Les heures rouges, de Leni Zumas

Tout d’abord un grand merci à Léa du Piccabo River Book Club et aux Editions Les Presses de la cité pour ce partenariat.

Il s’agit d’une dystopie. Dans un futur proche le nouveau président américain va promulguer une loi qui interdit l’avortement ainsi que la procréation médicalement assistée et l’adoption aux femmes célibataires dans le but de favoriser la famille traditionnelle. Dans une petite ville de l’Oregon, quatre femmes se battent pour leur liberté.

Il y a Roberta, professeure d’Histoire et biographe d’une exploratrice polaire du dix-neuvième siècle, elle est est stérile et veut absolument faire un bébé toute seule. Elle a déjà fait plusieurs tentatives d’insémination artificielle, elle espère de tout son coeur que la dernière sera la bonne, car à partir du 15 janvier cela sera interdit.

Susan est mariée et mère de deux enfants. Elle étouffe dans sa vie quotidienne et les tâches répétitives. Elle a renoncé à sa carrière d’avocate pour sa famille, mais elle est malheureuse et songe souvent au suicide et au divorce.

Mattie a quinze ans, elle est tombée enceinte accidentellement, ce qui compromet gravement son avenir. Pour elle aussi le temps presse, elle est déjà à douze semaines et il est devenu impossible d’aller avorter au Canada, il reste les cliniques clandestines.

Gin est une guérisseuse traditionnelle qui vit aux marges de la communauté et aide les femmes avec ses plantes et ses connaissances. Certains la considèrent comme une sorcière et elle se sent complètement rejetée par les habitants de la région. C’est le seul personnage du livre que j’ai trouvé sympathique et attachant.

Entre les chapitres, Roberta la biographe nous révèle la vie d’ Eivor Minervudottir, une exploratrice polaire que les conventions de son époque ont empêché de s’exprimer et d’être reconnue pour ce qu’elle était.

On suit le destin de ces cinq personnages qui se battent pour leurs droits.

Et maintenant vient le moment pénible de cette chronique : Ce livre était un cadeau et il est toujours difficile de dire qu’on n’a pas aimé un cadeau, mais je ne veux pas être hypocrite, j’ai vraiment détesté ce livre tant dans sa forme que dans son fond. Je ne dis pas que le livre est mauvais mais c’était une rencontre ratée pour moi. Cette lecture a vraiment été une corvée. Le fait que je ne partage pas du tout les opinions de l’auteure y est aussi sans doute pour beaucoup. Je ne vais pas m’étendre sur ce point pour ne pas polémiquer. Je n’aime pas rédiger des chroniques négatives, celle-ci ne prétend pas à l’objectivité, mais simplement à exprimer mon ressenti et j’avoue que ce livre m’a hérissée du début à la fin.

#PicaboRiverBookClub

Heures rouges

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Par accident, de Harlan Coben

Je vous emmène faire un tour dans le New Jersey avec le dernier livre d’Harlan Coben, un polar vraiment très réussi.

Nap Dumas est un enquêteur expérimenté à Westbridge et aussi un justicier à ses heures. Il s’occupe d’un refuge pour femmes battues avec son amie Ellie et n’hésite pas à envoyer des messages musclés aux conjoints brutaux, comme ce soir-là lorsqu’il brise la jambe de Tres avec une vieille batte de base-ball. Le grand drame de sa vie est survenu quinze plus tôt lorsqu’il avait dix-huit ans. Son frère jumeau Léo a été renversé par un train en compagnie de sa petite amie Diana et sa propre amie, Maura est portée disparue depuis ce jour. Les deux adolescents étaient ivres et sous l’effet  de diverses drogues, ils se seraient suicidés ou auraient joué à un jeu stupide le long des rails. Nap était un lycéen brillant qui pensait à sa futur carrière, à son hockey et à son avenir avec Maura, même s’il était très proche de Léo, il ne participait guère aux activités de sa bande de copains qu’il trouvait puériles. Depuis Nap est devenu inspecteur et continue à parler avec son frère, son meilleur ami et son mentor est Augie, capitaine de la police et père de Diana. Lorsqu’il est entré dans la police, Nap a introduit les empreintes digitales de Maura dans le fichier national, dans l’espoir de la retrouver, même si c’est contraire aux règlements.

