Une vérité à deux visages, de Michael Connelly

Je n’avais plus lu d’aventure d’Harry Bosch depuis longtemps et j’ai retrouvé avec plaisir l’inspecteur, retraité depuis trois ans et travaillant dans la petite ville de San Fernando comme enquêteur bénévole. Il s’occupe des cold cases, mais comme la brigade est petite et qu’un double meurtre vient de se produire dans une pharmacie de la ville, il participe à l’enquête. Deux pharmaciens, père et fils, ont été tués dans leur boutique, dans ce qui ressemble à une exécution en règle. Harry pense que le fils est lié à un gang, mais c’est finalement le père qui participait à un trafic d’opiacés, ce que le fils a dénoncé aux autorités, s’attirant les foudres des trafiquants russes très organisés. Dans le même temps, Harry est averti qu’un détenu dans le couloir de la mort depuis trente ans prétend que les preuves contre lui ont été falsifiées à l’époque et qu’une enquête est rouverte. Harry est sûr de n’avoir commis aucune erreur et surtout de son honnêteté ainsi que celle de son coéquipier de l’époque. Avec l’aide de son demi-frère Mickey Haller, il saura dévoiler le complot qui se cache derrière ces accusations, tout en démantelant un juteux trafic de médicaments.

J’ai beaucoup apprécié ce polar très efficace, où l’action ne s’arrête jamais. Les personnages sont très réussis et l’intrigue est tout à fait vraisemblable., même si la justice américaine n’a rien à voir avec la nôtre. La crise des opiacés est une réalité dans ce pays et la méthode est bien expliquée. Les magouilles de l’avocat ne sont pas tristes non plus, il est prêt à faire n’importe quoi pour réussir et utilise des méthodes discutables quoique efficaces. Un excellent polar qui nous montre aussi l’envers du rêve américain et de la réussite made in Hollywood, un sujet courant dans la littérature noire, mais toujours aussi intéressant. Il y a même plusieurs piques contre Trump accusé d’être un menteur, ce qu’on ne contredira pas.

Un grand merci à Netgalley et Calman-Lévy pour ce très bon moment passé avec ce vieil Harry.

#UneVéritéàdeuxVisages #NetGalleyFrance !

Je suis l’abysse, de Donato Carrisi

Nous suivons la trajectoire de quatre personnages principaux dont un seul a un prénom, Micky, comme les personnages secondaires, Martina, Sabrina, Diego ou Rafaele. Les autres héros sont l’homme qui nettoyait, la chasseuse de mouches et la fille à la mèche violette. Le premier est éboueur à Côme depuis dix ans, il est invisible. Il profite de son travail pour rechercher des femmes seules, analyse leur vie d’après leur déchets pour sélectionner l’Elue et la livrer à son colocataire Micky qui la tuera. Il a actuellement jeté son dévolu sur une femme qui vit avec ses cinq chats. La chasseuse essaie de protéger les femmes victimes de violence après un drame personnel, elle est parfois aidée de son amie Sabrina, une policière qui essaie de canaliser ses actions. Un vendredi matin, l’éboueur venu vider les poubelles du lac voit une jeune fille en train de se noyer et il la sauve avant de disparaître. Lorsqu’il avait cinq ans, sa mère a essayé de le noyer dans une piscine abandonnée et il n’a jamais oublié, de même que toutes les autres maltraitances qu’elle lui a fait subir en compagnie de Micky. Un bras a été retrouvé dans le lac, la police pense tout de suite à un suicide, mais la chasseuse est persuadée qu’il s’agit d’un meurtre et mène sa propre enquête avec l’aide discrète de son amie. La jeune fille est issue d’une famille très riche qui ne veut pas croire qu’il s’agisse d’une tentative de suicide mais d’un accident. Leur fille est très gâtée mais pas aimée pour elle-même et ses parents ne savent rien des violences que lui fait subir un garçon plus âgé. Elle pense avoir été sauvée par un ange et essaie d’entrer en contact avec lui, lui demandant de l’aide. Peu à peu le passé des personnages est révélé, expliquant comment leur présent en est impacté. La fin est inattendue et vraiment très réussie. Ce thriller glaçant est tiré de faits réels et ça fait froid dans le dos.

