Un long voyage, de Claire Duvivier

J’ai beaucoup aimé ce voyage fantasy, qui commence doucement ; très longtemps je me suis demandé pourquoi ce roman était étiqueté Fantatasy et SF, et ça m’allait très bien. La première partie du livre est tout ce qu’il y a de classique et rien n’indique qu’on n’est pas dans le monde réel, si n’est les noms des contrées qu’on ne reconnaît pas.

Le jeune Liesse, sept ans est emmené au comptoir de l’Empire par sa mère. Dans cet archipel perdu au bout du monde, les villageois sont pauvres et quand ils ne peuvent plus élever leurs enfants trop nombreux, ils les déclarent tabous et peuvent les jeter à la mer sans problème. Pour éviter ce triste sort à son fils, la mère espère qu’un des fonctionnaires voudra bien le prendre comme esclave. Mais l’esclavage est aboli depuis plus de trente ans et personne ne veut se mettre en tort, sauf Merle, un tout jeune fonctionnaire qui connaît bien les îles et leurs coutumes aussi accepte-t’il Liesse pour le sauver. Tous les fonctionnaires se prennent d’affection pour l’enfant et l’instruisent, il devient garçon de course, puis adjoint de Merle, le secrétaire du comptoir. L’empire envoie une nouvelle gouverneure, Melvine Zélina de Félarasie, une descendante de la lignée impériale, même si le dernier empereur a disparu depuis des siècles. La jeune femme a de grand projets pour le développement de l’archipel. Plus tard, Liesse devient son adjoint et ils s’embarquent tous deux dans un voyage pour Solméri, une Cité-Etat lointaine dont Malvine vient d’être nommée gouverneure.

A ce moment le récit prend une nouvelle direction et on comprend enfin son classement en imaginaire. Les personnages prennent une autre épaisseur et leurs aventures dépassent leur simple rôle administratif. On est ici dans une magie très subtile, pas de sorcière, d’animaux fantastiques ou d’épée magique, mais une uchronie qui joue sur le voyage temporel, grâce à un beffroi en panne depuis des siècles mais dont la fonction, contrairement aux apparences, n’a jamais été de donner l’heure. Malvine sera la première à en faire l’expérience, avant que le drame ne touche Solméri.

Il y a une bataille dans le roman, mais une seule et pas trop longue, ce que je trouve très appréciable dans un roman fantasy. Malvine et Liesse sont des personnages attachants, il font face à l’hostilité de leurs administrés, car l’empire est en déclin et l’administration locale n’accepte plus son autorité. Ce conflit causera la catastrophe qui a presque anéanti la cité.

Liesse est un personnage très intéressant, il a été rejeté par son village, lorsqu’il est garçon de course, il a de nombreux amis parmi les enfants de la ville, mais en grandissant il devient trop « impérial » à force de vivre au comptoir et d’adopter ses valeurs, ce qui lui vaut un nouveau rejet. Il est étranger partout et malgré l’affection des autres fonctionnaires, il n’est pas des leurs, ce qui le force à accompagner Malvine. Il aura d’autres problèmes d’identité à Solméri, ce qui lui permettra de parcourir les diverses strates sociales selon les aléas de son existence et d’affuter son regard sur l’empire déclinant, puis la nouvelle Solméri où toutes les cartes ont été brassées. Il se montre fidèle à Malvine au-delà de sa mort et perpétue sa mémoire. C’est un personnage très attachant et riche. Les deux personnages principaux font preuve de résilience, ils ne baissent jamais les bras face à l’adversité pour essayer de donner un meilleure avenir à leurs proches.

Les paradoxes temporaux sont aussi très intéressants, j’aime ce genre de fantasy peu commune. Je suis toujours épatée par l’imagination des auteurs imaginaires qui créent des univers riches, à la fois proche du nôtre et en même temps complètement différents. On assiste à la fin d’un monde, après des années de crise, une société nouvelle et plus égalitaire surgira du chaos, les peuples sauront s’unir pour s’assurer d’un avenir meilleur.

J’ai beaucoup aimé ce roman que j’ai trouvé original, mais je n’ai pas beaucoup de point de comparaison, lisant peu de littérature imaginaire. Un grand merci à Netgalley, Audiolib et aux Forges de Vulcain pour cette très belle découverte

#Unlongvoyage #NetGalleyFrance !