Un soir, juste après avoir tabassé Tres, Nap reçoit la visite de deux inspecteurs de Pennsylvanie car les empreintes de Maura sont apparues sur une scène de crime. Lors d’un contrôle routier, un policier a été abattu, le tueur et Maura sont en fuite. Les policiers ont vite compris que les empreintes de Maura ont été introduites sans raison dans le système et somment Nap de s’en expliquer. Le policier tué est un camarade de classe de Nap qui faisait partie de la bande de Léo, Nap ne l’a plus revu depuis quinze ans. Les trois inspecteurs découvrent vite que Rex travaillait pour un avocat : Maura pousse des hommes en instance de divorce à boire et Rex les arrête pour conduite en état d’ivresse, ce qui permet à leurs épouses d’obtenir la garde des enfants. Toutefois il apparaît vite que Rex a été victime d’un tueur professionnel et non d’un père désespéré.

Nap ne comprend pas ce que Maura vient faire dans cette histoire et décide d’enquêter de manière plus approfondie sur la mort de Léo et Diana, il n’a jamais cru au suicide, mais peut-être qu’il y a autre chose qu’un jeu idiot qui a mal tourné. Ses amis Augie et Ellie le découragent de fouiller dans le passé, mais lorsqu’un autre ami de Léo disparaît à son tour, plus rien ne retient Nap qui va ouvrir la boite de pandore à ses risques et périls.

Ce polar est vraiment passionnant, l’intrigue avance rapidement et Nap est prêt à aller jusqu’au bout malgré tous les dangers. Nous découvrons l’envers du décor de cette petite ville si tranquille et surtout les secrets des années 1960/70, la guerre froide, puis les années marquées par le terrorisme. Le rythme de l’histoire est haletant et on ne peut lâcher ce roman avant son dénouement totalement inattendu. C’est un livre très agréable à lire, décidément la rentrée 2018 est vraiment un excellent cru où les coups de coeur s’enchaînent. Encore un super polar à ne pas manquer.

Un grand merci à Netgalley et les éditions Belfond pour ce partenariat

#HarlanCoben #NetGalleyFrance

Par accident

Challenge Polar de Sharon N°33

La petite fille du phare, de Christophe Ferré

Un grand merci aux Editions L’Archipel pour ce partenariat très apprécié comme toujours. Un gros coup de coeur pour ce thriller formidable que je recommande chaleureusement.

Morgane, une peintre bretonne va retrouver son mari dans un bar après s’être promenée une heure au bord de la mer pour observer ses couleurs. Elle a laissé Gaela, son bébé de dix jour sous la surveillance de son frère Arthur âgé de treize ans. Elouan a passé le début de soirée à parler avec un ami pêcheur. Vers vingt-deux heure, le couple rentre à la maison et découvre avec horreur que le bébé a disparu. La gendarmerie et la police scientifique ratissent la maison et les environs immédiats, mais on ne trouve aucune trace de Gaela. Arthur dit s’être endormi et n’avoir rien entendu d’anormal. Comme le bébé n’est toujours pas retrouvé au bout de trois jours et qu’il n’y a eu aucune demande de rançon, le juge d’instruction Ornano pense qu’elle est morte, c’est le début d’une grande enquête dans toute la région. Les Kergoat sont brouillés depuis des années avec leur voisin John, qui affirme avoir vu Morgane transportant un bébé dans un sac le soir du drame, elle dit avoir rencontré une dame avec un chien sur le chemin, mais personne ne la connaît. Tout semble désigner Morgane qui n’a aucun alibi, il n’y a aucune trace d’effraction. Les apparences se fissurent, les Kergoat ne sont pas le couple modèle que l’on croit.

Puis au bout de quatre semaines, Gaela est retrouvée sur la plage devant chez elle par une joggeuse.  Arthur affirme que le bébé n’est pas sa petite soeur, de plus Morgane est la seule à avoir vu la sportive, les avis de recherche ne donnent rien. Les rebondissements se succèdent mais le piège se referme peu à peu sur Morgane jusqu’au dénouement totalement inattendu.