La construction du roman est très bien ficelée, l’intrigue progresse de manière harmonieuse. Il n’y a aucune scène gore, les scènes violentes comme les deux meurtres sont toujours sous-entendues. La violence est ailleurs, dans la maltraitance implacable que subit l’enfant et qui en fera un meurtrier. Le thème n’est pas nouveau et m’a fait pensé à Un employé modèle de Paul Cleave. L’enfant a été rejeté de multiples façons, s’est construit dans la haine et ne pouvait que devenir éboueur, un rebut qui s’occupe des déchets des autres. Toutefois il n’est pas que cela et les appels au secours de la jeune fille lui offre une porte de sortie pour échapper à Micky et comprendre qu’il n’est pas un méchant enfant mais que c’est le monde qui a été méchant avec lui.

La violence n’est pas l’apanage des pauvres, la chasseuse, issue de la classe moyenne a aussi vécu un drame qui l’a poussé à lutter contre la maltraitance envers les femmes. La jeune fille vient d’une famille riche et puissante, mais lorsque la vérité sera révélée, ses parents choisiront de fermer les yeux, la peur du scandale étant plus forte que le désir de justice, ce qui met la jeune fille en situation de victime idéale pour des abuseurs potentiels.

L’auteur explore aussi la culpabilité à travers l’histoire de la chasseuse, dont la vie a aussi basculé, ce qui a détruit son couple, son mari est devenu alcoolique et elle met toute son énergie dans ses actions de prévention.

L’endroit est idyllique, mais l’auteur en a fait un lieu d’angoisse et de désolation, l’ambiance est glauque. Une des particularités de ce thriller très réussi est que seuls les lecteurs auront le fin mot de l’histoire et toutes les pièces du puzzle, il reste incomplet pour la chasseuse, qui passe à côté de l’information principale et pour la police qui n’arrive pas à faire les liens entre les disparitions, la chasseuse a compris, mais les preuves manquent. Les personnages sont attachants et très réussis, on éprouve de l’empathie même pour le tueur. Ce n’est pas le premier livre de cet auteur que je lis et ce ne sera pas le dernier.

Un grand merci à Netgalley, audioblib et Calman-Lévy pour ce thriller à ne pas manquer.

#Jesuislabysse #NetGalleyFrance !

L’agonie des grandes plaines, de Robert F. Jones

Lors de la crise financière de 1870, les Doussman, des émigrés allemands perdent leur ferme et se suicident, Jenny, seize ans, décide alors de rejoindre son frère Otto qui chasse les bisons dans la Prairie. Il l’avertit que la vie y est sans pitié et n’a rien à voir avec la chasse qu’il lui a enseigné à la ferme, mais elle n’a pas peur et se sent différente des femmes de son village. Otto est un ancien officier nordiste qui n’a jamais pu se réintégrer dans la vie civile. Jenny rejoint donc la petite entreprise de son frère et de son associé, Tom un jeune cheyenne au sang mêlé et un autre officier sudiste complète l’équipe. La cohabitation tourne au drame quand l’associé ivre viole Jenny alors qu’Otto est allé vendre les peaux, elle s’enfuit. Tom retrouve Otto et Jenny, les sauve lors d’une tempête de neige et leur propose de venir vivre avec lui parmi son peuple. Ils y sont bien accueillis, s’intègrent et adoptent la cause indienne jusqu’à devenir des guerriers cheyennes eux-mêmes.

Ce roman historique est très documenté et présente le point de vue des deux parties, on est en pleine guerre indienne. Jusqu’à l’adoption des héros par les Cheyennes, l’auteur explique le point de vue des autorités blanches. Les chasseurs n’ont aucune limite, ils visent un profit immédiat et rapide, ils exterminent purement et simplement les bisons, laissant leur viande pourrir sur place. Les bisons vivent sur les territoires indiens, reconnus par des traités de paix sans cesse bafoués alors que l’armée laisse faire. Les autorités veulent enfermer les Indiens dans les réserves et soutiennent les chasseurs, car ceux-ci détruisent le garde-manger des Indiens, ils sont censés leur fournir du bétail mais préfèrent laisser les famines s’installer, c’est un allié efficace dans la soumission et l’extermination des Indiens.

Evidemment, en retour, les Indiens vouent une haine totale aux Blancs de tous âges et en massacrent le plus grand nombre de manière barbare. Une génération a essayé de faire la paix, mais vu le comportement des autorités qui ne respectent pas les traités qu’ils ont eux-même imposés, les jeunes sont pour une guerre à outrance. En même temps ils sont conscients qu’ils n’ont plus d’avenir et multiplient les coups d’éclat désespérés. Tom est certainement le personnage le plus intéressant du livre par sa capacité à évoluer dans les deux milieux.

