Le portrait brisé, d’Alice Quinn

Il s’agit du deuxième tome de cette trilogie de polars historiques se déroulant à Cannes à la fin du dix-neuvième siècle. Nous retrouvons avec plaisir Lola, Miss Fletcher et Maupassant quatre ans après la fin de La lettre froissée. Lola cherche toujours un riche protecteur, elle a beaucoup d’amis, mais n’est pas acceptée dans la bonne société où elle aimerait tant s’intégrer. De plus la crise financière sévit et complique d’autant sa situation. Les faillites se multiplient et le banquier Cousin en est le seul bénéficiaire, il devient de plus en plus riche et détesté par ses victimes. Lady Sarah demande à Lola de récupérer un document compromettant chez lui, elle a spéculé alors qu’elle n’avait pas le droit d’utiliser sa dot et craint la vengeance de son mari. Lola, Miss Fletcher et Anna se rendent chez le banquier, qui tombe immédiatement sous le charme de la jeune fille. Celle-ci comprend comment Lola gagne sa vie et se révolte. Quelques jours après, le banquier est assassiné et Anna accusée du meurtre. Les trois amis ne peuvent croire à sa culpabilité et se lancent aux trousses du véritable assassin. Par ailleurs, Hervé, le frère de Maupassant sombre peu à peu dans la folie et Guy, lui-même très éprouvé par de terribles migraines, doit lui chercher un établissement de soins. Cela tombe bien, il y a à Cannes une clinique réputée tenue par le docteur Vidal et financée par le banquier Cousin. Mais en y regardant de plus près, les trois amis s’aperçoivent que ce médecin est loin d’être irréprochable.

Ce roman est très agréable à lire et l’auteure a une très belle plume. Les mots locaux ou peu courants sont expliqués en fin de chapitre. Le contexte est vraiment très bien rendu et on se sent vraiment plongé dans la Belle Epoque cannoise. Toutefois je trouve que l’intrigue est moins riche et moins élaborée que dans le premier tome, même si l’identité de l’assassin est inattendue jusqu’à la fin. Les personnages sont toujours aussi attachants, en particulier Lola et Rosalie. L’hypocrisie de la bonne société y est aussi très bien dépeinte, la grande majorité des hommes connaît Lola, mais elle est traitée comme une pestiférée en public, le gros lot revenant au père d’Eugène lors de la cérémonie en l’honneur des soldats tués à Madagascar. Guy de Maupassant fait le lien entre les différentes couches de la société, il peut aller où il veut, toutefois il a aussi sa vie secrète et sa famille cachée.

A part la crise financière et ses ravages, encore pire à l’époque que maintenant vu l’absence de filet social, le thème principal du roman est la psychiatrie et ses débuts difficiles. En 1888, cette science est encore balbutiante et les malades servent de cobayes à des médecins pas toujours très compétents, à l’instar du Dr Vidal du roman. Il traite ses malades avec des bains froids et une thérapie basée sur l’électricité, malheureusement ces méthodes inhumaines dureront très longtemps, jusqu’à ce que la recherche en pharmacie fasse des progrès notables. On ne connaissait pas les différentes maladies mentales et on mélangeait tout le monde. En dehors de vrais malades, ce type d’établissements hébergeait de nombreuses personnes qui dérangeaient leur milieu par leur comportement, à l’instar de Lady Sarah, internée par son mari pour avoir voulu toucher à sa dot.

Le roman insiste toujours sur l’oppression subie par les femmes, les plus pauvres ayant le choix entre de durs travaux et la prostitution, plus ou moins haut de gamme. Si Lola peut sembler assez privilégiée et libre malgré le rejet de la bourgeoisie, de nombreuses femmes exercent dans les maisons de passe dans des conditions déplorables. Des policiers corrompus en profitent et la hiérarchie trouve tout à fait normal que des agents abusent de femmes dites vénales, qui n’en sont pas à ça près à leurs yeux. Et dans la haute société, on peut toujours faire interner sa femme et profiter tranquillement de sa dot en toute impunité. On voit toujours le chemin qu’il reste à parcourir pour arriver à une vraie égalité homme/femme, mais pour une fois apprécions les progrès réalisés en un peu plus d’un siècle.

De nombreux artistes sombraient dans la folie à l’époque et on ignorait que c’était le dernier stade de la syphilis. La famille Maupassant, comme d’autres écrivains y a payé un lourd tribut. Je suis étonnée de la tolérance de la société de l’époque vis à vis de cette maladie, on est à des années-lumières de la dictature sanitaire qu’on vit en ce moment, ou même du rejet qu’a engendré l’épidémie de sida un siècle plus tard. On dirait que tout le monde ignorait la maladie et multipliait les partenaires. Sous des dessous très policé, cette société vivait dans la débauche et personne ne semble prendre conscience de l’étendue de la catastrophe. Vu le nombre de célébrités qui en sont morts, on peut penser que le degré de contamination de l’ensemble de la population était très élevé. Même Lola, pourtant futée, ne semble pas du tout consciente des risques encourus, alors que la tuberculose faisait figure d’épouvantail.