Et les vivants autour, de Barbara Abel

Jeanne est dans le coma depuis quatre ans, à la suite d’un accident de voiture. Elle est le centre des préoccupations de sa famille : son père Gilbert, un homme d’affaires riche qui ne vit que pour travailler, sa mère Micheline, une femme soumise à son tyran de mari, qui accepte tout, sa soeur Charlotte qui a renoncé à une potentielle carrière d’actrice pour épauler son mari dont le restaurant n’arrive pas à démarrer et enfin son mari Jérôme, comédien rongé par la culpabilité depuis quatre ans. Chacun gravite autour d’elle, les jeunes s’éloignent, le père n’est que rarement présent alors que la mère consacre tout son temps à Jeanne. Elle lui parle, lui fait la lecture car elle croit au miracle d’un prochain réveil contrairement aux autres. Le médecin convoque la famille pour une communication importante. Ils pensent qu’il veut débrancher Jeanne et les débats vont bon train, seule la mère s’y oppose encore, le père a fini par baisser les bras. Ils se rendent à ce rendez-vous s’attendant au pire, mais pas du tout à ce qu’ils vont entendre. Dès ce moment les conflits vont exploser comme jamais dans cette famille dysfonctionnelle, les secrets se révéler tandis que les masques tombent.

J’ai beaucoup aimé le début de ce thriller psychologique, il relate d’une manière très plausible l’évolution d’une famille confrontée à ce drame, Jeanne est au centre de tout et son absence transforme peu à peu les liens, finalement seule là mère y croit encore. Au fil du temps, les autres ont pris de la distance et ont besoin de tourner la page, surtout sa soeur et son mari. L’annonce du médecin accélère le processus de décomposition familiale. Toutefois l’évolution de la mère quitte le domaine du possible et la fin perd toute crédibilité, l’auteure veut en faire trop.

Gilbert et Micheline forment un couple bourgeois peu sympathique, le mari est obsédé par le rentabilité de son entreprise qu’il gère sans coeur, n’hésitant pas à licencier une employée pour quelques retards malgré sa situation difficile. Mais elle viendra le hanter à la place de sa conscience et finira par se venger de l’humiliation subie. Micheline est complètement soumise à son mari, ne le contrarie jamais mais elle ne peut accepter sa décision pour leur fille. Et le masque tombe, n’arrivant pas à le confronter, elle choisit les grands moyens. Charlotte a aussi une relation amour / haine avec sa mère. elle a toujours souffert de la préférence affichée de Micheline pour Jeanne et recherché désespérément son amour. Lorsque sa mère lui révèlera enfin la vérité, elle lui vouera une haine à la mesure de son amour trahi. Des soupçons de pédophilie planent également sur Gilbert, de quoi garantir une ambiance familiale explosive.

Le thème de la fin de vie et du maintien des personnes dans le coma est évidemment présent tout au long du livre. Les arguments sont bien posés. Outre son amour maternel, Micheline oppose l’idée que la vie est sacrée, sa foi est présentée de manière caricaturale et peu convaincante. On la voit à l’église répéter de manière mécanique des « ave Maria », mais il n’y a aucune relation vivante avec Dieu, le but étant sans doute de la faire paraître bigote et dénuée de réflexion. Dans l’ensemble c’est un personnage plutôt caricatural dont la vengeance n’a rien de plausible.

C’est dommage que le roman soit parti sur la piste de la vengeance, surtout de manière si peu crédible. L’exploration de cette famille dysfonctionnelle donne déjà un roman bien noir et intéressant. Ce livre me laisse une impression mitigée, j’ai beaucoup aimé la début, mais je trouve que la fin gâche la fête.

Un grand merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour cette découverte.

#Etlesvivantsautour #NetGalleyFrance !

Mort sur le transsibérien, de C. J. Farrington

Voici un nouveau mystery cosy qui nous emporte bien loin de l’Angleterre, en Sibérie comme l’indique son titre. Olga Pouchkine est technicienne de maintenance ferroviaire dans un petit village, elle s’occupe de l’entretien des voies et occupe une cabane près d’un passage à niveau jamais construit. Elle rêve d’aller étudier la littérature dans la grande ville voisine et de devenir écrivaine. Elle économise pour cela depuis des années, mais compte surtout sur le succès d’un livre qu’elle écrit sur les leçons de vie inspirées du transsibérien. Sa vie privée est compliquée, entre son père alcoolique, sa tante tyrannique et sa meilleure amie Anna mariée à un voyou également alcoolique et qui lui emprunte très souvent de l’argent, mais elle est pleine de bonté et aime aider les autres. Un jour son chef l’envoie réparer un aiguillage et au retour, elle se fait pratiquement assommer par le cadavre d’un jeune Américain jeté du train à la hauteur de sa cabane. Elle décide de s’impliquer dans la résolution du crime, puis une hôtesse du transsibérien est assassinée à son tour et son ami d’enfance Vassily, le policier du village accusé du meurtre. Olga croit à son innocence et fera tout ce qui est en son pouvoir pour le prouver.