Je ne partage pas les avis très positifs sur ce livre, je reconnais le travail important de l’auteur pour nous livrer un récit très documenté et vraisemblable, plus près du document que du roman. Mais la barbarie et les massacres relatés tout au long de l’histoire, qu’il s’agissent des bisons ou des hommes m’est insupportable. J’ai rarement lu un livre aussi violent et sanglant, sans doute parce que je sais que c’est ce qui s’est effectivement passé à cette époque de la conquête de l’ouest. J’ai eu très envie d’abandonner cette lecture à maintes reprises, ce que je ne me serais pas permis pour un service de presse, mais j’ai trouvé l’expérience écoeurante. Au niveau de la forme, la mise en page de la version ebook est problématique, ce qui a contribué à me contrarier. Le choix de l’auteur de parler le langage indien quand on est chez eux est aussi lourd et dérangeant, il parle à plusieurs reprises de maisons voyageuses pour désigner le train et plusieurs autres exemples de ce type qui alourdissent inutilement le texte.

A l’heure de la cancel culture où l’on dénonce si fort l’esclavage et le racisme, je suis étonnée de voir que les autorités américaines ne s’excusent même pas d’avoir bâti leur pays sur les cadavres des Indiens exterminés. et ces horreurs ne remontent qu’à un siècle et demi.

#LAgoniedesgrandesplaines #NetGalleyFrance !

Les boulevards de ceinture, de Patrick Modiano

Ce livre date déjà d’un demi siècle, mais les fans de ses derniers romans ne s’y sentiront pas dépaysés du tout… je sais, les mauvaises langues disent qu’il n’a écrit qu’un seul livre, qui se répète chaque année, mais c’est quand même un peu plus compliqué que cela.

La chronologie n’est pas précisée, mais on peut comprendre que le roman commence au début des années 1930, le narrateur, Serge Alexandre, mais il dit lui même qu’il s’agit d’un pseudonyme, vient de passer son bac à Bordeaux. Il a dix-sept ans et son père qu’il ne connaît pas vient le chercher pour l’emmener à Paris. Il se livre à divers trafics de petite envergure dans lesquels il entraîne le garçon, ils vivent chichement, fréquentent des gens peu recommandables et au bout de quelques mois, le père essaie de tuer son fils en le poussant sous le métro, heureusement quelqu’un intervient et empêche le drame. Serge décide alors de continuer sa vie tout seul. Dix ans plus tard, il a pardonné le geste brutal de son père et il a l’impression que ce dernier est en danger, il entreprend de le retrouver et essaie de se rapprocher de lui. Le père se fait maintenant passer pour un baron et fréquente un groupe de personnages tout aussi louches, des collaborateurs et des trafiquants du marché noir qui squattent les riches villas des personnes qui ont fui l’Occupation, ou ont été déportées, ce n’est pas clair. Son père ne le reconnaît même pas, mais il fait tout pour s’en rapprocher et le protéger. Il se demande si son père est un collaborateur comme les autres ou un juif traqué qui se cache chez l’ennemi.

On retrouve tous es ingrédients de l’oeuvre de Modiano dans ce roman, en particulier la quête de ce père inconnu qui lui manque tant. Serge, c’est évidemment lui, qui s’est projeté longtemps avant sa naissance (juillet 1945) pour explorer la vie de son héros. D’ailleurs la fin laisse entendre qu’il s’agit d’une sorte de rêve bâti sur une photo de son père prise durant l’Occupation, une époque qu’il est trop jeune pour avoir connu mais qui le hante sans fin. Les lieux, contrairement à ses autres livres restent très flous, les déambulations dans Paris n’y ont pas leur place et l’essentiel de l’action a lieu dans un village anonyme en bordure de la forêt de Fontainebleau. Il parle peu de leur première cohabitation, pour se consacrer à la vie sous l’occupation. Il est conscient que son père ne vaut pas mieux que ses amis mais il lui cherche des circonstances atténuantes, il ne peut se résoudre à ce sombre tableau.

Comme dans tous ses romans, l’écriture est fluide, poétique et sait nous entraîner avec lui dans son univers, dont je ne me lasse pas. Ce texte est plein de tendresse et de sensibilité envers ce père si peu paternel.