J’ai préféré le premier tome de la trilogie, même si celui-ci m’a aussi beaucoup plu. Je vais directement enchaîner sur le troisième. Un grand merci à Netgalley et Amazon pulblisher pour ce beau moment de lecture.

#LePortraitBrisé #NetGalleyFrance

Le dard du scorpion, de Preston & Child

Le printemps nous apporte chaque année du soleil et un nouveau roman de mes auteurs préférés. J’ai lu tous leurs livres et je ne m’en lasse jamais. Un grand merci à Mylène, des Editions de l’Archipel de m’avoir permis de découvrir ce livre en avant première. Une fois de plus j’ai été enchantée de ce voyage aux USA. Il s’agit du deuxième tome de la nouvelle série dont les enquêtrices sont Corrie Swanson et Nora Kelly, avec une visite dans le dernier chapitre de ce cher inspecteur Pendergast qui vient apporter ses lumières.

Toujours aussi peu sûre d’elle-même,Corrie est insatisfaite de sa réaction lors d’une prise d’otages, même si son chef essaie de la rassurer. On vient de découvrir un cadavre momifié dans une ville fantôme sans qu’on sache s’il s’agit d’un meurtre ou d’un accident. Comme le shérif Watts a surpris un trafiquant d’antiquité en train de déterrer le corps sur une terre fédérale, l’enquête est confiée au FBI et à Corrie, qui y voit une punition pour son tir mal ajusté lors de la prise d’otages. Elle doit collaborer avec le shérif et l’entente est immédiate entre les deux jeunes gens, qui détonnent autant l’un que l’autre dans leur service, par contre l’ambiance est nettement plus difficile avec d’autres collègues du FBI sexistes, ce qui donne lieu à quelques scènes pas tristes. Corrie est spécialiste en anthropologie judiciaire, mais pas en exhumation de cadavres. Pour ne pas abimer le corps à demi enterré, elle fait appel à l’archéologue Nora Kelly avec qui elle a déjà fait équipe dans Tombes oubliées. Nora hésite car son chantier n’est pas fini et elle attend une promotion à l’institut de Santa Fe, mais comme on a trouvé un vieille croix espagnole à côté du corps, elle accepte et se prend vite au jeu. Voici nos trois héros lancés sur la piste de chasseurs de trésors pas nets du tout pour notre plus grand plaisir.

Les romans de Preston & Child suivent toujours des schémas proches, mais ce n’est pas gênant du tout. L’écriture est fluide et les pages se tournent toutes seules. Une fois de plus, je me suis complètement immergée dans l’histoire qu’ils nous racontent. L’enquête est intéressante, il y a du suspense et surtout nous en apprenons plus sur l’archéologie américaine, l’histoire du Nouveau Mexique, la révolte pueblo et la culture amérindienne. Les auteurs savent doser les éléments historiques et scientifiques sans lourdeur et en les intégrant parfaitement à l’enquête. Il n’y a ni longueur ni temps mort, ni aucune minute d’ennui dans ce polar vraiment très agréable. Les fans retrouveront des personnages récurrents avec des notes en fin de chapitre pour découvrir leurs premières aventures si on ne les a pas encore lues. Pour les lecteurs fidèles c’est très agréable de découvrir de nouvelles facettes de ces héros qui nous accompagnent depuis des années. Les auteurs savent se renouveler et nous faire aussi visiter des aspects peu connus de l’histoire américaine. Le fond historique est beaucoup plus important dans cette nouvelle série que dans celle consacrée aux seules aventures de Pendergast.

Les personnages sont très bien campés et originaux. Corrie est peu sûre d’elle et plutôt parano, elle cherche sans cesse l’approbation de son chef. Elle est aussi colérique et ne se laisse pas faire par ses collègues sexistes, ce en quoi elle a bien raison. Nora a plus d’expérience, mais aussi un caractère bien trempé et les tensions ne manquent pas entre les deux femmes qui n’hésitent pas à se disputer. J’ai beaucoup aimé le personnage du jeune shérif, tout droit sorti d’un western et qui fait une belle paire avec Corrie, j’espère le retrouver dans un prochain épisode..

Comme toujours avec Preston et Child, un coup de coeur pour moi et je vous encourage à découvrir ce polar très prenant avec une intrigue originale dans une région pas très connue.

La lettre froissée, d’Alice Quinn

La découverte de cette trilogie est un coup de coeur. J’avais les tomes 2 et 3 dans ma PAL depuis l’an dernier, je dois d’ailleurs lire le deuxième opus prochainement dans le cadre d’un challenge sur notre forum, du coup j’ai décidé de commencer par le début et cette lecture m’a enchantée.