Olga est un personnage très attachant, pleine de bonté et prête à tout pour aider les autres. Elle est à la fois dégourdie et maligne dans certains domaines, mais naïve et peu lucide dans d’autres secteurs de sa vie privée. Elle a un fort lien avec sa mère trop tôt décédée, issue de la noblesse, tandis que son père l’exploite honteusement. Il joue les infirmes depuis des années à la suite d’un petit accident, ne travaille plus et vit aux crochets de sa fille. Il l’a obligée à devenir cheminote alors qu’elle désire étudier plus que tout.Il la rabaisse sans cesse et il faudra que son frère revienne à la maison suite à son exclusion de l’armée pour qu’Olga arrive enfin à s’arracher à cette emprise. Elle est en manque d’amour, mais se sent indigne d’être aimée, elle tombe amoureuse de Vassily et on peut penser que si de nouveaux épisodes de la série sont publiés, il se passera quelque chose entre eux, mais pas dans le prochain opus puisqu’Olga est mutée bien loin de la Sibérie. Vassily est aussi un personnage attachant, seul policier non corrompu du livre.

Dans l’ensemble c’est un livre très agréable à lire, même si j’ai trouvé qu’il était rempli de clichés, sur les femmes russes soumises aux hommes et peu lucides à se sujet, sur la corruption et l’alcoolisme des personnages, femmes comprises, qui semblent boire de la vodka comme nous du café, sans oublier les nostalgiques de Staline. On nous présente une Russie très stéréotypée, y compris dans la relation que les habitants ont avec Poutine, l’acceptant sans rien en attendre. Je n’ai pas eu l’impression que ce roman offre une vision réaliste et critique du pays, certes on y voit la misère du peuple dans les régions périphériques, mais il y a un côté un peu dix-neuvième siècle à mon goût. Mais bon les mystery cosy n’ont pas vocation d’offrir une vision sociale très réaliste.

L’action peine à démarrer et se mettre en place. Le début est surtout consacré à la vie personnelle d’Olga et ses relations avec sa famille ou les autre villageois. J’ai trouvé cette partie longue, répétitive et plutôt ennuyeuse, ceci durant le premier tiers. Ensuite il y a beaucoup d’action et plusieurs énigmes seront résolues, même si ce n’est pas très crédible. Merci à Netgalley et Hugo Publishing pour ce polar très sympa dans un décor inhabituel.

#MortsurleTranssibérien #NetGalleyFrance !

Labyrinthes, de Franck Thilliez

Selon mon habitude, j’ai une fois de plus commencé une trilogie par la fin, du coup j’ai deux nouveaux livres dans ma trop grande pal, mais comme c’est un coup de coeur, je tiens à connaître le début de l’histoire. De plus c’est la première fois que je lis cet auteur et je me demande bien pourquoi j’ai mis tant de temps à le découvrir. Une fois de plus j’ai eu le grand plaisir de le lire en version audio, un format que j’aime beaucoup. Il est lu par Léovanie Raud, qui sait nous faire partager la vie de ces héroïnes tourmentées avec sa voix bien posée et sa lecture très fluide.

Une jeune inspectrice interroge un médecin à l’hôpital à propos d’une jeune femme trouvée blessée et couverte de sang près d’un cadavre bien amoché dans un chalet en pleine nature, elle désire savoir si la patiente a commis ce meurtre. Le médecin, un psychiatre, lui dit qu’elle est amnésique mais qu’elle a pu raconter son incroyable histoire avant de perdre la mémoire, il l’entraîne dans une chambre voisine et lui raconte en effet un terrible récit qui porte bien son titre. C’est l’histoire de cinq femmes, Julie, la jeune fille kidnappée, Lysine, la journaliste, Sophie la romancière, Véra la psychiatre hypersensible aux ondes diverses … et celle qui a la clé de cette affaire et qui interviendra seulement à la fin, on les suit tour à tour dans un roman choral.

Julie se fait enlever par Caleb Traskman, un auteur qui écrit des polars très gore et des romans d’horreur. C’est un pervers qui apprécie tout particulièrement de vivre ce qu’il décrit, ainsi Julie sera son jouet durant huit ans. Lysine a quitté le Nord depuis le cambriolage de sa maison, elle y retourne pour la vider et tombe sur un film particulièrement répugnant, dont elle veut identifier l’auteur. Véra a fui la ville car elle ne supporte plus les ondes et a trouvé refuge dans un hameau abandonné au fin fond des Vosges. il est occupé par d’autres hypersensibles qui le retapent à la belle saison et vivent isolés à la mauvaise. Véra communique avec son voisin André par radio, un soir elle reçoit la visite de Sophie, une ancienne patiente devenue romancière et qui se targue de pouvoir prophétiser l’avenir, elle lui fait très peur.