Les promises, de Jean Christophe Grangé

Ce roman sera mon premier coup de coeur 2022 ! J’ai beaucoup aimé ce polar historique vraiment très réussi et documenté, on s’y croirait vraiment. Simon Krauss est psychanalyste, spécialisé dans l’étude des rêves et très complexé par sa petite taille, contrebalancée par sa beauté qui lui vaut de nombreuses maîtresses parmi ses patientes, de riches Berlinoises mariées à des dignitaires nazis. Il a aussi une face sombre, il s’enrichit en les faisant chanter, car ces dames n’aiment guère le Führer et ne s’en cachent pas lors de leurs séances et accessoirement profite d’un magnifique appartement et de son riche contenu dans un beau quartier, le tout spolié à des Juifs. Il n’est pas antisémite, se fiche de la politique mais comme de nombreux Allemands, il essaie de survivre dans la folie ambiante et n’a pas de scrupule particulier à profiter de la situation. Sa vie est bousculée lorsqu’il reçoit la visite de Franz Beewen, un capitaine de la Gestapo qui enquête sur l’une de ses patientes assassinée, les deux hommes se détestent d’emblée. Simon lui révèle qu’elle craignait un homme de marbre dont elle a rêvé à plusieurs reprises. Franz quant à lui est un fils de paysan pauvre, né en 1904 et dont l’univers a volé en éclat lorsque son père a été gazé durant la guerre en France, il a dû assumer sa tâche à la ferme et s’est senti exploité par une mère très dure, le tout en pleine crise économique. Depuis son père a perdu la raison, il est interné dans l’asile de Brangbo et Franz est passé par les SA, puis la Gestapo, il se sent à l’aise dans cette troupe d’assassins, mais son but est d’aller faire la guerre en France pour venger son père. La Gestapo n’a aucune compétence pour les enquêtes criminelles, mais le commissaire de la Kripo a disparu, le dossier est sensible vu qu’il concerne de hautes personnalités, Franz doit résoudre l’enquête avant de pouvoir partir au front. Cet homme n’est pas tout noir, il est très lié à son père qu’il va visiter chaque semaine malgré les nombreuses rebuffades qu’il subit et secrètement amoureux de la baronne Minna von Hassel, directrice de l’asile, droguée et alcoolique, il s’habille en civil lors de ses visites pour ne pas l’effrayer. Minna s’en est aperçue et lorsque un sinistre médecin vient lui annoncer que ses patients vont être transférés dans un institut moderne, elle comprend tout de suite qu’il s’agit de les euthanasier. Elle compte profiter des sentiments secrets de Franz pour les sauver, mais elle provoquera une catastrophe bien pire. Finalement Franz associe les deux psychiatres, Simon et Minna à son enquête, le trio improbable essaie de comprendre qui a pu tuer de manière barbare trois dames de la haute société, car même dans cette ville où les disparitions et assassinats sont monnaie courante, la Gestapo ne peut laisser un tueur en série sévir.

Il y a de nombreuses fausses pistes qui sont autant d’occasions de parler de la vie quotidienne à Berlin juste avant et au début de la guerre, dans différents milieux, privilégiés ou non, et c’est vraiment passionnant, une plongée immersive dans ce moment de l’Histoire. J’ai été frappée par l’ambivalence des personnages, aucun n’est tout noir ou tout blanc. Ils évoluent au fil de l’enquête, en particulier les deux hommes, ils finissent même par développer une amitié, Minna évolue moins étant plus stable et équilibrée que les deux autres malgré son alcoolisme. L’auteur insiste sur leurs fragilités et les nuances de leurs personnalité les rendant très attachant, même Franz tortionnaire professionnel, mais pas que. Je dirais même que le nazi est mon personnage préféré. Ils trouveront l’assassin après d’innombrables péripéties puis trois ans plus tard, Franz a compris le fin de mot de l’histoire et décide de retrouver ses amis mobilisés comme lui à l’est comme médecin et ils puniront le vrai coupable. La fin est inattendue et pleine d’espoir, elle est ouverte et on se prend à espérer qu’ils s’en sortiront et survivront à la guerre.

L’ambivalence des Berlinois est très bien décrite, ils ont peur et en même temps continue à avoir des distractions superficielle comme le cinéma ou des thés dansants dans les Biergarten, sans oublier les dames de l’Adlon qui semblent se préoccuper surtout de leurs toilettes en buvant du champagne et en collectionnant les amants. Il y quelques descriptions violentes et gores, mais elles s’inscrivent très bien dans le récit. Malgré ses six cents cinquante pages, ce qui fait vingt et une heure en version audio, je ne me suis jamais ennuyée. Les fausses pistes permettent d’explorer ce Berlin des années noires. Les trois héros ne croient pas du tout au projet nazi et sont conscients de ses failles, de l’échec inévitable du Reich de mille ans.