Morgane est un personnage attachant et même si son comportement est parfois tout à fait irrationnel, mais on peut mettre cela sur le compte de son stress et de son angoisse. Elle se sait innocente pourtant tout l’accable et elle voit la situation lui échapper complètement, personne ne la croit, elle reçoit des lettres anonymes, elle ne peut plus se confier à personne. La solitude et l’incompréhension la détruisent peu à peu. Il y a plusieurs invraisemblances toutefois, notamment l’attitude la la journaliste Léa, mais on peut les mettre sur le compte du désespoir qui accable la jeune mère. On voit l’histoire par ses yeux et elle n’est pas toujours très lucide. La situation de cette innocente broyée par la justice est effrayante.

Les paysages et les traditions bretonnes sont très présent, les Côte d’Armor sont un des personnages du roman. Les descriptions sont très vivantes et nous font voyager dans ce magnifique pays. On y découvre les rochers, la faune et surtout la mer avec ses couleurs magiques.

J’ai beaucoup aimé ce thriller qui sera un de mes coups de coeur de l’année.

Petite fille du phare

challenge polar

Challenge Polar de Sharon N°32

La rivière de l’oubli, de Cai Jun

Tout d’abord un grand merci à Netgalley et aux éditions XO pour ce partenariat très apprécié.

Shen Ming est un jeune professeur de littérature et de chinois dans un prestigieux lycée, il est très apprécié de ses collègues et des élèves. Il va bientôt épouser Gu Quishia, fille d’un président d’université et savant respecté. Tout semble aller pour le mieux dans sa vie, mais cela ne va pas durer longtemps. Depuis quelque temps des rumeurs circulent sur son compte, il serait un enfant illégitime, ce qui est une grave tare en Chine et surtout il aurait une liaison avec une élève, laquelle est retrouvée empoisonnée  peu avant l’examen d’entrée à l’université. Shen Ming est arrêté, puis rapidement relâché faute de preuve. Mais le soupçon et la rumeur font leur oeuvre, il est licencié et chassé du lycée. Sa fiancée et son futur beau-père ne l’aident pas. Désespéré Shen Ming tue le censeur du lycée puis se rend dans une zone malfamée surnommée La zone de la Démone. Il se fait poignarder à son tour sans avoir vu son agresseur. Il se retrouve dans l’au-delà, sur le point de franchir la rivière de l’oubli après avoir mangé la soupe de Mengpo, qui permet d’oublier sa vie passée pour se réincarner. Il vomit la soupe. Nous sommes le 19 juin 1995.

Dix ans plus tard, Gu Quishia est mariée avec avec Lu Zhonguye, un homme qu’elle n’aime pas et qu’elle castre chimiquement à son insu. Sa famille est devenue très riche et se trouve à la tête d’un groupe éducatif prestigieux. Lors d’une tournée d’inspection dans une école primaire elle rencontre Si Wang un enfant de dix ans à l’intelligence hors norme qui lui récite les mêmes poèmes que Shen Ming autrefois. Les professeurs n’ont jamais vu son génie, mais la jeune femme s’entiche de l’enfant qu’elle désire adopter. Si Wang s’intéresse beaucoup au meurtre non résolu du professeur.

C’est le début d’une longue enquête jalonnée de fantômes, de meurtres et de personnages réincarnés. Si Wang se lance sur les traces de son assassin, puisqu’on comprend vite qu’il est le fantôme de Shen Wang. Il y a de nombreux rebondissements et surtout un dénouement complètement inattendu qui surprendra tout le monde, y compris Si Wang.

J’ai beaucoup aimé ce livre entre thriller et fantastique à la conclusion surprenante. L’écriture est très fluide, du moins la traduction, et vraiment agréable à lire. On y découvre de nombreux poèmes chinois classiques et surtout le système de croyance chinois traditionnel.  L’auteur joue avec les possibilités de la réincarnation, il y a presque plus de fantômes que de personnages vivants dans le livre. La vision chinoise du fantôme n’est pas la même que la nôtre et le livre n’est jamais sinistre malgré les crimes qui s’y passent. L’histoire de Mademoiselle Cao et de Yi Yu est très touchante, une histoire d’amour qui dépasse la mort.