L’auteur a monté un incroyable labyrinthe avec ces cinq femmes, la construction de l’intrigue est vraiment bluffante, et le dénouement complètement inattendu, comme cela semble être sa marque de fabrique. La fin m’a complètement scotchée et donné très envie de connaître le début de cette histoire, même si apparemment on peut lire les trois volumes indépendamment. Les personnages sont très travaillés et réalistes.

La thématique principale est la violence envers les femmes et aussi une intéressante réflexion sur l’art et ses limites. Le film très trash découvert par Lysine se veut une oeuvre d’art extrême. Elle nous parle des performances d’artistes qui existent vraiment. Peut-on encore parler d’art ou juste de perversité ? Normalement les performances sont réalisées par des artistes consentants, aussi choquants que soient leurs actes, mais certains passent encore plus du côté obscure de la force et deviennent juste des criminels. A la fin du roman, il y a un entretien avec l’auteur qui certifie que ces pratiques existent vraiment et sont légales tant que personne n’en meurt et que les participants, bourreaux ou victimes sont consentants, même si on se demande comment on peut en arriver là. Les spectateurs et admirateurs des artistes font tout pour garantir leur anonymat et vivent « normalement » dans la société, même si je doute que des personnes ayant de telles pratiques puissent être des gens « normaux ». Le troisième thème important est la maladie psychiatrique, je n’aime pas le terme de folie, également traité avec brio et dans lequel nous serons une fois de plus complètement perdus.

L’auteur parle aussi de la construction géniale de son roman, extrêmement sophistiquée pour mystifier le lecteur très longtemps. Il souligne les indices qu’il nous a laissé en chemin pour nous mettre sur la piste avant le basculement, mais j’avoue ne pas y avoir prêté attention avant. L’astuce mise en avant dans le premier et le dernier chapitre est particulièrement réussie et je ne l’aurais pas démasquée sans son explication. Un polar vraiment épatant et original que je ne peux que recommander chaleureusement. Un grand merci à Lizzie et Netgalley pour cette superbe découverte, qui mérite largement ses cinq étoiles.

#Labyrinthes #NetGalleyFrance !

Les larmes du lagon, de Nicolas Feuz

Tanja Stojkaj, ancienne policière fédérale et amie de de Flavie Keller s’est enfuie à Bora Bora dans la maison que lui a légué Eric Beaussant (L’ombre du Renard, entre autre), il lui fait d’ailleurs parvenir un lingot d’outre-tombe. Elle se cache avec sa mère et son fils de deux ans pour échapper autant à la justice suisse qu’à la mafia albanaise, même Flavie ne sait pas où elle se trouve. Sur la plage, son fils trouve un doigt humain et en inspectant les lieux la jeune femme découvre un corps en partie mutilé pris dans une grille. Elle avertit donc la gendarmerie, qui ne tarde pas à attribuer le drame à une attaque de requin. Les policiers sont pressés car ils ont une mission importante deux jours après. Incapable de faire taire son instinct, Tanja mène son enquête de son côté, le net lui apprend que les requins n’attaquent pratiquement jamais l’homme sauf s’ils sont provoqués ou agressés. Au lieu de se tenir à l’écart des évènements, comme la sage touriste qu’elle est censée être, Tanja va se mêler de l’enquête et se trouver prise dans un complot en lien avec les essais nucléaires français terminés depuis près de trente ans, mais dont les conséquences sont toujours actuelles. Le roman se déroule sur cinq jours, il se passe en même temps que Brume rouge, car Tanja aide Flavie et le procureur Jemsen à distance sur le darknet et par téléphone. Les deux enquêtes se terminent au même moment.

J’ai beaucoup apprécié cette promenade dans cette île paradisiaque, surtout que l’on découvre l’envers de la carte postale, ce qui est toujours plus intéressant. On n’a un peu oublié les essais nucléaires, mais ils ont laissé de lourdes séquelles environnementales. Je m’en doutais, mais je ne savais pas que cette terre avait aussi été occupée, ou du moins contrôlée par les forces américaines durant la seconde guerre mondiale. L’écologie n’était pas encore à la mode en 1945 et l’armée s’est débarrassée du matériel en le jetant à la mer ou en le laissant pourrir sur place, ce qui s’ajoute aux essais et cause des ravage sur le plan de la santé public. L’un des personnages du roman incarne justement ces problèmes.

Nous découvrons quelques croyances traditionnelles grâce au médecin légiste, ce qui est très intéressant, même si j’aurais voulu en savoir plus et nous visitons aussi les coulisses d’une affaire retentissante des années 1980. Il y a quelques rebondissements et retournements de situation, mais nettement moins que ce à quoi Nicolas Feuz nous a habitués. J’ai trouvé Tanja plutôt énervante, elle se cache, sait sa vie et celle de sa famille en danger, mais ne trouve rien de mieux que de se lancer dans une enquête parallèle malgré les avertissements des gendarmes qui ne découvriront le pot au roses que parce qu’elle le leur révèlera, on a vraiment envie de lui dire de rester tranquille et de ne pas jouer avec le feu. C’est finalement elle qui provoque la catastrophe qui lui brise le coeur. La fin laisse entrevoir qu’on va retrouver Tanja, Flavie et le procureur dans le prochain opus de la série.