Un excellent polar historique très fouillé qui mérite largement ses cinq étoiles. Un grand merci à Netgalley et Audiolib pour cette magnifique découverte qui passionnera tous ceux qui s’intéressent à ce sujet historique.

#LesPromises #NetGalleyFrance !

Dette de sang, de Kevin Wignall

Ben, dix sept ans, se fait assassiner ainsi que ses parents, de riches Anglais alors que leur fille Ella est en vacances avec son petit ami Chris en Italie. Son père craignait qu’elle ne se fasse enlever, aussi la fait-il surveiller par Lucas, un ami douteux qui a accepté un dernier contrat comme garde du corps avant de prendre sa retraite. Il abat deux tueurs et ils prennent la fuite tous les trois en direction de la Suisse où habite Lucas, ancien tueur à gages qui veut se racheter une conduite, car il aimerait retrouver sa fille et son ancienne compagne qui l’a rejeté lorsqu’elle a appris quelle était son activité.

De retour chez elle, Ella va habiter chez son oncle. Peu à peu elle sombre dans la dépression, elle se coupe des autres, rompt avec Chris mais surtout devient assoiffée de vengeance. Elle reprend contact avec Lucas et lui demande de l’aider à trouver les coupables, ce qu’il fait bien plus vite que la police. Voyant la dérive violente d’Ella, incompatible avec son projet de vie, il la met en relation avec un collègue et les laisse se débrouiller.

Si la première partie est passionnante, le soufflée retombe bien vite dès la deuxième partie. L’intrigue est très linéaire et sans aucune surprise, on devine la fin bien avant le milieu du livre. Le personnage d’Ella est peu travaillé et peu crédible. Même après un drame comme l’assassinat de sa famille, une personne équilibrée et bien éduquée ne se lancerait pas dans un cycle de vengeance aussi sanglant. De plus la police est complètement impuissante, tant à élucider le meurtre car l’oncle refuse de montrer les comptes des entreprises plutôt louches qu’il gérait avec la victime, qu’à stopper Ella dans sa dérive malgré leurs soupçons bien fondés, ceci n’est pas réaliste.

Le personnage de Lucas, par contre est très réussi, c’est un tueur atypique, conscient de ses méfaits et qui veut absolument changer de vie. Il est passionné de littérature, il vit isolé et entouré de nombreux livres, mais dans des endroits où on ne parle pas anglais, sa seule langue, ce qui lui évite de se lier avec ses voisins. Ella lui fait découvrir Jane Austen. Il est sans illusion sur lui-même et ses cries, même s’il ne s’est jamais fait attraper. Son espoir de nouer une relation avec sa fille est moteur puissant qui lui permet de tourner la page. Il s’est attaché à Ella et accepte de l’aider, mais pas d’être entraîné dans une spirale de violence aveugle et gratuite. Malgré sa profession peu recommandable, c’est un personnage sympathique et attachant au contraire d’Ella.

Dans l’ensemble, c’est un roman plutôt décevant, trop linéaire, sans fausse piste, on va directement du massacre de la famille d’Ella à sa vengeance, ça manque de nuance et d’intérêt, surtout avec un des deux personnages principaux aussi peu sympathique et aussi peu réaliste que la jeune femme.

#DetteDeSang #NetGalleyFrance !

S’adapter, de Clara Dupont-Monod

Il est difficile de parler de ce livre qui a déjà tant de prix et d’excellentes critiques, il me semble impossible d’ajouter quelque chose qui n’ait pas été dit ailleurs. De plus, cet écrit plein d’émotions n’est pas facile à résumer, c’est un texte tout en sensibilité et en finesse. Il nous parle d’une famille sans nom qui vit heureuse dans les Cévennes, une famille banale et sans histoire avec deux enfants de neuf et sept ans. Puis arrive un troisième enfant, la vie continue. Lorsqu’il a trois mois, la mère s’inquiète de son peu de réaction, elle pense rapidement qu’il est aveugle. Et tombe le diagnostic : un lourd handicap, l’enfant est paralysé, aveugle et muet. Nous suivons ce tsunami qui bouleverse la famille du point de vue des enfants. La première partie est consacrée à l’ainé, un garçon sociable et leader qui se coupera des autres pour développer une relation fusionnelle avec son petit frère. Il est le premier à comprendre que le petit entend et sent les odeurs, il essaie de lui apporter le plus possible en lui racontant le monde qui les entoure. Il vivra très mal le placement puis le décès de l’enfant. Il se repliera complètement sur lui-même, se consacrant aux sciences et travaillera dans la finance.

