des mois, mais sans succès. Comme si ce drame ne suffisait pas à lui pourrir la vie, son frère cadet, Robbie a sombré dans la dépendance au Tramal après un accident de sport deux ans plus tôt, son genou est guéri depuis longtemps mais il consomme de plus en plus de calmants, ce qui péjore sérieusement sa santé, mais il refuse absolument d’aller en cure de désintoxication.

Une fois sa crise d’angoisse passée, Claire décide de prendre enfin le taureau par les cornes et de retrouver son père, pour ne plus être piégée par ce passé dont elle n’a pas pu faire le deuil. Elle oscille entre voir cet homme comme un monstre capable du pire ou une personne qui a eu un accès de folie sans lendemain. Si sa mère était issue d’un milieu plutôt modeste, son père était un riche Lord, sa mère n’était pas acceptée par leurs amis et il l’ont fait passer pour une femme intéressée uniquement par l’argent, la procédure de divorce étant entamée au moment du meurtre. Pour mener l’enquête, Claire se lie avec Alice, la fille du meilleur ami de son père, soupçonné par la justice de l’avoir aidé à s’enfuir.

J’ai eu beaucoup de peine à entrer dans ce thriller au rythme très très lent et plutôt ennuyant. Claire n’est pas antipathique, mais pas attachante non plus. Quant à la fin, je l’ai trouvé très peu crédible. L’intrigue ne va pas révolutionner le genre, ce n’est pas un livre désagréable, mais j’en attendais plus.

Le thème du deuil est bien abordé, il y a tant d’interrogations sur l’acte de Lord Spenser que sa fille ne peut pas tourner la page. Elle est aussi révoltée par les privilèges des riches, il y a une forte critique de cet état de fait. Et quand on possède richesse et titre de noblesse, on devient presque intouchable car vos amis sont puissants et peuvent déjouer la justice du commun des mortels. Robbie est tombé dans la drogue de manière accidentelle et pas à cause de son père dont il ne garde aucun souvenir, il était encore bébé au moment des faits, voici au moins un écueil d’évité. La thématique de la toxicomanie est très bien abordée. Avec un rythme moins lent, ce thriller aurait été bien meilleur, de même si l’auteure ne se perdait pas dans autant de digressions qui n’ajoutent rien à l’intrigue.

Une lecture en demi-teinte à mon avis, il y a nettement mieux mais aussi nettement pire. Ce roman est tiré d’un fait divers réel. Un grand merci à Netgalley et aux Presses de la Cité pour ce thriller.

#LaffaireLordSpenser #NetGalleyFrance !

Le prince aux deux visages, de Gilbert Sinoué

Paul Savarus, un historien et son épouse Françoise, psychiatre, vont voir le film Lawrence d’Arabie en 1962 à Paris. Ils en sortent enchantés mais se font bousculer par un monsieur âgé et totalement irrité par ce film qu’il juge hollywoodien et complètement en dehors de la réalité, surtout qu’il dit avoir bien connu le héros en question. Les deux couples vont boire un verre pour discuter et se lient rapidement d’amitié. Alan est un archéologue retraité qui a bien connu Lawrence dans sa jeunesse. Même s’il n’a pas l’intention d’écrire un Xième livre sur le sujet, il a rassemblé tout un dossier. Il le transmet à Paul et celui-ci se prend immédiatement au jeu. Voici nos deux Français lancés dans une longue enquête sur le héros. Alan prétend que le premier manuscrit des Sept piliers de la sagesse n’a pas été perdu mais qu’il est encore caché quelque part, et surtout que le vrai Lawrence est très loin de l’image que les biographes et le cinéma en ont donné. Paul et Françoise rencontrent ainsi plusieurs témoins, il en ressort un dossier à charge très négatif pour Lawrence, les actes de bravoure et son implication dans la Révolte arabe serait dus surtout au hasard de l’Histoire et ses nombreuses failles personnelles sont mises en avant : masochisme, homosexualité non assumée, problèmes psychiques divers et variés.

J’ai eu beaucoup de peine à entrer dans ce roman. J’ai lu une biographie de Lawrence il y a fort longtemps et je n’en ai gardé en mémoire que les grandes lignes. J’ai l’impression que ce roman ne cherche pas à donner un éclairage véridique sur ce personnage mais juste à ternir sa réputation, ses actions positives sont amoindries et ses problèmes très détaillés, c’est une enquête à charge uniquement et je n’en vois pas vraiment l’intérêt. Il s’avère que tous les témoins interrogés ont des comptes à régler avec cet homme, qui en plus est un mythomane avéré, ce qui n’ajoute rien à l’objectivité du propos.

Les évènements du Moyen Orient avant et pendant la Grande Guerre sont très complexes, j’aurais apprécié une présentation plus détaillée et surtout chronologique. Selon les témoins, on saute du coq à l’âne et il se dégage une impression de manque de clarté et de fouillis. Finalement Paul trouve plus de questions non résolues que de réponses.

J’ai mis plus d’une semaine pour finir ce roman que j’ai trouvé indigeste. C’est le premier que je lis de Gilbert Sinoué et je compte en découvrir un deuxième pour voir si ma mauvaise impression s’efface. Normalement j’aime beaucoup les romans historiques, mais pour le coup, la rencontre n’a pas eu lieu.

#LEPRINCEAUXDEUXVISAGES #NetGalleyFrance !