Alice Quinn nous plonge en 1884, à Cannes, dans la Belle Epoque, en fait pas si belle pour tous ceux qui ne sont pas des privilégiés. Miss Gabriella Fletcher of Ramsey est une aristocrate anglaise désargentée, elle vient d’être renvoyée par Lady Sarah, sa patronne et surtout amante, qu’un corbeau a menacé de révéler sa liaison homosexuelle. La peur du scandale étant bien plus forte que l’amour, elle n’a pas hésité une seconde. Miss Fletcher se retrouve en bien triste posture et tente de se suicider, mais elle s’accroche finalement à une annonce vue sur le journal qu’elle prend comme un signe du destin : On engage une gouvernante à la villa des Pavots. C’est ainsi qu’elle est embauchée par Mademoiselle Lola, une courtisane qui veut apprendre les bonnes manières. Lola vient de se faire quitter par son amant, un fils de bonne famille qui l’entretenait et dont les parents sont intervenus. Elle perd sa rente et la maison est vendue à un de ses amis qui pensait l’acheter avec les meubles. Lola n’aime pas Philémon et se rebiffe, elle va chercher un moyen de devenir indépendante financièrement. Maupassant vient lui annoncer la mauvaise nouvelle, mais essaie aussi de l’aider en lui permettant d’assister à des soirées de la bourgeoisie cannoise. C’est en rentrant d’un spectacle qu’ils tombent tous les deux sur le corps de Clara dans le jardin de l’Hôtel Beau Rivage, elle y était femme de chambre. Lola est bouleversée par la mort de son amie d’enfance et surtout par le fait que la police et le directeur de l’établissement font tout pour étouffer l’affaire. Elle est sûre que ce n’est pas un accident et décide de mener l’enquête avec l’aide de Miss Fletcher et de l’écrivain. On suit les péripéties de ces trois personnages qui se démènent pour découvrir la vérité sur la mort de Clara et sur celles de plusieurs orphelines, qui vivent dans des conditions terribles à côté de la villa, tandis que Lola essaie de trouver de l’argent pour vivre et faire vivre tout son petit monde.

Ce polar historique est une grande réussite, l’intrigue est très bien ficelée et malheureusement très vraisemblable. Le style est très fluide et agréable, les pages se tournent toutes seules, il n’y a pas de longueurs, de très nombreux rebondissements, sans oublier un dénouement qu’on ne voit pas du tout venir, bref un excellent polar. Il s’apparente aux cosy mystery, il est peu violent, même s’il commence par l’assassinat de Clara. L’aspect historique est très documenté et l’auteure nous donne de nombreux renseignements sur la ville de Cannes à la Belle Epoque dans l’annexe. Comme je ne connais pas du tout cette région, j’avoue que ça m’est passé un peu au-dessus de la tête, mais les descriptions dans le livre ne sont jamais lourdes et l’aspect régional passionnera ceux qui connaissent la contrée, c’est vraiment un plus dans les polars.

Les personnages sont très intéressants, en particulier les deux héroïnes qui se partagent l’enquête, elles n’ont pas leurs entrées dans les mêmes milieux et sont complémentaires. J’ai une petite préférence pour Lola, qui est moins transparente que Miss Fletcher. Cette dernière est plutôt coincée dans les conventions et elle ne veut pas fréquenter certaines soirées, elle a l’impression de déchoir, son côté pessimiste et très centré sur elle-même est aussi un peu lassant. Lola est au contraire une femme lumineuse, elle ne pense pas qu’à soi et ne se laisse pas décourager par les circonstances, c’est une battante habitée par une idée de justice. Elle a connu la pauvreté et est prête à tout pour accéder à une vie meilleure, en particulier vendre son corps. Elle sait manipuler les hommes et aussi parfois Miss Fletcher dont elle a vite compris qu’elle était tombée amoureuse d’elle.

Le thème de l’homosexualité est très présent, en particulier du côté féminin, mais pas que. Toutefois à l’époque c’était complètement tabou et caché. Les moeurs étaient parfaitement hypocrites, en particulier dans la bonne société, on se rendait dans des maisons de rendez-vous pour des rencontres tarifées, même les dames de la haute société se prostituait à l’occasion pour s’offrir des bijoux ou des vêtements si leur mari était pingre, car les femmes mariées n’ont pas accès à l’argent de leur dot.

L’autre thème est la condition des femmes, en particulier des plus humbles. Elles avaient le choix entre des travaux pénibles et la prostitution. Elles subissent de plein fouet la violence des hommes. Pour les privilégiés elles ne sont que des objets et leur sort n’intéresse personne, ainsi Lola s’est fait violer enfant et les orphelines meurent dans l’indifférence générale. La belle vie n’est réservée qu’aux riches et aux aristocrates qui viennent passer l’hiver dans le Midi. Maupassant fait la liaison entre les différents milieux.