La cadette éprouvera dégoût et honte vis vis de son petit frère, qui a pris toute la place dans la famille et surtout lui a volé l’attention de l’ainé. Elle refusera de s’en occuper et développera sa vie sociale. Sa grand mère l’aide beaucoup, elle se sent acceptée comme elle est. Après la mort de cette dernière, elle sent sa famille en danger et prend sur elle pour leur venir en aide avant qu’ils ne s’effondrent. Plus tard elle partira au Portugal.

Et vient le petit dernier, qui vit à l’ombre de ce frère fantôme et aura pour tâche de réparer ses parents. Il l’assumera avec joie et courage, remettant de la vie dans leur existence.

Ce magnifique récit est tout en délicatesse et en émotion. Il raconte comment la vie peut continuer et même repartir après un cataclysme. Chaque enfant réagit à sa manière mais il n’y a aucun jugement de la part des parents ou de la grand-mère. Celle-ci accompagne sa petite fille au mieux pour lui permettre d’émerger du drame, il n’y a jamais le moindre reproche pour son attitude, même lorsqu’elle lâche son frère la seule fois où elle a essayé de le porter.

Le difficile parcours administratif pour trouver une solution est évoqué, les parents s’épuisent et finalement l’enfant sera placé à des centaines de kilomètres. Travaillant moi-même dans le milieu du handicap, je trouve que le système suisse est mieux organisé, une seule administration, plutôt efficace, l’AI, s’occupe de tout et les centres spécialisés pour les enfants ne manquent pas, nous avons de la chance sur ce point.

La nature, en particulier la montagne est un personnage à part entière du livre, elle permet de se ressourcer et d’y trouver force, apaisement ou combativité selon ses besoins. Les trois enfants la lisent de manière différente en fonction de leur caractère. Malgré la gravité du sujet, ce n’est jamais lourd ni pathétique. Au contraire c’est un magnifique message d’espoir et de résilience. Ce sont les pierres de la cour qui ont le rôle de narrateur, c’est original mais déroutant.

#Sadapter #NetGalleyFrance !

Une mystérieuse découverte, de Toby Ibbotson

William est autiste, il vit dans un monde dont il ne comprend que le sens littéral, sa mère le délaisse et il collectionne divers objets. Une grosse tempête a déraciné un vieux frêne dans le parc et Il a trouvé un mystérieux objet métallique en dessous. Il pense que l’arbre a au moins cent ans et que cet objet est le plus ancien de sa collection. Mais deux méchants gamins veulent le lui voler. Heureusement Judy, plus grande qu’eux les en empêche et protège William. Plus habitué aux moqueries, il lui voue tout de suite admiration et reconnaissance. Judy est surdouée et vit seule sur sa péniche depuis que son père est parti en Suède aider son ami Rachid, il a promis de revenir très vite, mais en attendant, la jeune fille doit assumer des responsabilités qui ne sont pas de son âge et surtout faire en sorte que personne ne découvre le pot aux roses. Lors de la soirée d’Halloween, les petits voyous s’en prennent de nouveau à Judy et Mr Balderson, un vieil original borgne, habillé en femme et très érudit lui sauve la mise. Après Noël, les services sociaux ont eu vent de l’affaire et Judy décide de partir en Suède à la recherche de son père. Après une nuit à errer en ville, elle rencontre le vieil érudit qui se rend justement dans le grand nord avec son camping car et lui propose de l’accompagner. William s’est caché dans le coffre à literie, la fine équipe est prête pour son aventure, qui a failli mal tourner car ils ne sont pas équipés pour l’hiver suédois, heureusement Stefan et sa grand mère viendront à leur secours.

C’est un magnifique roman, plein de tendresse et de magie, les personnages sont tous attachants. Il est aussi très bien écrit dans une langue riche et poétique, les paysages suédois appellent au voyage. Toutefois il faut garder son âme d’enfant pour apprécier la magie de ce livre sans l’analyser avec notre esprit adulte sinon on trouve les coïncidences un peu trop énormes, la fin complètement invraisemblable et d’autres points pas réalistes du tout, comme le fait que les enfants sont livrés à eux mêmes ou que Farmor ne prévienne pas les autorités de leur situation. Il faut se rappeler que ce livre est destiné à de jeunes lecteurs qui n’ont pas cet esprit critique et réaliste.