Par contre je n’ai pas eu l’impression que ce livre était dans le style de Stephen King, ça c’est plutôt un argument marketing. Mais ce n’est pas grave, on a rarement l’occasion de pénétrer ainsi dans la culture chinoise et ce voyage est vraiment passionnant. Il y a beaucoup de personnages, mais on s’habitue vite à leurs noms et on n’en est pas gêné.

Je recommande chaleureusement ce thriller fantastique vraiment original.

#LaRivièreDeLoubli #NetGalleyFrance

Rivière de l'oubli

challenge polar

Challenge polar de Sharon N°31

 

Au loin, de Herman Diaz

Tout d’abord un grand merci aux Editions Delcourt pour ce livre gagné lors de l’opération Les matchs de la rentrée de Rakuten. J’ai reçu le livre que je préférais sur la sélection proposée et j’en suis ravie. Etant en ce moment dans une phase de découverte de la littérature américaine (hors polar), ce roman, finaliste du prix Pulitzer m’a particulièrement intéressée.

On y suit l’histoire bouleversante d’Hakan. Ses parents sont de pauvres paysans suédois, grâce à une ruse, ils arrivent à payer le voyage en Amérique à leurs deux fils Linus et Hakan, alors encore presque des enfants. Ils doivent aller tenter leur chance à New York. En Angleterre les deux frères sont séparés accidentellement. Hakan ne retrouve pas son ainé et s’embarque sur ce qu’il croit être le bon bateau, mais ce dernier va à San Francisco. On est en plein dans la période la ruée vers l’or (1848-1856), Hakan est perdu et désespéré sans Linus, les Brennan, des prospecteurs irlandais le prennent sous leurs ailes. Hakan veut remonter à l’est car il est sûr de retrouver Linus à New York, mais il accepte d’aider la famille Brennan dans sa quête. La prospection est difficile et James s’éteint peu à peu jusqu’à ce qu’il trouve un filon de qualité. Mais au lieu d’en être heureux et de s’épanouir, il devient à moitié fou et se fait voler sa mine par les habitants de la « ville » voisine, Hakan se fait enlever et restera un an prisonnier de la patronne d’un saloon qui veut un jouet sexuel. Il s’échappe et connaîtra d’autres aventures, il rencontrera des hommes mauvais qui veulent le tuer, mais aussi quelques personnages lumineux qui donneront du sens à sa vie : un naturaliste, un vieil Indien et surtout son ami Asa.

Sa vie connaîtra aussi un grand drame qui le poussera loin des hommes. Hakan passe la plus grande partie de sa vie dans la nature, il ère dans les déserts et les grandes plaines du sud des Etats Unis durant des années, même des dizaines d’années. Il a le projet de remonter la piste en sens inverse des caravanes de pionniers pour aller à New York retrouver Linus, mais sa peur des hommes le pousse à rester caché loin d’eux.

La plus grande partie du roman se passe dans la nature et décrit les états d’âme du héros, qui se sent perdu et étranger à l’humanité. Il ne sait pas l’anglais, ne sait pas son âge, ni combien de temps durent ses voyages. Le style de l’auteur suit ces sentiments pour nous faire entrer dans l’esprit d’Hakan, ce qui est très déroutant pour le lecteur. Devenu assez âgé, Hakan se réfugie dans une sorte de terrier qu’il creuse et agrandit sans cesse durant des années, il vit une routine totale qui est signalée par des répétitions des mêmes passages dans ce chapitre. La nature est rude et inhospitalière, y survivre est un effort de tous les instants, mais elle est moins implacable que les hommes de l’ouest.

Diaz explore la solitude des migrants et leur sentiment de n’être jamais au bon endroit. Il y a à la fois de L’étranger de Camus et Du désert des Tartares de Buzzati dans ce roman surprenant et très réussi. Beaucoup de livres présentent l’envers du rêve américain, mais ici on est carrément dans l’envers des mythes fondateurs de la conquête de l’ouest. La fin est aussi tragique, Hakan a renoncé à se rendre à New York au moment où il a compris que trop de temps a passé et que Linus a définitivement disparu dans un passé inaccessible.

Il s’agit d’un très beau roman que je vous recommande chaleureusement.

#MRL18 #Rakuten

Au loin

Le retour d’Arsène Lupin, de Frédéric Lenormand

Tout d’abord un grand merci aux Editions du Masque et à Netgalley pour ce partenariat très sympa.