J’ai beaucoup aimé ce livre et je découvrirai les deux autres très prochainement avec plaisir.

MotherCloud, de Rob Hart

Bienvenue à MotherCloud, une entreprise de commerce en ligne qui a supplanté tous les autres commerces des USA et pratiquement du monde entier, toute ressemblance avec Amazon, Alibaba ou d’autres sites n’est pas fortuite, évidemment. Rob Hart nous présente un futur tellement proche que nous pouvons le toucher du doigt, tout y semble si réaliste et vrai, hormis la crise climatique, qui est bien plus avancée dans le livre que dans la réalité, mais si nous continuons ainsi, nous y courons.

Nous suivons trois protagonistes : Paxton, un ancien gardien de prison, qui a crée son entreprise avant de se voir ruiner par MotherCloud et qui n’a d’autres possibilités que d’y postuler, Zinnia, une gentille fille qui est en réalité une espionne industrielle chargée d’étudier le système énergétique et Gibson Wells, le fondateur de l’entreprise, atteint d’un cancer en phase terminale, qui fait une dernière tournée dans les Cloud et explique son projet sur son blog. Leurs points de vue alternent pour former un roman choral.

La vie est devenue presque impossible à l’extérieur du fait des ravages causés à l’environnement : chaleur caniculaire, montée des eaux et pollution. L’économie ne se porte pas mieux, MotherCloud a peu à peu supplanté tous les commerces, les gouvernements sont corrompus et se laissent dicter leur conduite par le géant qui livre tout ce qu’on veut très rapidement par drone. Les MotherCloud sont d’immenses complexes, de la taille d’une petite ville où des ouvriers réduits à l’état de numéros font un travail abrutissant, surtout les préparateurs, vivent dans des cages à lapins et consomment sur place.

Ce roman est vraiment une réussite, à la fois dystopie et thriller, il nous décrit un futur pas si improbable et sans doute déjà une réalité pour les employés de certaines entreprises d’e-commerce. Le suspense est très bien entretenu et les pages défilent. Paxton est un personnage vraiment très réussi, qui démontre bien l’emprise que ce système peut avoir sur les individus pour en faire des moutons dociles. Il a travaillé des années pour pouvoir créer sa propre entreprise, a été ruiné par MotherCloud et s’y fait embaucher par nécessité. Il est plein de rancoeur envers Gibson, mais très vite son besoin d’approbation et d’un certain confort lui fait accepter le système et y participer activement. Il lui faut beaucoup de temps pour voir la corruption de l’organisation. Il subit les évènements et ne fait aucun choix, c’est finalement plus facile de croire ce que les disent ses supérieurs que de réfléchir par lui même.

Le personnage de Gibson est aussi très intéressant. Il explique son projet, qui partait sur de bonnes intentions, mais chacun sait que l’enfer est pavé de bonnes intentions, surtout l’enfer que l’on fait subir aux autres pour s’enrichir sans limite, tout en croyant – hypocritement ou non – agir pour le bien commun. Il a complètement perdu de vue la réalité.

Au niveau de la forme, ce roman est très bien écrit, très fluide et sans patois de Canaan comme c’est souvent le cas avec les dystopies. Certains paragraphes sont répétitifs, pour marquer le déroulement de la vie des héros qui travaillent, dorment consomment et recommencent le même cycle indéfiniment. Ils ne sont pas surveillés par des caméras mais pistés par leur montre GPS, ils sont espionnés et évalués en permanence, menacés de licenciement si leur évaluation ne comporte qu’une étoile.

Ce roman addictif rend hommage à Orwell, Bradbury et Atwood, il nous montre ce que peut être un monde où le capitalisme débridé, l’ultra-libéralisme et le consumérisme sont poussés à leurs extrémités. Il est effrayant et devrait nous interroger sur notre vision de la vie et nos réels besoins. Merci à Netgalley et aux Editions Belfond pour ce superbe roman à ne pas manquer.