L’écriture est fluide, agréable et maîtrisée, tout comme l’intrigue, les chapitres alternent entre les années 1980 et l’époque contemporaine. Les racines des problèmes actuels de la Polynésie remonte à longtemps et j’apprécie ces intrigues basées sur des faits historiques. C’est un très bon polar que je recommande chaleureusement.

L’antre du Diable, de Preston & Child

Nous avons la chance de retrouver nos héros favoris deux fois par an, au printemps et en automne, la mouture de novembre est consacrée aux aventures de Nora Kelly et Corrie Swanson. Les titres sont toujours aguicheurs, cette année les auteurs ont choisi d’explorer le domaine de la SF et de l’intégrer dans un thriller.

Nora s’entend mal avec la nouvelle directrice de l’institut archéologique de Santa Fe et lorsque celle-ci veut lui confier des fouilles sur le site de Roswell subventionnées par un milliardaire excentrique qui croit aux extraterrestres, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, l’archéologue ne veut pas être le risée de la communauté scientifique et démissionne. Mais Lucas Tappan est obstiné, il commence par engager Skip, le frère de Nora et présente à sa soeur des relevés géologiques intrigants qui démontrent qu’il y a quelque chose à chercher sur le site. Nora ne résiste pas, mais elle a repéré une tombe sur le document, il s’agit peut-être d’un tombeau indien et la loi l’oblige à fouiller cette partie du site en premier. Les corps sont bien plus récents et Nora en avertit Corrie puisque le site est sur une terre fédérale. Et nous voici embarqués dans un thriller qui mêlent espionnage, guerre froide, guerre des agences fédérales, archéologie et science fiction, de quoi ne pas nous ennuyer le moins du monde. Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte. Ceux qui s’attendent à une ambiance diabolique seront déçus, le titre du roman est le nom topographique du site de Roswell, Diablo Mesa en espagnol.

L’intrigue est bien ficelée et intéressante, plutôt bien documentée comme toujours. Toutefois la fin n’est pas réussie, là on sort du crédible. Corrie, toujours présentée comme une jeune agente peu sûre d’elle-même, qui cherche l’approbation de son supérieur va se révéler comme une Superwoman capable de conduire une jeep sous un déluge d’obus, entre autre, c’est vraiment « to much » et ça gâche la fête. Les autres aspects sont assez crédibles, en particulier les faits remontant à la guerre froide et les dérives de l’armée américaine, qu’on sait capable de tout.

Sur l’affaire de Roswell elle-même, les auteurs nous proposent une interprétation qui en vaut une autre. Personnellement je ne crois absolument pas à l’existence de civilisations extraterrestres, je pense que nous sommes seuls dans l’univers. D’ailleurs je me demande pourquoi les auteurs de SF imaginent le plus souvent que ces personnages ont des technologies bien plus avancées que les nôtres et veulent nous détruire, je pense que l’homme saura très bien se détruire tout seul. Pourquoi les extraterrestres ne seraient-il pas au stade d’un tas d’atomes sans conscience, style amibes ? Le message laissé à Roswell selon ce roman est bien senti, il y a assez de problème à régler sur notre planète pour ne pas se préoccuper de lointaines galaxies.

La partie espionnage, guerre froide et guerre des services est vraiment convaincante et dans l’ensemble c’est un très bon thriller. Je ne lui mets que quatre étoiles à cause du feu d’artifice final qui manque totalement de réalisme. Aussi parce que l’archéologie est moins présente que dans les deux premiers tomes de la série. J’apprécie beaucoup cette dernière, mais pas autant que celle consacrée à mon chouchou l’inspecteur Pendergast.

Un grand merci à Mylène de L’Archipel et à Netgalley pour cette découverte.

#LANTREDUDIABLE #NetGalleyFrance !

La fille aux cerfs-volants, d’Olivier Rigot

Voici un livre qui m’a fait voyager jusqu’au Cap Horn avec Sébastien, un photographe de mer et navigateur qui réussit à intégrer l’équipe de De Souzon, un marin qui va se lancer dans le record du tour du monde sur un catamaran dernier cri. La sélection est rigoureuse, mais Sébastien réussit à s’imposer. Après une avarie, le bateau repart de plus belle, la navigation n’a rien de poétique, les marins sont lancés dans une course au record sur une formule un des mers. L’activité routinière du bateau laisse du temps pour rêver, le jeune homme se plonge dans ses souvenirs de Sylvia, une championne de kitesurf avec qui il sort d’une relation compliquée. On comprend vite qu’il s’est embarqué pour fuir cette histoire douloureuse. Il a rencontré Sylvia quelques années auparavant à une soirée à Monaco organisée par leurs sponsors respectifs, n’aimant pas les mondanités, ils ont immédiatement sympathisé, se sont revus pour un shooting de maillots de bain réalisé par Sébastien et une relation fusionnelle a vite démarré. Jusqu’à la rupture suivie de la disparition de Sylvia, qui lui téléphone au bout d’un an pour l’appeler au secours car elle était en grand danger.