Cette nouvelle aventure du grand Arsène est vraiment très réussie. Certaines personnes n’aiment pas les pastiches ou les suites de romans célèbres car elles craignent d’être déçues par un livre qui ne serait pas à la hauteur de l’original. Aucun risque avec ce polar signé Frédéric Lenormand, le pari est gagné haut la main, aucun risque d’insatisfaction. C’est un polar très réussi et plein d’humour à ne pas manquer.

Le commissaire Ganimard, l’ennemi d’Arsène l’arrête suite à un vol de bijoux, mais le roi des cambrioleurs lui fausse vite compagnie. Il entreprend une thérapie avec un psychanalyste pour guérir de son addiction au cambriolage. Son médecin lui interdit toute activité malhonnête durant la cure et lui demande de financer son traitement avec de l’argent propre. Arsène ouvre une agence de détective privée qui va lui servir de couverture. L’un de ses clients est un policier à la recherche d’Arsène Lupin et qui ne se doute pas à quel point il est proche de son gibier, ce qui donne lieu à des quiproquo très amusants.

Une riche veuve s’est fait cambrioler une perle noire d’une valeur inestimable, elle convoque une assemblée de détectives privés pour leur confier la mission de retrouver le bijou. Arsène, sous le nom de Jim Barnett, est le seul à comprendre que le vol est fictif et que la pierre est cachée dans le foulard de la veuve. Par contre il lui apprend que son tableau de Delacroix est un faux. La femme lui demande de retrouver le vrai et lui dit qu’elle s’inquiète du fait que son fils est amoureux d’une danseuse de cabaret allemande du nom de Greta, qui ne s’intéresse sûrement qu’à son argent.

Arsène se lance dans une enquête à rebondissements qui réserve bien des surprises aux lecteurs. Comme toujours les plus méchants ne sont pas ceux qu’on croit. Nous visitons le Paris interlope de la Belle époque, des meublés miteux aux palaces, des boites de nuit louches au Bateau-Lavoir, nous rencontrerons Mata-Hari, Picasso et bien d’autres personnages fictifs dans un polar au rythme endiablé dans lequel on ne s’ennuie jamais.

L’écriture est très belle, le vocabulaire et le style très riche. Surtout il y a beaucoup d’humour et de jeux de mots qui rendent le livre très amusant, et ce nouvel Arsène bien plus sympathique que le vrai de Maurice Leblanc. Pour moi ce livre est de mes coups de coeur de l’année, très distrayant et agréable à lire. J’ai passé un excellent moment et je vous le recommande chaleureusement.

#LeRetourDarsèneLupin #NetGalleyFrance

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challenge polar

Challenge polar de Sharon N°30

L’or de Malte, de Jacques Sudre

Tout d’abord un grand merci à Babélio et aux Editions de l’Harmattan pour ce roman reçu lors de la dernière opération Masse critique.

Il s’agit d’un polar historique qui nous présente la deuxième enquête du colonel Louis de Sallanches, ingénieur géographe au service de Napoléon, qui se passe au printemps 1807. L’histoire commence avec l’assassinat du tsar Paul 1er en Russie. Louis est à ce moment en convalescence au château familial en Savoie après avoir été blessé lors d’un combat en Pologne. Son ami Pierre Grégoire, agent de Fouché, le terrible ministre de l’intérieur, est en voyage pour Genève afin d’enquêter sur le meurtre du banquier suisse Perregaux, il s’arrête à Sallanches pour apporter les dernières nouvelles de l’empire au colonel. Ce dernier se sent mieux et commence à s’ennuyer avec sa famille qui s’occupe surtout de musique depuis la révolution. Le fait que le banquier suisse a été assassiné est un secret d’Etat, il a été torturé puis achevé, mais pour Fouché il ne s’agit pas d’un crime de droit commun. Le personnage était sulfureux et Grégoire est chargé d’apprendre ce qui se cache derrière ce meurtre.

Louis propose à Grégoire de l’accompagner, leur première étape les mène à Genève chez les cousins du colonel. A peine sont-ils arrivés qu’un deuxième banquier est assassiné, l’associé de Perregaux. Des indices semblent relier les trois crimes entre eux et à l’ordre de Malte. Nous suivons les péripéties du voyage de nos enquêteurs de Genève à Corfou en passant par le Mont Blanc et Rome.