#MotherCloud #NetGalleyFrance

Qui a tué Heidi ?, de Marc Voltenauer

Le polar débute par un meurtre perpétré à l’opéra de Berlin par un tueur à gages russe qui vient d’abattre un couple de compatriotes et ses garde du corps en pleine représentation. Nous retrouvons ensuite l’inspecteur Andreas Auer dans son village de Gryon, dans les alpes vaudoises. Il est en vacances forcées après avoir frappé un de ses collègues pour des propos racistes. A son retour, sa cheffe lui apprend qu’il est mis à pied pour cet exploit. De rage, notre héros décide de prendre les six semaines de vacances qu’il lui reste. Il s’est récemment lié d’amitié avec Antoine, un paysan de ses voisins et décide de s’initier aux soins des vaches. C’est ainsi qu’Andreas se retrouve en train de présenter Yodeleuse lors d’un concours bovin tandis qu’Antoine présente une autre de ses bêtes. Sa soeur Jessica, son ami Mikaël et d’autres proches sont dans le public. La favorite est Blümchen qui devrait remporter un concours de plus pour la plus grande gloire de son propriétaire, Serge Hugon. Toutefois la star des alpages est prise de convulsions et décède lors du concours, permettant contre toute attente à Yodeleuse de gagner. Quelques jours après, Antoine, Andreas et leurs amis fêtent la victoire, au moment où Hugon vient les menacer : sa vache a été empoisonnée et il est sûr qu’Antoine est le coupable. Le lendemain, ce dernier trouve Heidi égorgée sur son pré et n’a aucun doute sur l’identité du malfaiteur. Il se dépêche de se rendre à la ferme de son collègue, que l’on retrouvera mort le lundi matin. Il y a des traces ADN d’Antoine sur l’arme du crime et Karine, la collègue d’Andreas vient l’arrêter. Le tueur à gages est aussi à Gryon, mais nous y suivons également « L’homme qui s’enivrait du parfum de sa mère », un psychopathe qui n’a jamais réglé son complexe d’Oedipe. Bref ce petit village vaudois va à nouveau perdre sa tranquillité après avoir hébergé « l’homme qui n’est pas un meurtrier » dans Le dragon du Muveran, premier épisode de la saga. En résumé, les vacances d’Andreas ne seront pas de tout repos entre conflit paysan, scandale immobilier, mafia russe et psychopathe en crise.

Ce roman est le deuxième de la série, mais j’ai lu le troisième, L’aigle de sang auparavant, ce qui se révèle être une mauvaise idée, il faut vraiment lire la saga dans l’ordre. Dans ce livre, l’auteur met en place le suivant en insistant sur les cauchemars d’Andreas et le secret de Jessica, qui nous seront révélés dans le troisième tome, connaissant de quoi il retourne cette insistance m’a gênée. Je trouve ce roman moins bon que les deux autres. Il y a trois enquêtes, qui vont forcément se rejoindre, ce qui donne à l’intrigue un côté assez artificiel, finalement aucune des trois n’est développée autant qu’elle pourrait l’être. Toutefois malgré ces défauts on est pris dans l’histoire avec des chapitres courts qui font alterner les lieux et les points de vue. C’est juste dommage qu’il y ait autant de digressions inutiles et de descriptions qui n’apportent rien mais ralentissent la progression de l’intrigue. Plus condensé, le roman aurait été nettement meilleur.

Andreas est un flic atypique, le personnage est intéressant, même si l’insistance sur son homosexualité est trop lourde. Chacun est libre de faire ce qu’il veut, mais y a t’il besoin d’autant insister sur le sujet ? On dirait que sa sexualité est le point le plus important de l’identité du policier et qu’il doit absolument l’étaler au grand jour. L’auteur nous présente aussi une Suisse assez cliché, avec cet alpage idyllique où la mort va se déchaîner. Je ne connais pas grand chose au monde paysan, mais je n’ai pas eu l’impression d’un portrait très réaliste. L’explication du vocabulaire suisse est par contre une bonne idée, pour les lecteurs étrangers, même si ça relève du marketing.

Le point du livre que j’ai trouvé le plus intéressant est l’éthique, avec le personnage d’Erica, qui choisit d’assumer sa faute, alors qu’Andreas était au courant et avait choisi de fermer les yeux, trouvant légitime de se faire justice dans certains cas. A la fin, il fera un autre choix que la pasteure. Le questionnement sur ce qu’est la vraie justice et celle du système pénal est un point fort de ce roman.

C’est une lecture en demi-teinte pour moi. Je me suis laissé prendre dans l’histoire, mais je pense que je l’oublierai vite. Il me reste le quatrième épisode des aventures d’Andreas à découvrir, ce que je devrais faire rapidement, j’espère y retrouver les qualités des deux autres romans que j’avais nettement plus appréciés.

S.A.S.H.A, de Martin Michaud

Il s’agit d’un roman court de 140 pages, oscillant entre fantastique, science fiction et thriller. Elias arrive à l’aéroport de Montréal avec Sasha un petit garçon de sept ans, sans doute son fils. Ils sont sales, affamés, crasseux, sûrement des vagabonds. Elias sue la peur, ils s’installent dans la zone de départ pour attendre la maman de l’enfant qui arrivera en fin d’après-midi. On suit leur séjour durant cette journée d’attente, au fil des pages, on comprend ce qui leur est arrivé et ce qu’ils craignent.