Il y a un peu de fantastique et de mythologie nordique, puisque Mr Balderston est assimilé au dieu Odin à plusieurs reprises et se comporte d’ailleurs plus en héros mythique qu’en humain. Ce roman parle de la différence et offre un regard bienveillant sur ce sujet : Judy est anglaise d’origine iranienne. Les deux enfants sont exclus sur le plan scolaire, Judy parce qu’elle est surdouée et en avance et William à cause de sa déficience intellectuelle. Judy,comme les autres personnages a l’intelligence du coeur et sait parler à William sans le blesser, même si des fois il est franchement insupportable.

L’humour n’est pas absent, notamment quand Farmor croit que Les Russes ont envahi la Suède. La recherche du père, tout comme la trouvaille de William sont plus un prétexte qu’un moteur dans l’intrigue. La disparition se résoudra toute seule sans que Judy doive chercher beaucoup, mais surtout elle se retrouvera elle-même. C’est avant tout un voyage initiatique qui permettra à tous les protagonistes de se trouver et de progresser dans leur chemin de vie. L’intrigue est bien construite et très prenante si on ne la lit pas avec un esprit adulte et terre à terre.

Une très belle découverte, un grand merci à Netgalley et aux Editions du Seuil pour cet excellent moment de lecture.

#Unemystérieusedécouverte #NetGalleyFrance

Jackpot à Pau, de Bernard Maignent

Première lecture de l’année 2022 et première déception, je ne partage pas du tout les avis dithyrambiques sur ce polar. Le texte est truffé d’innombrables fautes d’orthographe, de français, de mots manquants et autres coquilles, au minimum une par page et parfois encore plus, parfois même des confusion entre l’infinitif et le participe passé des verbes du premier groupe, c’est dire le niveau ! Plus grave il y a des incohérences à l’intérieur du texte, une fois les propriétés ont été rachetées il y a cinq ans, une fois il y a trois ans. Et encore plus fort, lors de deux interrogatoires, ce n’est pas la personne interrogée qui répond : on est dans l’interrogatoire de Fanny et il écrit à plusieurs reprises : Nadège répond que…. Seul problème, Nadège est une policière et n’est pas présente lors de cet interrogatoire. Le même procédé se répète plus loin en intervertissant les noms des suspects. Tout ceci donne vraiment l’impression d’un manuscrit bâclé qui n’a pas été relu. Et je ne vous parle même pas du style ni fluide ni agréable.

Donc la forme ne m’a vraiment pas plu, passons au contenu : Un berger qui revient de son alpage en fin de saison trouve une voiture calcinée avec deux corps dans le coffre. De quoi souhaiter la bienvenue au commissaire Lafitte qui vient d’être muté de Paris en punition de frasques amoureuses. L’enquête est conduite conjointement par la police et la gendarmerie. Les victimes sont un dealer très connu et un conseiller municipal. Ils ne semblent avoir aucun lien entre eux et les résultats se font attendre. Les trafiquants de la cité Saragosse sont déboussolés par la mort de leur chef, ils pensent qu’une bande rivale de la cité voisine est en cause et montent une expédition punitive, un mort de plus pour le commissaire mais il n’est pas sûr qu’il s’agisse d’un simple règlement de compte, ce serait trop simple. Il s’agit finalement d’une escroquerie très bien montée que les pandores auront la plus grande difficulté à découvrir.

L’intrigue est bien ficelée et plutôt originale, notamment au regard de l’identité des coupables que l’on ne soupçonnerait vraiment pas. La majorité des personnages ne sont pas crédibles, surtout le commissaire. Il parle à ses collaboratrices avec une condescendance de vieux macho qui ne colle pas à son personnage de dragueur, par ailleurs assez respectueux d’autrui pour vousoyer les voyous de la cité. Il tombe amoureux de Fanny et aucun flic sérieux ne sortirait avec une personne qu’il doit contrôler toutes les semaines, surtout pas un haut gradé muté pour une histoire de fesses. Le commissariat semble d’ailleurs être un vrai site de rencontre, avec deux poulettes qui tournent autour du lieutenant et où on prend le temps de faire une balade entre amoureux pendant les heures de travail alors qu’il y a un quadruple meurtre à résoudre !

Le livre semble avoir été subventionné par l’office du tourisme de Pau vu l’importance des détails « touristiques » dans l’histoire. Le maire François Bayrou est un personnage du livre et l’auteur lui cire les pompes. Il insiste lourdement sur son intégrité, son amour de la ville et son dévouement au bien commun, à tel point qu’on se demande si on doit l’appeler Monsieur le Maire ou Votre Sainteté.

Bref ce roman ne sera pas le premier coup de coeur de l’année. Un grand merci à Bookelis et Netgalley pour ce partage.