J’ai beaucoup aimé ce livre qui mélange avec brio différents genres : nature writing, thriller, espionnage, récit de voyage et histoire d’amour. J’ai préféré la partie en italique (plus longue) qui raconte l’histoire de Sylvia que le voyage présent autour du monde, même si c’est loin d’être inintéressant. Au début il y a un lexique des termes marins que j’ai parcouru en vitesse, mais même si on ne comprend pas exactement le sens de ce jargon, on le déduit du contexte et on imagine très bien ces marins forts occupés sur leur bateau, on a tous vus des émissions ou des vidéos consacrées à la voile et c’est bien suffisant pour comprendre de quoi il retourne. J’ai bien apprécié que les béotiens comme moi puissent lire ce roman sans être submergés par un vocabulaire particulier, par contre les adeptes de ce sport apprécieront tous ces détails.

On y parle beaucoup de la nature, de beaux endroits encore préservés et surtout de la protection de la mer, Sylvia étudiant la biologie marine. La relation entre les deux jeunes gens est fusionnelle, mais au final Sébastien vit sous l’emprise de sa compagne qui lui cache de nombreux secrets et n’hésite pas à lui faire du mal sous prétexte de le protéger, toutefois il est toujours prêt à tout pour elle, même à pardonner le pire. Je lui ai trouvé un manque criant de lucidité, il incarne parfaitement l’idée que l’amour rend aveugle.Dans les romans (et sûrement dans la vie réelle aussi), ce sont plutôt des femmes qui sont sous emprise d’un mari tyrannique, ici c’est le contraire et j’ai trouvé ce point vraiment original.

L’intrigue « thriller » est bien ficelée et nous emporte dans le monde obscur des espions, thème pas si courant que cela dans les polars. J’ai beaucoup aimé la mise en abyme des voyages de Sébastien, qui donne de la profondeur au récit. Quant à la fin, elle est juste incroyable. J’ai beaucoup aimé ce roman complexe et très bien écrit, une très belle découverte pour laquelle je remercie les Editions Slatkine.et Delphine en particulier.

Casse-tête à Cointe, de Francis Groff

Un grand merci à Babélio pour ce polar gagné lors de la dernière MC mauvais genres. L’année du bac, c’est à dire il y a une éternité, j’avais décidé de faire un « Brel safari » de deux semaines, qui m’a fait visiter la Belgique et certaines villes de Hollande. Je suis donc passée à Liège un jour de pluie (on ne peut quand même pas demander de la neige en juillet !), cette ville m’a laissé peu de souvenirs en dehors de la promenade au bord du fleuve, contrairement à Amsterdam ou Bruges, surtout je ne me rappelle absolument pas l’observatoire qui sera le point de départ de ce roman.

Il commence très fort avec deux jeunes urbexeurs qui explorent ledit observatoire, désaffecté depuis longtemps et en mauvais état, à tel point que le garçon passe à travers le plancher du grenier sans se faire trop mal, mais les jeunes découvrent un corps décapité. Après cette entrée sur les chapeaux de roue, le soufflé retombe. Stanislas Barbérian un vendeur de livre ancien de Paris vient à Liège car il doit rechercher des documents ayant trait à la guillotine aux archives pour une maison suisse de ventes aux enchères. Il se rend aux archives de l’Etat, rencontre le directeur, mais comme il est détective privé à ses heures perdues, il enquête sur le meurtre de l’observatoire avec un journaliste avec qui il s’est rapidement lié.

Il n’y a pas beaucoup de suspense et l’histoire se déroule très lentement. A la fin, on retrouve un rythme d’enfer lorsque l’assassin est démasqué sans que rien ne nous fasse deviner son identité auparavant. J’ai eu l’impression qu’un magicien sortait un lapin de son chapeau. Je me suis beaucoup ennuyée à suivre les pérégrinations de nos deux héros dans les rues de Liège.