Je le dis tout de suite, je n’ai pas pu entrer dans ce livre que j’ai trouvé détestable. Les personnages ne sont pas attachants pour un sou, pas même Sasha. La trame n’est pas intéressante non plus, les pouvoirs de l’enfant n’étant pas si extraordinaires que ce que croit Elias. La thématique de l’enfant cobaye à cause de ses capacités est vue et revue ; et souvent traitée de manière bien plus intéressante. La brièveté du texte, presque une longue nouvelle, ne permet sans doute pas de développer l’histoire comme elle l’aurait mérité. Elias est un personnage ambivalent, au début on croit qu’il est le père du petit, mais s’occuper de lui représente une lourde charge et il est plus d’une fois tenté de l’abandonner à son sort, en forêt, près d’un hôpital etc. Il entend des voix et a bien de la peine à distinguer son monde imaginaire et la réalité. La seule chose que j’ai apprécié dans ce livre tient justement à sa brièveté, il se lit facilement en une soirée et il sera très vite oublié… j’espère que le prochain sera moins décevant. Merci à Netgaley et aux Editions Kennes, même si la rencontre magique entre ce livre et moi n’a pas eu lieu.

#SASHA #NetGalleyFrance

Le cri des corbeaux, de Matthieu Parcaroli

Théo et Julie tiennent une boulangerie dans la région lilloise, Julie aime surfer et participe à toutes sortes de concours. Bonne nouvelle, ils viennent de gagner un week end dans une villa de rêve en montagne, ça remplacera le voyage de noces qu’ils n’ont pas pu s’offrir. Une voiture vient les chercher devant leur domicile, rapidement, les fenêtres sont assombries et ils ne doivent pas savoir où ils vont. Ils sont tout de suite éblouis par une grande et splendide villa, en pleine nature, avec spa et tout le confort, un week end de rêve se profile. Toutefois un couple de Parisiens peu sympathiques débarque en soirée, affirmant être les gagnants du concours, l’ambiance tourne vite au vinaigre, surtout qu’une panne d’électricité survient et qu’il n’y a pas de réseau téléphonique pour appeler l’organisateur. En voulant quitter la propriété le lendemain, les Parisiens découvrent qu’elle est entourée d’un haut grillage électrifié, puis Agathe disparaît et le séjour tourne au cauchemar pour les deux couples.

L’intrigue est assez courte, mais intense, c’est un huis-clos du style Les dix petits nègres, tout ne se passe pas dans la maison dont l’extérieur est aussi bien inquiétant. On nous raconte le passé des protagonistes et on explore leurs peurs et phobies. Je n’ai pas été surprise par la fin que j’avais facilement devinée, mais ce n’est pas grave, l’intérêt de l’histoire est dans la progression de l’angoisse des personnages pris au piège et poussés à bout. Le suspense est bien rendu et on veut absolument savoir comment l’histoire va se terminer. Certains lecteurs trouvent l’intrigue irréaliste, mais je pense que dans notre société, une affaire de ce genre pourrait très bien se passer en vrai.

Difficile de chroniquer ce livre sans en dire trop. Je l’ai beaucoup apprécié et je pense qu’il saura plaire aux amateurs de thrillers psychologiques. Il n’est pas parfait, c’est un premier roman, mais l’auteur est très prometteur.

#LeCriDesCorbeaux #NetGalleyFrance

La punition qu’elle mérite, d’Elizabeth George

Dans la petite ville de Ludlow, Jan Druit, un diacre accusé de pédophilie s’est suicidé lors de sa garde à vue, alors qu’il a été laissé seul dans un bureau. Son père, un riche industriel, ne peut croire ni au suicide ni à ce qu’on lui reproche, il s’adresse à son député, lequel demande à la police de Londres de s’assurer que toutes les procédures ont été respectées. La commissaire principale Ardery et le sergent Barbara Havers sont dépêchées sur place. La commissaire n’apprécie guère son sergent, sous la menace d’une mutation dans la nord du pays pour avoir désobéi à des ordres lors d’une précédente enquête. Isabelle est très claire sur le fait que c’est une dernière chance à saisir et que Barbara a intérêt à filer droit. La commissaire n’est pas contente de ce déplacement car elle se débat dans des problèmes d’alcool et de famille, elle est pressée de rentrer et bâcle un peu l’enquête. Pour elle il s’agit juste de vérifier que tout s’est passé comme prévu et non d’enquêter sur le fond alors que Barbara pressent des irrégularités et soupçonne un meurtre. La commissaire lui demande d’expurger son rapport pour aller dans son sens, Barbara en parle à l’inspecteur Lynley avant de s’exécuter. L’homme avertit le père de la victime, ce qui permet de relancer l’enquête, cette fois menée efficacement, quoique lentement par Barbara et Lynley. On plonge dans les dessous de cette petite ville, avec ses étudiants qui font la fête, un diacre au dessus de tout soupçon et des policiers ripous victime de coupes budgétaires, ce qui leur permet d’en prendre à leur aise.