#JackpotàPau #NetGalleyFrance !

La prophétie des abeilles, de Bernard Werber

J’ai nettement préféré ce livre à Nous les dieux, lu récemment, sûrement parce que le moyen âge et l’épopée des croisades m’intéressent plus que la mythologie grecque. Il est tout aussi long, plus de seize heures d’écoute, mais mon attention est restée entière tout au long de ce livre audio, lu en une semaine environ. La lecture d’Aurélien Ringelheim est variée et très fluide, sa voix sait donner vie aux personnages masculins ou féminins du roman. Vu la densité de ce livre, je pense que la version audio est plus agréable que celle papier, car cette histoire se déroule comme un film d’aventure.

René Toledano, un professeur d’Histoire reconverti dans les spectacles d’hypnose, propose avec sa compagne Opale des voyages dans le passé ou le futur à ses clients. Il leur permet de rencontrer la personne qu’ils seront devenus dans trente ans et de dialoguer avec. Une spectatrice trouve que cette rencontre présente un monde aseptisé et demande à visiter le « vrai » futur, qui se révèle au contraire un univers surpeuplé, surchauffé et ravagé par le guerre depuis que les abeilles ont disparu. Elle est traumatisée par le choc et attaque René en justice, il ne lui reste qu’à vendre sa péniche et reprendre son travail d’enseignant. René veut en savoir plus et retente l’expérience, son futur moi confirme que la troisième guerre mondiale fait rage en 2053, mais il pourra y mettre fin grâce à un livre mystérieux La prophétie des abeilles. René visite le passé à la recherche de ce fameux manuscrit et se retrouve dans la peau de son ancien moi qui a participé aux croisades et fondé l’ordre du Temple. Son ami et collègue Alexandre se joint à lui et les deux hommes découvrent qu’ils étaient déjà amis à cette époque. Multipliant les voyages dans le temps ou l’espace contemporain (Israël, Chypre) et accompagnés de Mélissa, la fille d’Alexandre, ils se lancent à la recherche de la fameuse prophétie.

La plus grande partie du livre se passe à l’époque des Templiers, de la fondation de leur ordre à sa persécution par Philippe le Bel en 1307, les fans Des rois maudits s’y retrouveront avec grand plaisir, ce qui est mon cas. C’est vraiment très bien écrit, il y a beaucoup de recherche derrière ce roman, ce qui nous permet de nous immerger dans cette époque. La partie contemporaine avec ses enjeux géopolitiques et environnementaux est aussi très intéressante. La disparition des abeilles entraîne des famines, puis des guerres à cause de ressources devenues insuffisantes pour nourrir la planète. L’humour est aussi présent, ainsi René et Alexandre se présentent à leur moi ancien comme des anges avec l’habit qui va avec, mais st René est pris pour un démon par un Evrard peu collaborant. Les réflexions terre à terre des héros sur la vie au Moyen âge ne manquent pas de piquant, on apprend ainsi que tout était sale, crasseux et puant, que les tissus grattaient et que la nourriture était peu abondante et surtout très peu variée.

Sous le titre de Mnémos, certains chapitres parcourent l’histoire des religions et des ordres monastiques militaires (Templiers, Hospitaliers, Teutonique), c’est très intéressant mais pas du tout neutre comme présentation. Werber choisit un angle athée qui déforme la perspective selon ses propres vues. La partie prospective, heureusement assez courte est la moins réussie, quant à l’identité du nouveau Messie, j’ai failli m’étouffer de rire ! La réflexion classique de savoir si on peut changer l’avenir en visitant le passé ainsi que la question du libre arbitre sont très bien développées. Seuls les Grands Maîtres des templiers peuvent lire la prophétie, car ils craignent que les chevaliers baissent les bras s’ils savaient dès le début quel sera le sort de leur ordre ou celui du royaume chrétien d’Orient. Jacques de Mollay a connu d’avance ce que serait sa fin et c’est difficile à assumer. Pareil pour Enguerrand de Marigny, qui essaie en vain d’échapper à son sort. Cet aspect est très intéressant, finalement l’homme doit croire que l’avenir n’est pas écrit, l’est-il d’ailleurs ?

Il y a de nombreux rebondissements, beaucoup d’action et l’auteur sait garder l’attention du lecteur tout au long de ce pavé de presque six cent pages. J’ai beaucoup apprécié ce roman foisonnant et bien construit sur une thématique que j’apprécie. Un grand merci à Netgalley et Audiolib pour cette belle découverte.

#LaProphétiedesabeilles #NetGalleyFrance !