Je dirais que c’est un roman très régional, qui devrait beaucoup plaire aux lecteurs locaux, mais pour les autres, du moins ceux qui ne connaissent pas bien Liège, c’est très soporifique. Les détails topographiques fouillés sont agréables quand on est du coin (comme dans les romans de Nicolas Feuz pour moi), ils permettent de visualiser l’action comme dans un film, mais sans connaître les détails du lieu on est vite submergé d’information inutiles, qui laissent un sentiment de confusion. De plus l’enquête n’est pas très intéressante avec ces deux pôles menés à train d’enfer et une lenteur d’escargot entre deux.

Les renseignements historiques, notamment sur les exécutions aux dix-huitième et dix-neuvième siècle sont intéressants, comme l’histoire des bâtiments comme l’observatoire et le local de la PJ, mais cela n’a pas suffit à me distraire du profond ennui ressenti tout au long de cette lecture. Par contre je ne doute pas que les lecteurs belges y trouveront leur compte.

Là où tombent les anges, de Charlotte Bousquet

J’ai beaucoup aimé ce livre jeunesse mais qui convient aussi parfaitement aux adultes, c’est un excellent roman historique et je ne suis pas passée loin du coup de coeur.

Solange, seize ans habite Auvers sur Oise, son père est alcoolique et très violent. Elle ressemble à sa mère qui l’a abandonné (on comprend pourquoi!) et le père se venge sur sa fille. Un jour qu’il s’est montré encore pire que d’habitude, Solange décide de s’enfuir à Paris pour rejoindre son amie Lilly. Celle-ci se produit dans un cabaret et se montre très délurée. Solange reste sage et trouve un emploi dans un atelier de couture, les journées sont longues, le salaire bien maigre, mais elle est heureuse, découvre la vie parisienne, le cinéma, le théâtre et même un premier amour avec Aurélien, un étudiant en droit. Ils vivent l’instant présent, le jeune homme ne lui promet rien et elle craint de le perdre, ce qui ne manque pas d’arriver. Elle rencontre ensuite Robert, un banquier qui lui propose le confort matériel pour s’occuper de sa vieille tante, puis le mariage. Solange se sent en sécurité avec lui même si elle ne l’aime pas et accepte, malgré les mises en garde de Lilly qui a compris sa vraie nature. Ils se marient fin 1912, Solange devient une bourgeoise, elle a de l’argent, mais subit de nombreuses brimades de Robert et de Tante Emma.

Nous suivons la vie des deux filles ainsi que de leurs amies Marthe et Clémence, puis plus tard des nouvelles amies de Solange de 1912 à 1920. Lilly est une artiste de cabaret, les deux autres sont ouvrières dans des ateliers de couture. Elles restent liées tout au long de la guerre, Solange est consciente d’être une privilégiée, alors que Clémence connaîtra la misère des usines de munitions, par contre son mari l’aime.

Ce livre est très bien documenté, il mêle histoire et roman. On y rencontre des personnages importants de l’époque comme Marcel Proust, chaque chapitre, plutôt court, commence par la citation d’un article de journaux, d’une chanson, d’une lettre de poilus ou autre texte contemporain. Le contexte est vraiment très bien posé et développé. On suit le destin de ces femmes de différents milieux, en particulier durant la guerre qui marque la fin d’un monde et le début du monde « moderne ». Cette pluralité sociologique est particulièrement intéressante, l’auteure écrit d’un point de vue féministe pour nous conter comment ces héroïnes vont conquérir leur liberté, chacune à leur manière. La violence est ce qui caractérise le plus la condition féminine au début du vingtième siècle, les filles sont soumises à l’autorité de leur père, les femmes de leur mari et les plus pauvres à celle de leurs patrons qui ne font pas dans la dentelle. Les femmes sont soumises, écrasées et on ne leur demande pas leur avis. Lilly et Solange commencent par fuir leurs pères et découvrent une vie plus libre à Paris, mais Solange voit rapidement son côté un peu illusoire au vu des contraintes économiques qui les écrasent : Que deviendra Lilly lorsqu’elle aura perdu la fraîcheur de sa jeunesse ? Elle préfère donc se mettre sous le joug de Robert qui l’écrasera et la dominera, lui interdisant de voir ses amies, et après la guerre se révèlera du même tonneau que son père, seulement à ce moment elle ne sera plus une jeune fille craintive et saura se défendre. Clémence épousera Pierre un instituteur qui fait contrepoids à ces hommes dominateurs, un homme très moderne qui aime vraiment sa femme et lui ouvrira les portes de la culture malgré leur pauvreté.

Du point de vue sociétal, la guerre marque aussi la fin du dix-neuvième siècle, les hommes partis sur le front, les femmes doivent les remplacer dans les usines militaires ou pour conduire les trams et les métros. En 1919, elles refusent de reprendre leur place au foyer, c’est le début de la lutte pour leur émancipation. Le roman nous raconte la vie des Parisiens durant cette période, même si les hommes donnent des nouvelles du front, surtout Pierre, le mari de Clémence. Si la société et les femmes évoluent beaucoup durant cette période, les hommes reviendront traumatisés, mutilés et souvent alcooliques et très violents comme Robert.