De cette auteure très connue, je n’avais lu que sa série pour adolescents, The edge of nowhere que j’ai apprécié malgré des longueurs également. Ce roman est très long, près de huit cent pages, il gagnerait à être plus concis, il y a beaucoup de personnages, on s’y perd un peu car les histoires de chacun d’eux sont très très détaillées. Le suspense est bien construit, mais la première partie aurait pu être nettement plus courte…. tout le livre d’ailleurs également. Cet aspect a terni mon plaisir, j’ai vraiment eu l’impression que l’histoire progresse peu et va dans tous les sens. Les thématiques principales sont les addictions diverses dont souffrent la plupart des personnages (alcool, drogue, sexe), les dysfonctionnements familiaux et les ravages provoqués par les coupes budgétaires sur les effectifs et la qualité de la police locale. J’ai beaucoup aimé les personnages de Barbara et de Lynley, ainsi que leur humour.

Toutefois c’est pour moi une lecture en demi teinte vu les longueurs et la lenteur de l’intrigue. Peut-être que le fait de prendre la série en cours ne m’a pas aidée, j’essayerai un autre épisode. Un grand merci à Netgaley et aux presses de la cité pour cette découverte.

#LaPunitionQuelleMérite #NetGalleyFrance

Les optimistes, de Rebecca Makkai

Nous suivons en alternance la vie de de Fiona dans les années quatre-vingt à Chicago et son séjour à Paris en 2015 lors des attentats. Le roman commence avec une fête étrange donnée au moment de l’enterrement de Nico en 1984. Il vient de mourir du sida et sa famille, qui l’a rejeté dès son adolescence a refusé que ses amis assistent à ses funérailles, aussi organisent-ils cette fête décalée durant laquelle on boit, on regarde des diapositives avant d’aller se servir de souvenirs dans l’appartement du défunt. Fiona, la soeur de Nico est la seule de sa famille qui l’a toujours soutenu et encouragé, elle fait partie de la bande de son frère. Lors de cette fête, Yale a un malaise et va se reposer, dans la chambre d’ami, mais lorsqu’il redescend il n’y a plus personne. Il apprend plus tard que ses amis se sont rendus chez Nico, mais ce souvenir le marque énormément. Il travaille dans une galerie et doit prendre contact avec Nora la grande tante de Fiona qui veut léguer des tableaux à sa galerie. Yale est le personnage central du livre avec Fiona et le roman se déploie autour de deux axes : les débuts de l’épidémie de sida et l’histoire des tableaux, à travers la vie et la mort de ces deux personnages et de leurs amis.

Trente ans plus tard, Fiona recherche sa fille Claire avec qui elle a des problèmes relationnels depuis son enfance, la jeune femme a quitté une secte et semble désormais vivre à Paris avec sa fille que Fiona ne connaît pas. Claire a disparu depuis quatre ans, mais sa mère l’a aperçue sur une vidéo diffusée sur le net. Cette partie est moins intéressante.

J’ai détesté ce roman, dès le premier chapitre, j’ai eu envie de l’abandonner, ce que je ne fais jamais. J’aime la littérature américaine et le bandeau sur la couverture, le présentant comme le meilleur roman de l’année selon le New York Times m’a attirée sans que je ne cherche plus loin. Le sujet ne m’intéresse pas du tout en fait, je n’ai aucune sympathie pour le milieu dont il parle et de plus il y a beaucoup de longueurs. La moitié des pages aurait largement suffi. Les personnages sont peu attachants en dehors de Yale, encore m’a-t’il fallu aller très loin dans le livre pour l’apprécier. Fiona jeune est sympathique, elle s’engage pour ses amis et les accompagne sur leur difficile chemin de vie. On se demande comment elle a pu devenir cette mère incapable de nouer un vrai contact avec sa fille, qui traîne des problèmes depuis trente ans alors qu’elle était une jeune fille si courageuse et équilibrée. Yale a une vraie profondeur et c’est un personnage intéressant.

On suit les débuts de l’épidémie de sida à Chicago et la lutte des malades pour faire reconnaître leurs droits face à la politique de Reagan qui refuse de financer la recherche ou des assurances qui ne veulent pas payer les traitements balbutiants quand il y en a. On suit aussi, à travers les différents personnages, les polémiques sur l’usage du préservatif, les tests et la nécessité de la monogamie. On comprend très bien la peur de faire le test, puisqu’un résultat positif équivalait à une condamnation à mort rapide en 1984/5. Toutefois je n’arrive vraiment pas à comprendre pourquoi des personnes hésitaient à se protéger, qu’elles soient gay ou non d’ailleurs, multipliaient les partenaires et certaines pratiques vraiment peu recommandables dans des lieux tels que les toilettes des gares ou les saunas spécialisés. Je pense que la communauté gay n’avait pas le monopole de ces pratiques douteuses qui nous viennent de la décennie précédente et on contribué à la diffusion des MST, heureusement pas toutes mortelles. Certaines descriptions sont vraiment dégoutantes, même si elles ne sont heureusement pas très fréquentes dans le roman. Yale se fait contaminer bêtement alors qu’il est très au courant des risques qu’il prend, et je suis sûre que beaucoup de personnes ont vécu cela dans la réalité.