Les chapitres sont courts et très bien documentés. L’intrigue se mêle à l’histoire, comme dans tout bon roman historique. On découvre la vie de l’époque à travers ces personnages hauts en couleur, dont la plupart ont bel et bien existé. Le chapitre sur le Mont Blanc et les débuts du tourisme alpin est vraiment passionnant. Il y a quelques rebondissements, mais le livre se présente comme un roman historique et non un polar. Il ne faut donc pas s’attendre à une intrigue aussi complexe que chez Jean François Parot ou Jean Christophe Portes, dont les polars se situent quelques années avant (fin de la monarchie et début de la Révolution). L’intrigue est ici plus linéaire et l’auteur veut nous faire découvrir la vie à l’époque au travers de ces évènements fictifs présentés dans un cadre historique réel. Tout ceci rend la lecture de ce livre très agréable.

Et j’aimerais tellement pouvoir arrêter ici ma chronique, car j’apprécie énormément les opérations Masse critique qui me permettent de découvrir des livres et des auteurs que je n’aurais sûrement pas lus autrement, j’admire les écrivains et leur travail, c’est pourquoi je déteste dire du mal des livres si généreusement offerts, pourtant ce ne serait pas honnête de ma part de ne pas mentionner les défauts de ce livre que j’ai par ailleurs beaucoup aimé.

Il y a plus d’une coquille et faute d’orthographe ou de grammaire, ce qui est gênant. Par exemple « il ce mi » pour il se mis, » Elisabeth regardèrent » et d’autres du même tonneau. Certaines modifient même le sens du livre. Ainsi il est dit deux fois que le banquier Perregaux (sans é dans la réalité) vient de Neufchâtel, pourtant c’est un banquier suisse. L’auteur, comme souvent, confond Neuchâtel en Suisse et Neufchâtel en Normandie, ce n’est vraiment pas le même endroit.

Comme dans tout roman historique, les personnages fictifs et les personnages réels sont mélangés, toutefois je trouve gênant que les données concernant les personnages historiques soient fausses. Ainsi le banquier Perregaux n’est pas mort en 1807, mais en 1808.

Ce qui m’a le plus dérangé et irrité, c’est le mépris non dissimulé avec lequel l’auteur traite la Suisse et les Suisses dans ce livre. Rappelons-le, à ce moment la Suisse est occupée par les armées françaises. Jacques Sudre parle de Martigny, ville valaisanne où Grégoire n’a jamais vu autant de crétins (maladie liée au manque d’iode). Lors du séjour à Genève des héros, le soldat de la garde municipale est présenté comme un alcoolique, tout comme les gardiens de la banque qui n’ont pas su défendre leur établissement visité la nuit de l’assassinat du banquier l’Etoile (personnage fictif). Et le sommet est atteint lorsqu’on nous présente le numéro deux de cette grande banque internationale comme un esprit lent qui ne sait que répondre à l’interrogatoire de Grégoire et que Louis doit aider. Et bien non, même au début du dix-neuvième siècle, les dirigeants des grandes banques suisses n’étaient pas des attardés mentaux ni des crétins des Alpes. Et les protestants sont aussi méchamment égratignés. En tant que que protestante suisse, j’ai détesté ce côté méprisant, une sorte de syndrome Banania je suppose !

L’auteur tire aussi de nombreux parallèles avec notre époque sous forme de traits humoristiques (la mariage pour tous, le code pin etc). Cela ne sert pas à rendre son propos plus clair et je n’ai pas goûté ces traits et ces anachronismes qui n’apportent rien au texte.

Ceci dit, je suis contente d’avoir lu ce livre. Très souvent dans ce type de fiction, les auteurs démêlent rapidement le vrai du faux à la fin du roman (Steve Berry, Jean Christophe Portes et bien d’autres), j’ai regretté qu’un petit chapitre de ce genre ne termine pas ce roman, cela aurait été un plus appréciable.

Malgré ces critiques, ce livre est un agréable roman historique.

Or de Malte

challenge polar

Challenge Polar de Sharon N°29