Solange et Tante Emma sont les deux personnages principaux, elles sont très attachantes, même la tante qui révèlera à sa protégée le pourquoi de son attitude hostile du début et les raisons de sa tolérance envers la tyrannie de son neveu, dont elle souffre aussi. Leur psychologie est très élaborée et réaliste. L’évolution de la jeune fille est particulièrement intéressante. Elle s’ouvrira au monde et lorsque Robert se révèlera être une copie du père, elle aura les moyens de ne plus être une victime. Pierre est aussi un personnage très attachant, mais malheureusement peu réaliste : En effet les horreurs de la guerre, si bien décrites dans ses lettres semblent lui glisser dessus comme de l’eau sur les plumes d’un canard, sa pureté n’en sera pas altérée, ce qui est peu vraisemblable. Le courrier envoyé du front, surtout les lettres de Pierre est aussi peu réaliste, la censure veillait à ce que la vérité des combats et des exécutions sommaires de « déserteurs » ne parviennent pas à l’arrière. La propagande du gouvernement est bien présente dans le roman, qui montre que les civils n’en croyaient plus un mot après un ou deux ans de guerre. Après le conflit, la société met une nouvelle fois la pression sur les femmes pour les obliger à accepter les handicaps physiques et ou psychiques de leurs maris, on ne quitte pas un héros, même s’il est devenu alcoolique, violent et n’a plus figure humaine, une nouvelle violence faite aux femmes par cette société patriarcale, qui sera heureusement vite ébranlée.

Un très beau roman que je recommande chaleureusement.

Le bureau des affaires occultes, T1, d’Eric Fouassier

Les Trois Glorieuses n’ont pas souri au peuple qui a pris tous les risques, puisqu’elles ont porté au pouvoir Louis-Philippe et une bourgeoisie d’affaire qui ne songe qu’à s’enrichir toujours plus, le peuple n’est pas satisfait en cette année 1830, les sociétés secrètes républicaines ou autres se multiplient, le pouvoir hésite entre laxisme et répression. Dans ce contexte, le jeune inspecteur Valentin Verne est transféré du services des moeurs à la Sureté. Le but de sa vie étant de traquer le Vicaire, un criminel qui s’en prend aux petits garçons, il est moyennement enchanté du changement. On lui confie une enquête sur le mystérieux suicide du fils d’un député, qui s’est défenestré devant sa mère, le soir de ses fiançailles. En examinant le corps, l’inspecteur remarque qu’il affiche un sourire béat. Le suicide ne fait aucun doute, il a eu lieu devant plusieurs témoins, mais le député veut absolument trouver un responsable et le punir. Le commissaire compte sur l’inexpérience du jeune policier pour que l’enquête s’enlise, mais au contraire, Valentin mettra au jour un complot d’une grande noirceur.

Ce polar historique a tous les éléments pour plaire aux amateurs du genre : Une intrigue très bien ficelée, un fond historique détaillé, du suspense, un peu de romance mais pas trop et un thème actuel puisque Valentin traque un pédophile, même si le terme n’existait pas à l’époque. On y croise bien sûr des personnages fictifs et des personnages historiques comme Vidocq qui aide le jeune inspecteur et le protège de loin.

Valentin est un personnage très travaillé et très convaincant, son enquête est entrecoupée du journal de Damien, un enfant prisonnier du Vicaire et Valentin veut le délivrer. Il s’intéressait surtout à la science et suivait des études de pharmacie lorsque son père a été renversé par un fiacre. Il a découvert en rangeant ses papiers que ce dernier traquait le mystérieux Vicaire depuis des années sans lui en parler et a décidé de changer d’orientation pour reprendre sa quête, il a étudié le droit et intégré la police des moeurs. Il est devenu un justicier qui n’hésite pas à employer des méthodes douteuses pour parvenir à ses fins, mais on ne peut que le trouver sympathique et s’attacher à lui.

L’originalité de ce polar est l’utilisation de la science, non par la police, en retard de plusieurs trains, mais par les criminels. L’époque de la Restauration est marquée par un important progrès scientifique en chimie et en médecine notamment et un médecin sans scrupule monte un complot plutôt original que Valentin saura découvrir au risque de sa vie, car la hiérarchie policière est corrompue. La méthode du méchant docteur est très bien trouvée et cette intrigue m’a transportée dans le Paris d’autrefois, qui a encore gardé ses quartiers médiévaux au coeur de la ville, le baron Haussmann n’étant encore pas passé par là.

Un roman vraiment passionnant que je recommande chaleureusement, la série s’annonce très intéressante, je la suivrai avec grand plaisir.