Le thème principal du livre est le deuil. Nora n’arrive pas à oublier son amour de jeunesse, un peintre qui s’est suicidé en 1920 et Fiona ne peut faire le deuil de son frère, raison qui l’empêchera de créer un lien avec sa fille, née plusieurs années après sa mort. Fiona se sent d’ailleurs la gardienne d’un cimetière et n’a pas vu que le monde a continué d’avancer sans elle, elle ne s’en rend compte qu’après avoir rencontré sa petite fille et espère ouvrir un nouveau chapitre de sa vie où les morts dormiraient enfin en paix.

Certaines descriptions de la maladie m’ont aussi fortement déplu, sûrement parce que ça me donnait l’impression d’être au travail. La scène qui m’a le plus touchée est celle où Yale dit adieu à son chat Roscoe juste avant sa mort.

Je suis contente d’être arrivée au bout de ce pavé même si je ne l’ai vraiment pas apprécié.

#LesOptimistes #NetGalleyFrance

Vivre dans la Russie de Lénine, de Jean-Jacques Marie

Tout d’abord un grand merci à Babélio et aux Editions Vendémiaire pour ce très beau livre gagné lors de la MC non fiction. En ouvrant le paquet, j’ai eu peur de l’épaisseur du livre, mais en fait il se lit très facilement.

L’auteur est un historien qui a écrit de nombreux ouvrages sur la Russie, on voit tout de suite qu’il maîtrise le sujet. Il nous conte en détail la vie de la population russe au début de la révolution, de 1917 à 1923 date où Lénine est écarté du pouvoir par la maladie, avant de mourir en janvier 1924. Le livre est organisé en chapitres qui traitent de différentes thématiques tout au long de ces années. De très nombreux documents sont cités, en particulier des journaux intimes ou des extraits de textes administratifs produits par une bureaucratie pléthorique et plutôt inefficace. Les différents bureaux sont innombrables mais leur travail est dérisoire. Tout est soumis à autorisation, mais quelle galère pour les obtenir !

Je connais assez peu cette période et j’ai trouvé ce livre vraiment passionnant. Un petit bémol, je me suis sentie noyée sous les détails et au final j’oublierai beaucoup de ces trop nombreuses informations pour n’en retenir que la ligne générale. Ceci n’est pas dû à un défaut de l’ouvrage, mais plutôt à ma méconnaissance de cette période, qui m’intéresse moins que d’autres sujets historiques. En tout cas ce livre est très complet et très riche, c’est une mine d’informations dont des lecteurs plus avertis que moi profiteront sans doute davantage.

La Russie de 1917 est à plus de nonante pour cent composée de paysans, le plus souvent illettrés, l’abolition du servage ne date que de 1861. La révolution d’octobre est le projet d’une poignée d’intellectuels qui vit à des années-lumières de ce peuple très religieux, superstitieux et vivant dans des communautés en vase clos, ce qui provoquera de grandes résistances des paysans et même une guerre civile. Tout le monde est d’accord pour renverser le régime tsariste, honni par le peuple opprimé. La haine des puissants est une caractéristique du peuple russe. Comme on pouvait s’y attendre, la révolution amène le chaos et surtout la famine. Les villes n’ont plus de provisions, les autorités interdisent le commerce privé et veulent organiser le ravitaillement. Les paysans se font réquisitionner, le plus souvent carrément piller, mais tout est désorganisé et le peuple meurt de faim.

La Tchéka, ancêtre du KGB qui n’a rien à envier à la future SS, sème la terreur aveugle avec le consentement de Lénine qui refuse de lui retirer son pouvoir ou de la brider, l’arbitraire règne en maître. Du côté de la population, affamée et misérable, certains croient aux promesses de parti et écrivent à Lénine pour lui faire part des abus dont ils sont victimes. Lénine et Trotsky semblent apprécié par le peuple, qui veut croire au monde meilleur promis par les leaders. D’ailleurs si la révolution, contrée par la résistance des paysans, la guerre civile et l’isolement international a réussi à s’imposer c’est bien parce qu’elle bénéficiait du soutien populaire, en particulier des jeunes.

Un livre très complet et intéressant pour découvrir la triste vie du peuple russe de cette époque. D’ailleurs je doute que ça ait beaucoup changé, les régimes changent de nom et de leader, mais la situation des plus humbles n’évoluent pas beaucoup. Les Russes d’aujourd’hui, gouverné par un autre tyran vivent-il mieux qu’à l’époque de tsar ou de Lénine ? Personnellement j’en doute fort. Cette population n’a jamais connu la liberté, passant d’un dictateur à l’autre.